interview: Trash Pop Music

trash pop musicQuelle drôle d’idée – va sans doute se dire le lecteur qui ne croit qu’à l’actualité – d’aller poser des questions à un artiste qui n’a pas d’album tout frais à vendre ? L’actualité n’est pas l’alarme indispensable pour signaler au chroniqueur de ce webzine la présence d’un talent dans le microcosme musical français. Et du talent Cédric B. alias Trash Pop B en a à revendre. Ex-membre d’Air Wave, formation tourangelle à géométrie variable et dévolue à une l’électronique ludique et décontractée, le musicien vit aujourd’hui à Paris où il partage son temps entre ses activités professionnelles et l’écriture de morceaux pour Trash Pop Music (qu’il diffuse régulièrement sur son blog) et pour Breaking The Wave (duo festif formé avec Matthieu Malon). Découvrez l’artiste avec nous, puis précipitez-vous vers son blog pour l’écouter. [février 2005]

Avant de devenir Trash Pop B et d’appartenir au duo BTW, tu as fait partie de Air Wave. Peux-tu nous parler un peu de cette période ?
Air Wave a été une très belle expérience. Ce groupe n’a pas marché mais on m’en parle encore régulièrement. Ça me fait toujours plaisir. Aujourd’hui je préfère m’en souvenir que d’en parler.
Ce sont de bons souvenirs parce que jouer avec Air Wave nous a fait rencontrer un nombre de gens incroyable, partager des scènes avec des groupes comme Elysian Fields, Stereolab, Yo la Tengo, Movietone, Third eye foundation et d’autres. Vivre ça à 20, 22 ans c’est une véritable chance qu’on a savourée. En plus, grâce à notre label Acetone Records, j’ai pu collaborer à la production de disques d’artistes que je respectais (Quigley, Cavil)…

Air Wave a-t-elle été ta première contribution musicale ?
Non, Air Wave n’était pas mon premier projet musical. Avant ça il y avait Under Mary’s Dreams, et avant ça encore Maldoror. Depuis que j’ai 12 ou 13 ans j’ai toujours joué de la musique à plus d’un. Être dans un groupe était une idée qui m’excitait assez.

A cette époque, tu as eu l’occasion de croiser David Pajo, que représentait-il pour toi ?
Pour rencontrer des groupes ou des artistes que j’aime bien, je me suis toujours arrangé pour être engagé dans la salle comme sonorisateur, roadie, ou simplement bénévole (en général au bar). Il se trouve qu’Aerial M est venu faire une date à Vendôme (ndlr : le 26 février 1998), je savais qu’ils n’avaient pas de sonorisateur, je leur ai proposé de les sonoriser gratuitement. Ils ont accepté et le tour était joué. On s’est assez bien entendu, il draguait ma copine, ça n’a donc pas été difficile de rester en contact quelques temps. On lui a même fait sortir un 45t sur Acetone Records.
Fan de musique, je ne pouvais qu’être impressionné par ce mec. J’aimais bien Slint, j’adorais Tortoise et Aerial M encore plus, alors j’étais comblé de cette rencontre. Parfois en rencontrant des gens que l’on admire on peut être déçu. Ça n’a pas été le cas.

Jusqu’en 2002, tu participais régulièrement à la programmation de TVWebTours. As-tu arrêté définitivement ce projet ? Ton programme s’appelait Trash Pop dv, peux-tu nous dire en quoi il consistait ?
Après Air Wave, faire de la musique ne me manquait pas. J’avais envie d’essayer de faire autre chose. Comme je travaillais pour cette webtv comme JRI et qu’ils étaient assez preneurs de nouvelles choses, avec William m, un copain photographe, on leur a proposé un projet d’émission. C’était A Trash Pop dv. Le principe était simple, deux thèmes choisis par émission que l’on illustrait en vidéo et en musique. On y a passé des nuits entières de montage. C’était vraiment génial à faire. En plus, on donnait des représentations dans des lieux publics pour que les gens puissent voir ce que ça donnait en vrai (parce que le streaming n’était pas ce qu’il y avait de plus adapté au rythme de cette émission). On s’est vraiment amusé dans ce projet. Je l’ai décliné en Trash Pop dancing, où je faisais des clips avec des danseuses… et au bout de deux ans Trash Pop Music a tué A Trash Pop dv. Refaire de la musique est redevenu la première urgence. Il y aura sûrement d’autres A Trash Pop dv. Tout cela doit mûrir un peu. D’ici là il se peut que je mette en ligne les premiers épisodes sur mon blog.

