interview: David Fakenahm

david fakenahm

Je suis de tout près David Fakenahm (photos : Nine Fakenahm), depuis qu’il a attrapé le démon de la guitare en bois. C’était au temps jadis, après le vie d’un groupe qui s’est achevée comme ça, presque en eau de boudin. Depuis il fabrique au cœur de sa vie, dans son intérieur délicat, des pop songs qu’il livre au fil du temps. Il ne lâche rien et ajoute sans cesse de nouveaux chapitres à sa discographie et ce malgré l’indifférence des labels. Avec Here and Now, second opus paru au début de cette année, le songwriting de David Fakenahm prend un sacré volume. 6 mois après, il était temps d’aller prendre des nouvelles de ce grand amateur de boiseries folk.

Tu as sorti Here and Now il y a quelques semaines (mois), quels en sont les retours ?

Je n’ai pour le moment que des retours positifs côté webzines. J’ai même eu droit à ma première chronique dans la presse écrite via le mensuel XRoads, très positive elle aussi.

Est-ce que tu sens que tu te modifies artistiquement ?

Si tu fais référence à Back from Wherever ou aux Short Stories, Here and Now marque une vraie différence c’est sûr. Il est d’abord beaucoup plus homogène et consistant. C’est un album que je voulais folk dès le départ, dès le choix des morceaux. J’avais déjà abordé ce style sur les précédents mais il y avait toujours des titres pop autour. Je ne sens pas que je métamorphose, car j’ai toujours eu cette sensibilité très acoustique. C’est juste que je l’affichais moins clairement. Je suis un fan de musique à la base, de Mark Kozelek aux Melvins. En bon fan, j’adorerais toucher à tous ces styles un jour ou l’autre, à condition de faire quelque chose de bien. Si je faisais un album de hardcore demain, ça surprendrait du monde, mais je ne me sentirais pas pour autant en train de changer.

Cet album, comme les précédents, est totalement autoproduit. As-tu envisagé de le rendre disponible via une plateforme de téléchargement légal ?

C’est en cours. Je suis pas tout à fait prêt en terme d’organisation, mais j’ai bon espoir de conclure prochainement.

Tu la vis comment au quotidien ta musique ?

Je la vis par période. Par moment, elle ne me quitte pas. Je compose chaque fois que je prends une guitare. J’avance très vite. Et par moment, je l’oublie. Pas l’inspiration. La guitare devient un instrument frustrant qui me met face à mes automatismes, à mes petites recettes qui ne m’étonnent plus et ne me font plus plaisir. Pour ce qui est des textes, c’est plus difficile. Mais je n’imagine pas ne pas jouer, ne pas créer, ne pas chercher. Malgré les périodes de doute, je ne pense pas rester complètement sec.

Tu joues peu live. Quelles en sont les raisons ?

Je prends beaucoup de plaisir à jouer mes morceaux en public. Pour le moment tous mes concerts ont été des prestations en solo. Les gens connaissant mes chansons me font souvent remarquer qu’un peu de compagnie serait bien sur scène. Je suis assez d’accord, surtout dans une perspective de jouer sur des scènes un peu plus grandes. J’aimerais pouvoir compter sur des collaborations pour entretenir un rythme de concerts et jouer dans des endroits divers. Elles sont un bon moyen de sortir de l’ordinaire, de découvrir d’autres sons, de créer une union, même momentanée, destinée à faire grandir des idées.

Tu es présent sur un certain nombre de plateformes d’échanges (CQFD, MySpace, FaceBook). Celles-ci ne peuvent-elles pas t’apporter de solutions ?

Ces plateformes de mise en réseau fonctionnent diversement. Globalement, j’ai fait des rencontres, virtuelles pour une grande majorité, mais vraiment chouettes avec d’autres artistes d’un statut assez proche du mien tels que Lozninger, Harpo’s Thumb, Jullian Angel, Eleanor L. Vault, Orouni, Saint-Augustine, Toy Fight et d’autres.
C’est très positif. Ça me donne aussi des idées de collaboration. En revanche elles ne m’ont pas encore permis de développer des dates de concerts. Il y a des initiatives intéressantes, comme Indie Moods, qui rassemble de nombreux artistes proposant des affiches renouvelées de mini festivals. Pour le moment je ne participe pas à ce genre de regroupements. C’est dommage!

Continues-tu à démarcher des labels ?

