Ann ScottDerrière la palanquée de livres sortis depuis la mi-août, il y en a un dont on aimerait qu’il bouscule la hiérarchie. Il s’agit de A la folle jeunesse, le cinquième roman de Ann Scott. Pas question ici de le pitcher, ni d’en faire la critique érudite à l’éloge méritée, mais juste de dire qu’il est passionnant au-delà du récit. Alors, puisqu’on lit Ann  Scott depuis longtemps (qu’on la suit depuis moins longtemps sur son compte Twitter) et que rien de ce qu’elle écrit ne nous échappe ou presque, Khyungpo a eu envie de lui demander deux ou trois choses d’elle. Voici le fruit de cet entretien électronique…

5 ans se sont écoulés entre Héroïne et A la folle jeunesse, mais qu’as-tu donc fait, Ann, pendant ces années (sourire) ?

Ann Scott : J’attendais que ce nouveau roman prenne forme !

Est-ce à dire que l’écriture de ce cinquième roman a été longue et douloureuse pour toi ?

Douloureuse non, un peu longue parce que j’ai commencé par tourner autour des premiers chapitres pendant deux ou trois ans avant de finir par trouver le ton qui convenait.

Qu’est ce qui te pousse à écrire ? Où puises-tu l’inspiration ?

Je ne sais pas. Quelque chose se met à m’interpeller de manière récurrente, jusqu’à ce que je me rende compte que ça s’est installé dans ma tête, que ça m’habite de plus en plus et que je vais devoir finir par m’y attaquer pour le transformer en roman. J’imagine que c’est comme ça pour tous les écrivains ?

Et pourquoi avoir choisi l’écriture pour faire passer des émotions plutôt que la musique par exemple (tu jouais de la batterie je crois) ?

Je ne créais rien en jouant de la batterie, je tenais le rythme mais je n’étais pas douée au point de mettre en place une façon personnelle de jouer. Et je ne sais pas chanter et quand j’ai essayé d’apprendre la guitare je n’y arrivais pas du tout ! Et puis je n’ai tout simplement jamais rencontré de gens avec lesquels il y ait eu la complicité et les points communs nécessaires pour former un groupe plutôt que de jouer à droite à gauche de manière occasionnelle.

Peux-tu nous parler un peu du début du roman et du procédé emprunté à Bret Easton Ellis dans Lunar Park ? Comment t’est venue cette idée ?

C’était simplement un procédé narratif qui convenait à ce texte. Je trouvais que dans Lunar Park son premier chapitre présentait le personnage dans sa totalité, ou du moins dans la totalité de ce qu’il voulait que le lecteur en perçoive au début de l’histoire, et procéder comme ça, à l’inverse de distiller des détails au fil des chapitres qui construisent petit à petit un personnage, permet d’entrer plus rapidement dans l’histoire, ce qui convenait le mieux à celle-ci.

Je trouve assez drôle l’idée que Bret devienne presque un personnage de ton roman à part entière avec cette histoire de narratrice qui tente de le contacter pour avoir son accord.

J’avais besoin d’un personnage qui à un moment mette la narratrice face à quelque chose qu’elle avait toujours su mais sans l’avoir jamais vraiment intégré, et ça m’a paru plus juste que ça vienne d’un autre écrivain plutôt que d’un des autres personnages, et comme Lunar Park était aussi une autofiction ça m’a semblé naturel que ce soit Ellis.

Est-ce que d’un point de vue stylistique ce livre est celui auquel tu aspirais ?

Je voulais effectivement qu’il soit différent pour refléter enfin une aspiration littéraire qui pour moi faisait trop défaut dans les précédents.

Es-tu satisfaite du résultat ?

Maintenant que je le vois imprimé et si court, je trouve qu’il aurait du être plus long. Non pas qu’il manque un chapitre intermédiaire quelque part mais la lecture est trop brève, c’est frustrant.

Crois-tu que c’est le livre de la maturité (sourire) ?

La maturité en tant que livre de femme de 40 ans, je ne sais pas, mais en tant qu’auteur de six autres livres que je trouvais immatures sur différents plans, peut-être.

a la folle jeunesse - Ann ScottJe trouve le style d’A la folle jeunesse à la fois très fluide, rythmé et mordant je ne sais pas si ce sont les phrases courtes qui donnent cet effet, peut être y a t il un peu moins de descriptions que dans tes romans précédents même si je trouve que tu excelles toujours autant dans le domaine. On sent un œil aiguisé chez toi et le sens du détail « qui tue », en tout cas un véritable sens de l’observation.