Les courts métrages que tu réalisais et diffusais avaient une bande son composée de morceaux d’Air Wave. Ces morceaux étaient-ils des titres originaux spécialement écrits pour ces films courts ?
Les dernières répétitions d’Air Wave étaient toutes enregistrées. Dans les improvisations que nous faisions il y avait des choses qui nous plaisaient vraiment. Un jour avec Skrist (membre d’Air Wave), on a fait le ménage, découpé le tout, et réussi à en sortir des bribes. Sachant que ces extraits ne seraient jamais diffusés, je les ai utilisés pour A Tash Pop dv , l’industrie et le confort. Pour ce même numéro les premiers morceaux de Trash Pop Music ont été enregistrés.

Tu aimes accompagner tes morceaux de homemade vidéo. Quel est ton rapport à l’image ?
Pour parler d’un morceau, une des phrases qui m’agace le plus est : « on dirait vraiment une musique de film ». Il y a un imaginaire créé par la musique qui donne envie de deviner ce qu’il y a au-delà. Les gens quantifient très bien l’image. Ils savent ce que c’est. Pour le son c’est un peu plus impalpable. Par manque de mots, rapidement on se met à fantasmer. Tout ça fait partie de ma profession. J’ai toujours été marqué par les images d’actualités, la photographie, le mouvement enregistré. Je ne pense pas que l’image doit forcément être collée à la musique. Parfois ça s’y prête. Et quand ça marche c’est vraiment agréable. Alors je m’amuse à faire de petites vidéos sur le coin de ma table. Je ne les montre pas toutes parce souvent elles n’apportent rien.

Trash Pop B est donc ton projet solo, est-ce un choix délibéré de ta part ? Eprouvais-tu le besoin, après l’expérience Air Wave (formation dans laquelle vous étiez trois), de te retrouver seul aux commandes ?
Déjà au sein des formations dans lesquelles je jouais, j’avais des titres que l’on ne jouait pas. Je participais à d’autres projets parallèles pour changer un peu d’ambiance, voir autre chose, confronter ma manière de travailler à d’autres. Tous mes projets musicaux ont commencé en étant seul. A chaque fois l’envie jouer en groupe était très forte parce que je voulais sentir ce que cela pouvait donner live. C’est très agréable de travailler en groupe, mais beaucoup de frustrations naissent des compromis qu’il faut faire. Si tant de gens ont défilé dans les formations auxquelles j’ai participé, c’est sûrement parce que j’ai un peu de mal à transiger. Travailler seul crée d’autres frustrations mais c’est beaucoup plus responsabilisant. Se planter tout seul, réussir tout seul. Je me retrouve parfaitement dans cette configuration de travail. L’effort que demande de composer avec chacun a été une des raisons pour lesquelles je n’ai pas voulu remonter de groupe après Air Wave. Trash Pop Music serait sûrement très différent si plusieurs regards se croisaient. Concernant la scène, le problème pourrait se poser. Pour le moment j’ai décidé de jouer tout seul. Le jour où il y aura un groupe, il sera dirigé à la baguette.

Tu utilises beaucoup ton blog pour diffuser tes différentes productions. Est-ce un choix militant ? As-tu également eu l’occasion de démarcher les labels et maisons de disque ?
Je fais de la musique parce que j’aime écrire, jouer et enregistrer. Au départ c’est un plaisir très égoïste. En faisant écouter mes titres à des proches, je me suis rendu compte que certains pouvaient plaire. Mais sans réelle envie d’aller me confronter aux turpitudes des labels, de la distribution et du reste, les mettre en écoute sur mon blog était finalement le meilleur moyen de concilier mes petites ambitions avec mon plaisir. En plus la démarche plaît. Les gens reviennent, me donnent leur avis. Je peux renier des titres en les enlevant, en sortir plusieurs par semaine si cela me chante sans avoir à en faire la publicité. Et si un jour un disque doit sortir, je continuerai à proposer de la musique comme ça. J’y ai vraiment pris goût. J’aime bien faire écouter des titres chez moi, entre deux autres disques. Ce blog est un peu une fenêtre ouverte sur mon appartement. On y vient comme on passe chez moi. C’est à mon avis une très saine manière d’écouter de la musique.