Je n’ai jamais autant envoyé de mails, de fichiers depuis la sortie de Here and Now. J’ai eu quelques réponses négatives. Celles de mecs passionnés qui tiennent un label et qu’ils essaient de défendre en limitant le nombre d’artistes pour ne pas s’éparpiller. Cela donne lieu à un échange intéressant, même si le résultat pour moi est « pas de label« .
J’ai aussi contacté pas mal de gens qui ne m’ont pas du tout répondu. C’est assez classique mais c’est toujours décevant.
Là aussi je suis un être bourré de contradiction. Je ne suis pas persuadé qu’un album ait besoin d’être attaché à un label pour exister. Pourtant, si je fais référence à ce que j’écoute, ce sont alors des groupes sur des labels, distribués dans le monde, disponible relativement facilement.
Maintenant, je suis assez sensible à l’exemple de Rue Royale. Ce groupe fait des disques d’une grande qualité à tout point de vue et ne semble pas obnubilé par une hypothétique signature. Ils tournent comme des fous par contre. Pour finir, le clivage entre « vrais » disques avec un splendide code barre et du film qui pollue autour et « faux » disques autoproduits et gravés sur un CD-R m’agace de plus en plus.

Ce n’est évidemment pas le support qui fait le disque.

J’ai d’ailleurs eu l’immense plaisir de lire des chroniques concernant Here and Now disant que la réalisation ne laissait pas imaginer que c’était une autoproduction…
C’est aussi le cas pour Lozninger, Eleanor L. Vault et ou d’autres formations citées plus haut. Il n’y a pas de structures du type label traditionnel derrière, mais il y a un énorme souci de qualité ajouté à une bonne dose d’inspiration. Cela fait de vrais bons disques, sans code barre.

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La rumeur prétend que tu travaillerais sur un nouveau projet baptisé Warehouse. Peux-tu nous en dire plus ?

Et la rumeur dit vrai!
Warehouse est un nouveau projet solo ou presque. Autant Here and Now est un disque acoustique et clair, autant Warehouse sera un projet électrique et saturé. J’ai commencé par enregistrer 4 titres. J’en ai composé un cinquième dans la foulée dont je suis hyper fier. Les 4 premiers titres sont des morceaux que je ne pouvais pas intégrer à un futur album de David Fakenahm. Le climat est trop différent. J’ai commencé à enregistrer et c’est allé très vite. Il y a des boites à rythme simples, beaucoup de guitares électriques, des claviers, et beaucoup de voix. L’excitation aidant, j’ai enchainé 5 titres supplémentaires, dont deux figuraient sur les Short Stories.

La rumeur dit aussi qu’il y aurait une voix féminine. Qu’en est-il exactement de cette présence éventuelle ?

Oui, je confirme. Sur Here and Now il y a un morceau intitulé Ten Minutes pour lequel je voulais des cœurs féminins. Ça ne s’est pas fait. Pour Warehouse, je ne pouvais pas ne pas en intégrer.
Warehouse puise beaucoup dans mon héritage shoegaze et franchement, My Bloody Valentine, Slowdive ou Lush n’auraient pas eu cette couleur sans l’apport des voix de leur chanteuse. Donc, pour satisfaire ta curiosité, il s’agit de ma chère et tendre, ma compagne, ma mie. Elle participe déjà activement à mes disques, Je fais notamment appel à ses talents pour les pochettes, sauf pour Back from Wherever. Cette fois, elle chante !

Pourquoi Warehouse ?

J’aime bien ce mot. J’étais aussi en pleine période Hüsker Dü quand j’enregistrais les premiers morceaux.

Tu n’as pas envisagé ce projet comme partie intégrante du travail sous ton nom habituel ?

Non, car les textures et les ambiances sont tellement différentes… Sans vouloir paraitre trop présomptueux, j’envisage Warehouse comme une nouvelle expression de David Fakenahm, pas comme une autre chose détachée du projet initial.
A mon humble niveau, je me mets dans la peau des gars d’XTC qui se lancent dans le projet Dukes of Stratosphear. C’est un hommage aux 60s, années fondatrices pour le pop, donc forcément fondatrices pour XTC. Toutes les chansons qui composent 25 o’clock sont fantastiques. Néanmoins, le groupe a décidé de le sortir sous un autre nom. Il est très probable qu’il y ait d’autres Warehouse plus tard, mais ça restera un projet à part, récréatif (dans le bon sens du terme). Mais je ne veux pas mélanger ces titres à la couleur de mes albums solo.

Comment comptes-tu présenter ce nouveau projet ?

Rien n’est fixé pour le moment. J’ai du mal à t’en dire plus car ce n’est pas très clair dans mon esprit. Je vais évidemment mettre ces morceaux à disposition du public. La forme reste à étudier. J’ai plein d’idées…

Pourrais-tu envisager de les proposer sans contreparties ?

