Sale Hiver d’Ecosse
Billy Mackenzie était le chanteur des Associates, groupe écossais turbulent, aux influences aussi diffuses et confuses que Subway Sect, Orange Juice, Abba et la Croisière S’amuse….
Billy Mackenzie et son acolyte Alan Rankine ont ainsi peaufiné, quelques années durant, de précieux albums pas toujours finement exécutés, et pas exempts de dérapages au-delà de la frontière du mauvais goût…
Billy Mackenzie chantait pourtant d’une voix céleste, garnissant ses vibratos dépenaillés de percées splendides dont l’origine terrestre me laisse encore à ce jour dubitatif tant cet homme portait en son organe de génie vaporeux, de hargne angélique, de pulsion candide.
Billy Mackenzie ignorait tout de lui-même, préférait incarner le doute aux yeux des lads britons et écossais, et se moquait comme d’une guigne de cette préciosité censée l’amoindrir alors qu’elle constituait son essence, sa raison d’être.
Billy Mackenzie a inspiré à Morrissey les paroles de William it was really nothing, ce qui est amplement suffisant déjà à me le rendre attachant et intéressant.
Billy Mackenzie, dans la chanson Nude Spoons, a écrit et chanté, avec l’aplomb qui sied tant à l’homme unique « content d’avoir eu cette attaque cardiaque fatale, voilà qui guérit le psoriasis » et, rien que pour cette phrase, mérite que tout l’intérêt du monde se trouve porté à sa mémoire d’homme inclassable.
Billy Mackenzie, au crépuscule de sa carrière et de sa vie, a écrit, chanté et pleuré le plus bel album de résignation froide qu’il est possible et décent d’enfanter en ce bas monde : Beyond The Sun, sorti en 1997 chez Nude Records:
Billy Mackenzie était déjà ailleurs, sa maman ayant, durant la gestation de ce douloureux chef d’œuvre, rejoint son nuage, son costume blanc et son vestiaire céleste pour se changer en ange.
Billy Mackenzie s’est donné la mort, peu après, dans le réduit de jardin de sa modeste demeure écossaise, effrayé de constater à quel point son don divin pour la mélopée qui fait s’arrêter les cœurs transis inconnus de lui – pour sublime qu’il fut – ne saurait jamais provoquer, chez le seul être aimé de lui l’effet inverse au besoin.
Parfois, du coté d’Édimbourg, on raconte que le vent siffle et craque sur l’air de She lives by the Sea, comme pour nous donner des nouvelles, mais je n’y crois que peu…
Billy Mackenzie, sans doute heureux sous la grande voûte et dans la lumière à présent, après toute une vie d’ombre ici-bas, n’a plus besoin, j’en suis persuadé, de chanter ou sangloter.