Aura t-on prochainement l’occasion de découvrir les morceaux de Trash Pop ailleurs que sur ton blog. Autrement dit, comptes-tu proposer un album ?
J’aime bien l’idée de sortir des titres sur mon blog. Le trafic qu’ils génèrent est plus important que le nombre de personnes qui achèteraient un album de Trash Pop Music s’il sortait aujourd’hui. J’ai des titres sur des compilations. Il y a eu Pop Volume IV l’année dernière et une reprise (en collaboration avec Fcck) va sortir sur Travaux Publics en Mars. Et vu le temps que j’ai consacré à Trash Pop Music cette année je trouve que c’est déjà pas mal. Même si rien ne presse, j’aimerais bien trouver un label et sortir un album. Pour l’avoir vécu comme producteur et comme musicien, l’aventure que représente la production d’un disque est vraiment ce que je préfère dans la musique. Alors si quelqu’un est intéressé qu’il se manifeste.

Pour les paroles du dernier morceau que tu as mis en ligne sur ton blog, Spying system, tu t’inspires d’une expérience vécue. Procèdes-tu toujours de la même manière ? Quels sont les thèmes qui t’inspirent en général ?
Mes paroles utilisent généralement les notes que je peux prendre pendant les moments que je passe sans jouer de musique, sans voir personne. Souvent, elles me servent à illustrer l’idée principale d’un morceau. Un titre de journal que je détourne, un trajet de métro, la mine d’une personne que je croise dans la rue, la moindre petite bricole triturée par mon imagination peut atterrir dans une chanson. Les paroles, les mots c’est un peu comme les accords, tous ont été utilisés et pourtant on continue de croire à la nouveauté. Tout peut devenir une chanson. C’est vraiment une question d’angle. Quand écrire des paroles devient un problème c’est en général parce que le titre ne me correspond pas parce que paroles et musique sont indissociables. Alors je passe à autre chose.

Es-tu quelqu’un de très productif et d’inspiré ou au contraire as-tu besoin de beaucoup de temps pour écrire tes morceaux ?
Je n’ai aucun problème pour écrire de nouveaux morceaux. Je peux en écrire deux ou trois par jour. J’en jette deux ou trois par jour aussi. Par contre certaines idées restent. Un même titre peut être joué et enregistré de très nombreuses fois avant de faire partie de ceux que je garde. Cette manière de travailler me permet de filtrer ceux qui me correspondent vraiment. Je dois avoir pas loin de dix versions différentes de chaque morceau que je mets en ligne. Je suis très productif pour remplir mes poubelles.

A quelle occasion as-tu rencontré Matthieu Malon ? L’idée d’une collaboration musicale s’est-elle imposée immédiatement ?
A l’époque d’Under Mary’s Dreams, avec d’autres groupes on organisait des concerts et des festivals. Un soir, on a invité Joe Shmo et j’ai rencontré Matthieu. Il jouait tout seul avec sa guitare et sa boîte à rythme, j’ai passé le début de soirée à l’appeler Bob Dylan. Après le concert on est allé boire des verres. Il y avait la chanteuse d’un groupe qui avait joué le même soir. Une fille un peu diva du quartier mais desséchée avant l’heure. On commande des bières. Elle n’en prend pas, ouvre un sachet de « car en sac » et nous dit que c’est la seule cochonnerie qu’elle se permet. Matthieu lui dit : « tu as de la chance d’être mignonne parce que qu’est ce que t’es conne… ». J’ai éclaté de rire, on ne pouvait que bien s’entendre. Ça a été le cas. L’idée de jouer ensemble est venue bien plus tard. Deux ou trois week-ends de suite, nous nous sommes enfermés chez moi. Le résultat bien peu probant s’appelle Potemkine. On ne devait pas être encore assez mûrs pour jouer ensemble. On a retenté l’expérience l’année dernière (à l’occasion d’une reprise de Palace) et ça a tout de suite collé.

