interview: Sylvia Hanschneckenbühl (part 2)

photo: Sylvia Hanschneckenbühl

Comment fait-on aujourd’hui pour faire exister physiquement un album sans l’appui d’un label ?

On se démerde pour avoir des sous de côté. Faire presser un disque est simple, et pas si cher que ça. On tape « pressage disques » sur Google, on compare les prix, on passe commande directement via Internet, on envoie le master par la poste et une semaine plus tard l’album arrive, dans son petit camion UPS. Après, il faut pouvoir le distribuer. Moi, pour l’instant, je le vends sous le manteau.
J’ai trouvé un distributeur numérique, j’aurai un pourcentage sur les ventes, peut-être qu’ils feront un peu de promo, aussi… Ils me l’ont promis, mais je ne fais pas des masses confiance aux hommes d’affaire.
Il y a aussi un site chouette, Pop Only Knows, qui va vendre l’album en téléchargement et aussi sous forme physique. On trouve facilement un distributeur en numérique, ça ne leur coûte rien, et ça peut leur rapporter pas mal de thunes.

Présentes-tu cet album à des labels actuellement ?

Non. Je n’ai pas le temps. J’aimerais bien qu’un petit label vienne tout seul me proposer ses services, avec son petit chéquier.

Comment en fais-tu la promotion ?

A l’arrache. J’envoie ça à la presse. Je suis hôtesse d’accueil dans une boîte d’édition de presse, du coup je sais un peu comment ça marche. J’essaie de n’être pas trop agressive genre gros plan marketing. J’ai aussi énormément d’amis musiciens, on se retrouve dans les mêmes bars, et aux mêmes concerts. Il y a une sorte de petite scène, à Paris. Facebook facilite tout ça. Il y a Myspace aussi.


J’ai lu quelque part que tu regrettais finalement de ne pas l’avoir proposé dans un boitier cristal. Pour quelle raison ?

Je n’ai pas fait mettre le disque dans un boîtier cristal parce que c’était plus cher, pas pratique à envoyer par la poste, pas écologique, etc. Mais finalement j’aurais dû, parce que psychologiquement, on est conditionné à croire qu’un disque dans un emballage carton tout con, c’est une démo. Il y a des gens qui ont été surpris qu’il y ait 12 titres !
C’est valable pour n’importe quel produit qu’on met sur le marché : il faut que ça ait de la gueule. Si ça se voit que le truc a été fait avec peu de moyens, les gens ne vont pas le prendre au sérieux. Et, malheureusement, un album reste un produit.

Sauf pour les professionnels, puisque tous les cds promos sont envoyés comme ça.

Oui, mais les CD promos sont envoyés avant la sortie réelle de l’album… Et ils sont accompagnés d’une bio, d’une revue de presse, ils ont des références. Je suis certaine qu’un Coldplay dans son bout de plastique blanc sera écouté avec plus d’attention que le premier album d’un groupe inconnu d’Isle-les-Meldeuses proposé dans le même bout de plastique.

Peux-tu nous parler du visuel ?

Le dessin de la pochette est un brouillon, que j’avais fait au pastel sec sur mon carnet de croquis quand j’étais en premier année d’arts plastiques à la fac. Beaucoup de gens, à l’époque, y ont vu une foufoune; maintenant, d’autres gens y voient une rose. En vérité, c’est un truc abstrait qui s’inspirait du tableau The Deep de Pollock. Comme un gouffre, une plaie, ou quelque chose comme ça.
J’aime beaucoup utiliser le rose, ça me vient de Courtney Love. Le rose, c’est à prendre au second degré, le côté girly-petite-fille-Barbie.

Tu fais de la photographie aussi.

En fait je ne dessine plus du tout, je suis passée à la photo, c’est plus rapide et ça salit moins les vêtements.

Tu as une prédéliction pour les frîches industrielles, les grandes cheminées. Est-ce parce que tu as grandi dans une région dédiée à la Sidérurgie ?