Ça fait partie des idées. Ça va dépendre de certains développements en cours.

Je sais que tu es un amoureux du disque en tant qu’objet. Malgré tout quelle est ta position par rapport à la loi « Internet et Création » récemment votée ?

Ma position de consommateur n’est pas très représentative de la tendance de notre société vis à vis de cette question. Je suis effectivement un amoureux de musique. J’ai la faiblesse en plus d’aimer les objets, même s’ils se résument à des rondelles qui ne sont pas biodégradables, rangées dans un boitier qui ne l’est pas non plus la plupart du temps.
Néanmoins, le téléchargement est devenu un acte du quotidien. On télécharge des documents administratifs, des mises à jour de logiciels, etc. C’est un acte assez anodin. Le téléchargement en lui-même ne me pose pas vraiment de problème. pour être tout à fait honnête et, je sais que je n’ai pas besoin de t’en convaincre, je télécharge très rarement et exclusivement des titres mis à disposition par l’artiste lui-même.
Il reste la question des droits (qui ne se pose pas pour les documents administratifs!)… ce qui est condamnable c’est le business qui peut se faire sur le dos d’un artiste. Mais je connais pas mal de gens qui achètent régulièrement les disques d’artistes qu’ils ont connu en téléchargeant leurs titres dans un premier temps.
Et si on voyait le téléchargement comme un passage initiatique, comme quand mon cousin venait me voir le week-end et m’avait préparé 10 cassettes de ses albums préférés du moment. C’était pas plus favorable à l’artiste du point de vue des droits dans un premier temps… combien de disques ont été achetés pour remplacer une cassette? Je passe sur l’aspect double peine qui fera qu’un quidam pris en flagrant délit de téléchargement se verrait privé d’internet tout en étant contraint de payer son abonnement. C’est assez hallucinant. Hallucinant aussi de voir qu’un pays de l’Europe peut finalement mettre une réglementation en place contre l’avis de Bruxelles.

Peux-tu nous dire quelques mots de Goodnight ?

J’ai été contacté par Blogup pour particper à la quatrième édition de la compilation Have a goodnight. L’idée est originale et attachante : demander à des artistes « émergents » pour la plupart de composer une berceuse. J’ai trouvé l’idée très motivante. Je n’ai pas voulu adapter un titre existant et le réenregistrer « façon berceuse ». J’ai composé un titre originale. J’aime ces projets car ils te permettent de t’ouvrir à autre chose. J’avais abordé le concours de reprise Rough Trade de CQFD avec la même démarche, c’est à dire reprendre That’s What You Always Say de Dream Syndicate avec l’envie d’explorer des terrains inconnus. Have a good night a aussi un prolongement sur scène, mais je n’ai pas été sollicité pour cette partie.

Est-ce que tu as déjà en tête la suite de David Fakenahm ?

Je l’ai en tête, je l’ai dans les doigts. J’ai d’abord quelques titres assez pop que j’avais laissés de côté. J’aimerais assez les enregistrer. Peut-être un EP, histoire d’avoir encore une fois un tout cohérent. J’ai aussi assez de titres pour faire un nouvel album avec la même couleur générale que sur Here and Now. Comme tu me l’as dit, je tourne peu, pour le moment du moins, mais je n’en suis pas moins hyperactif.

Qu’est-ce qui te botte en ce moment sur la scène mondiale ?

Je ne me lasse pas de la beauté fragile des albums de Gene Clark. Je ne me lasse pas non plus des albums de Wilco. J’espère que le prochain sera aussi bien que Sky Blue Sky. J’adore la pop légère de The Bird and the Bee. J’ai adoré aussi l’album orchestral d’Inara George. Sacrée nénette celle-là…! Pour ce qui est des hypes indie, je suis fan de Kaki King, de Grizzly Bear. J’aime aussi les frères Nourallah, les frères Felice.
Je suis très admiratif enfin de Justin Townes Earle, fils de Steve Earle. Ce gars a de l’or dans les doigts et dans la voix. Je ne prête pas toujours assez d’importance aux textes mais les siens me prennent aux tripes à cause de leur réalisme banal. J’y retrouve une ambiance proche de celle des romans de Fante. Ça se passe à la maison, dans la cuisine, papa et maman sont là et l’air est lourd. Et puis j’attends avec une impatience féroce un nouvel album de Teenage Fanclub qui viendra un jour prochain… peut-être.

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02- Can you see love
03- Floods
04- No talk no love
05- Untitled1
06- Patchouli
07- 30 years 66 days
08- The man who told stories
09- 21st century bitch
10- Forbid
11- Wood
12- Cardboard