Il n’y a pas vraiment moins de descriptions qu’avant, elles sont simplement plus serrées, moins délayées. Le texte entier est serré, dense, aucun passage ne s’attarde sur rien, c’était le rythme qui convenait à cette histoire-là. J’aime bien les détails, pour moi c’est la somme des détails qui donnent corps à une scène. La couleur, la texture, la matière, c’est ça qui crée l’atmosphère, plus que le ressenti où je n’excelle pas…

A la folle jeunesse est aussi très chargé en émotions, non pas que les précédents ne l’étaient pas mais je trouve que tu as particulièrement réussi à faire passer des choses très profondes dans ce roman là. D’ailleurs dès le prologue le ton est donné. Qu’en penses tu ?

Je ne sais pas, ça fait peut-être partie de cette nouvelle façon d’écrire, essayer de fouiller un peu plus ? Mais c’est sans doute surtout dû au fait que comme je voulais que tout soit très serré pour obtenir une lecture à la fois dense et rapide, comme ce qui se passe dans la tête du personnage qui est à la fois en train d’avancer tout en habitant entièrement chaque seconde qui passe, il fallait que chaque adjectif, chaque complément qui décrit une pensée ou une action contienne la couleur juste, que l’émotion soit chaque fois dans la phrase et non délayée dans les suivantes, donc ça demandait une précision qui a peut-être accentué ces émotions.

Brett Easton Ellis dans une interview récente explique que le livre devient une interrogation sur lui même, qu’il reflète l’état d’esprit dans lequel il se trouve tandis qu’il écrit, pourrais-tu faire tienne cette remarque ?

Probablement.

En ce sens dirais-tu que A la folle jeunesse est ton roman le plus personnel, le plus intime ?

Bizarrement oui même si beaucoup de choses y sont fictives. Disons qu’à l’intérieur de tout ce qui est fictif j’ai essayé de faire preuve du plus de sincérité possible.

J’avais beaucoup aimé te lire dans un format court, un format « nouvelles » as-tu de nouveaux projets de ce côté là ?

Des textes en attente, oui, il faut simplement trouver de quelle manière les publier. J’espère des réimpressions en poche de Poussières d’anges et des Chewing-gums qui sont épuisés, ce qui permettrait de les augmenter de quelques textes en attendant de faire un recueil plus tard.

Nous sommes en pleine rentrée littéraire, comment te situes-tu dans le « paysage littéraire » français ?

Franchement je ne sais pas… Entre ceux qui me lisent pour la première fois et ceux qui ont lu les romans précédents, je n’en ai aucune idée tant ce nouveau livre rompt avec ce que j’ai pu écrire avant même s’il en reste des bribes ça et là.

Tu reviens dans le livre sur la promo de Superstars, comment se passe pour l’instant la promo de celui ci ?

Beaucoup plus sereinement !

De quels auteurs te sens-tu la plus proche ?

Je ne sais pas si c’est possible de répondre à cette question. Ça sous-entendrait une équivalence, alors qu’on peut juste parler d’une influence que ces auteurs ont sur ce que j’essaye de faire. L’inverse ne serait pas vrai, il n’y a rien chez moi qui pourrait les faire se sentir proches de moi s’ils me lisaient, au mieux ils verraient simplement ce que j’aime chez eux, et encore, je ne sais pas si c’est visible, tout dépend de si c’est réussi ou pas ! Mais depuis deux ou trois ans les deux qui m’obsèdent sont Joan Didion et Don DeLillo.

Qu’est ce qu’un bon roman pour toi ?

La justesse. Celle de l’écriture. Quels que soient la structure, l’histoire ou le fond, si l’écriture et le ton ne sont pas justes, ça ne peut pas fonctionner. Le mot « juste », pour chaque mot, chaque mot de chaque phrase. J’ai l’impression qu’on se trompe souvent sur ce qu’on appelle le « style », qu’on pense que ça consiste à transformer des mots pour les rendre moins ordinaires. Ça n’existe pas un mot ordinaire, chaque mot a une signification propre et il existe une palette infinie d’adjectifs ou de participes ou autres pour achever de leur donner leur couleur exacte, celle qu’ils doivent avoir à tel endroit pour telle raison.

Quels sont les écrivains qui te touchent ?

Beaucoup d’auteurs différents me plaisent infiniment, la liste est longue, comme pour nous tous. En dehors de Didion et DeLillo, Balzac, Capote, Tennessee Williams, James Baldwin, Hemingway, Fitzgerald, Irving, le Jay McInerney de Trente ans et des poussières, le Douglas Coupland de Génération X, Sagan pour ses portraits plus que pour ses romans, Yourcenar, Duras, Cormac McCarty, Jim Harrison, Joyce Carol Oates, certains Philip Roth, ou encore Kerouac et Selby et Fante que je dévorais quand j’ai commencé à écrire et que je relis encore parfois, ou Stephen King qui me semble être un des plus grands conteurs qui soient, capable de construire n’importe quel type de personnages, même si ce n’est pas considéré comme de la littérature.