Oui, certainement. La région d’où je viens a connu une époque franchement prospère grâce à la sidérurgie, des gens immigraient de partout, de Pologne, d’Italie, du Maghreb, pour venir travailler en Moselle. Maintenant les usines sont presque toutes fermées et celles qui tournent encore le font à perte. On se retrouve alors dans des centres-ville dont les magasins sont tous fermés, dans des villes qui semblent mortes. C’est un peu the rise and fall of the Moselle. Mais je ne photographie pas ces friches uniquement par amour du patrimoine. C’est surtout que j’ai tendance à beaucoup m’attacher aux lieux. Et puis, j’ai passé mon adolescence à faire des trajets Moselle-Seine et Marne, à l’arrière de la voiture. Il n’y avait rien d’autre à faire que de regarder le paysage. Alors j’ai fini par savoir le regarder, par en voir la beauté.

Tu chantes en anglais. Est-ce une façon de dire les choses tout en se protégeant ?

Sans doute, oui. Mais la raison principale pour laquelle je chante en anglais, c’est que je n’écoute principalement que de la musique chantée en anglais. Et puis franchement, entre nous, le rock en français… Cela m’évoque toujours des horreurs comme Saez ou Cali. Je crois que la langue française a des sonorités qui ne sont pas faites pour le rock.
C’est marrant, Vincent Palmer m’a carrément engueulée parce que je ne chantais pas en français. Il y a des gens qui soutiennent mordicus qu’on doit chanter dans sa langue maternelle. Mais honnêtement, est-ce que Still Lovin’ You aurait connu un tel succès avec des paroles en allemand ?

Qu’est-ce qui donne naissance à une chanson ?

C’est différent pour chaque chanson. Mais, en général, je pars d’une idée, ou plutôt d’un état d’esprit. Parfois je prends la guitare et un enchaînement d’accords, puis une mélodie, viennent tout de suite et correspondent à cet état d’esprit. Je n’écris les paroles qu’une fois que j’ai cette mélodie. Ça a été le cas pour Salt & Wine par exemple.
D’autres fois le concept traîne des mois dans ma tête, voir des années, et un beau jour, je joue un truc au hasard, et l’idée d’associer cette nouvelle mélodie avec le fameux concept s’impose.
Iris, par exemple, je ne l’ai pas composée. J’avais des bouts du texte sous forme de poèmes en français. Je voulais en faire une chanson, mais je n’avais jamais été capable de composer cette chanson. Et puis un ami m’a fait écouter une vieille démo à lui, j’ai adoré et j’ai voulu chanter le texte d’Iris dessus. Il a été sympa, il m’a laissé reprendre sa composition.

Envisages-tu de faire de la scène ?

C’est compliqué. Il est hors de question que je recrute un backing band pour jouer l’album sur scène. Je n’aime pas beaucoup obliger des musiciens à jouer des parties précises. Par contre, j’ai le projet de former un groupe. Dans lequel je ne serai pas la seule à composer. Ce sera beaucoup plus spontané, et plus rock que l’album. Mais comme rien n’est encore officiel je préfère ne pas trop en parler.

Qu’est-ce que tu te souhaites pour les 10 années à venir ?

Je me souhaite de pouvoir continuer à faire de la musique. Avoir un groupe avec des gens cools dedans, et jouer une musique gratifiante, dans des endroits pas trop pourris. Je ne veux plus avoir à jouer dans les caves de restaus couscous dont les patrons refusent de vous filer des boissons.
Globalement, je souhaite surtout ne pas devenir une vieille conne aigrie, et que mes amis ne deviennent pas des cons non plus et ne se mettent pas à faire des enfants. Et je crois que c’est tout. J’essaie de ne pas demander trop, histoire de ne pas être déçue.

Interview première partie…

** Un de mes amis me fit remarquer que la voix de Sylvia rappelait parfois celle de l’une des membres de Sidi Bou Said.

Suivre aussi :
http://www.myspace.com/hanschneckenbuhl
http://www.cqfd.com/sylvia-hanschneckenbuhl

http://hanschneckenbuhl.over-blog.com/

http://hanschneckenbuhl.photos.20six.fr/

Le groupe sur FaceBook.

Sylvia sur Parlhot .

http://www.myspace.com/temporaryjanuary
http://www.myspace.com/lafeline

cover sylvia h01- Welcome to a New Town
02- 17.30 Underground
03- Iris
04- Orange Juice
05- Nicely Stupid
06- Love song
07- Salt & Wine
08- Nationale 3
09- Untitled
10- Memory
11- Ending Music
12- The Old Drunk Song

http://www.pop-only-knows.fr/catalogue.html