trashpopmusic et matthieu malonQue te permet de réaliser Breaking The Wave que tu n’envisages pas de faire en tant que Trash Pop Music ?
Boire des coups et bavarder avec Matthieu en faisant de la musique ne serait possible que s’il était invité sur tous mes titres. Alors pour ne pas avoir de Matthieu partout, enregistrer avec Breaking The Wave permet tout ça. Depuis le début de Trash Pop Music, Matthieu est le seul avec qui je suis capable de travailler en duo. Il y a un respect mutuel. On se fait confiance. Du coup c’est une expérience constructive de travail en groupe. Les titres de Breaking The Wave ne pourraient pas exister dans Trash Pop Music et je pense que c’est aussi vrai pour Matthieu.

Quelle est votre ambition pour ce projet ?
C’est vraiment le projet de deux copains qui aiment se retrouver ensemble. La seule ambition est de continuer comme ça. On se fixe des objectifs simples pour avoir le plaisir de gagner nos défis. A chaque fois qu’un nouveau titre est terminé, on donne une petite fête, le titre est joué 35 ou 24 fois pendant la soirée, les jours passent et on se met à penser au prochain.

T’es-tu déjà produit sur scène ? Seul ou avec Breaking The Wave ?
Nous avons fait deux concerts avec Matthieu. Lui proposait les démos de son prochain album et m’avait proposé de faire sa première partie. L’occasion de jouer ensemble un ou deux titres a à chaque fois été trop belle pour la manquer. Le concert terminé, j’entendais plus parler de ça que de ma propre prestation. La prochaine fois qu’une occasion de jouer un titre de Breaking The Wave se présentera, il sera échantillonné.

Trash Pop Music et Matthieu Malon à l’Atelier le 02-07-05Nous t’avions vu jouer en première partie de Matthieu, as-tu l’intention de donner d’autres concerts en tant que Trash Pop Music ? Comment abordes-tu la scène ?
Ce concert à l’Atelier (ndlr : le 02 juillet 2004 à Orléans) est un très bon souvenir. Matthieu m’avait gentiment proposé de faire sa première partie. J’ai tout de suite décidé de jouer tout seul. Une première qui a été très impressionnante. En préparant ce concert solo j’ai été rassuré sur mes morceaux. Ça m’a confirmé qu’ils se tenaient avec très peu. Passées les deux premières minutes j’ai compris que c’était le meilleur moyen de tester une chanson. Pourtant j’ai toujours eu du mal à appréhender la scène. Je n’en ai pas que des bons souvenirs. Le moindre accro me faisant horreur, j’ai souvent été trop angoissé avant et déçu ensuite. Certains se sont pourtant bien déroulés. J’aime bien l’idée de la scène mais ça a toujours provoqué trop de sentiments contradictoires. Pour Trash Pop Music, je vais encore faire une poignée de dates en solo. Et pour la suite il y aura un groupe pour soutenir tout ça. Je suis encore en train de chercher la forme que ça aura. Il n’y a pas un jour qui passe sans que je change d’avis. Le plus gros problème est d’accorder le choix restreint des instruments qui seront présents sur scène à la quantité qu’il m’arrive d’utiliser sur certains titres. La version live de Trash Pop Music sera différente et complémentaire de ce qui est enregistré. J’ai bien quelques idées, mais elles doivent encore mûrir

Quels sont aujourd’hui les musiciens et artistes dont tu respectes le plus le travail et la démarche ?
Ces derniers temps je suis vraiment impressionné par Arcade Fire. Je suis dans une phase où Godspeed et Oldham me semblent être les lignes de fuite d’un horizon musical parfait. De manière plus pragmatique, les derniers titres que m’a envoyés Gareth Cavil m’ont vraiment fait plaisir.

Suivre aussi :
http://www.myspace.com/trashpopb



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