Deux auteurs que tu affectionnes font l’actu en cette rentrée, Ellis et De Lillo ? As-tu lu leur nouveau livre ?

Point Omega est très exigeant, trop intelligent pour moi, mais j’étais ravie quand même parce que j’aime DeLillo dans tout ce qu’il est. Suites impériales, je ne sais pas. Je n’ai pas été déçue parce que c’est un bon livre mais j’avais espéré que Lunar Park avait refermé la porte sur certaines choses et en fait non, et je me suis lassée de ce genre de contenu. A côté de ça j’ai toujours trouvé les romans d’Ellis excellents sur le plan de l’écriture et de la structure, mais je n’ai jamais réussi à être touchée. Son empathie pour ses personnages ne fait aucun doute mais je trouve que le lecteur reste exclu, du moins c’est l’effet que ça me fait. Un peu comme de débarquer à une fête où on vous a invité mais personne ne vous parle et vous restez dans un coin de la pièce à regarder. J’ai un rapport différent à l’écriture, quand je ne suis pas sûre que le lecteur va pouvoir s’identifier facilement à une scène parce qu’elle risque de lui être trop étrangère, j’essaye de trouver des ressorts narratifs qui vont servir de passerelles pour qu’il ne se sente pas simple spectateur. Alors j’imagine que je dois avoir le même genre de rapport à la lecture. A côté de ça, chez Ellis, à la fois son univers n’est pas assez éloigné de moi pour que ça puisse être dépaysant, j’y retrouve trop de situations déjà vécues d’une manière ou d’une autre, et à la fois il y a toutes sortes d’émotions et d’actions chez ses personnages qui m’échappent sans que rien ne me permette de les comprendre, ce qui peut-être explique que je ne sois pas touchée.

Es-tu une grosse « dévoreuse » de livres ?

Pas de manière régulière.

Où en est l’adaptation cinéma de Superstars ?

Oh, ça… ! Les droits avaient été achetés il y a sept ou huit ans et sont restés bloqués toutes ces années sans que le film se monte et sans qu’on ait aucune idée de pourquoi, puis récemment ils sont redevenus libres et il y a un ou deux projets en cours de discussion mais pour l’instant rien de tangible.

Crois-tu qu’on puisse s’inventer des souvenirs ?

C’est à dire ? Pour se faire croire qu’on a fait telles ou telles choses pour avoir une image de sa vie qui soit autre ? Mon dieu non !

Il y a une phrase terrible dans le livre :  « Et ce que j’aurais été ne mériterait même pas les premiers gestes de réanimation ». Est-ce qu’il t’arrive parfois d’avoir des regrets ?

Les gens disent souvent « je n’ai aucun regret, seulement des remords » et j’ai vraiment du mal à croire ça ! Plein de regrets, oui. De m’être autant faite tatouer, de ne pas avoir persévéré dans la musique, de ne pas avoir fait une thérapie beaucoup plus jeune pour travailler sur mes phobies et mieux vivre au lieu d’avoir passé autant de temps à ne rien faire. Mais cette phrase dans le livre n’a pas vraiment de rapport avec le regret, c’est une sorte de constat que fait le personnage parce qu’elle a le sentiment que sa vie n’a pas de sens, mais au présent, pas au passé.

Ton dernier coup de cœur littéraire, musical ou autre.. ?

Quelqu’un m’a envoyé un jour un mp3 d’un morceau de Scout Niblett qui s’appelle Kiss. Je ne sais pas ce qui s’est passé dans ma tête, sur quoi précisément c’est allé s’accrocher, mais ce truc m’a complètement bouleversée et même s’il me fait pleurer du début à la fin, je ne peux pas m’empêcher de l’écouter régulièrement en boucle, comme si ça venait se loger là où il y a pile une place pour ça. Quelque chose à mi chemin entre la douleur ultime et l’espoir, mais douleur de quoi ou espoir de quoi, ça je ne sais pas.

Comment ton livre est-il reçu ?

Pour l’instant ça se passe bien. Les papiers qui sont déjà sortis sont tous très beaux, d’un contenu différent de ceux sur les précédents livres, par des journalistes que je n’avais pas intéressés jusque-là et dans des supports que je n’avais pas eus avant. Donc ça fait plaisir.

A la folle jeunesse parait en pleine rentrée littéraire. Est-ce pour toi une source d’inquiétude ce flot de livres qui arrive au même moment que le tien ? Aurais-tu préféré qu’il sorte à un autre moment ?

Le nombre de romans qui sortent en période de rentrée n’est pas source d’inquiétude quand on pense qu’on aura la chance d’avoir quelques papiers, mais quand il s’agit par exemple d’un premier roman ou d’un auteur qui n’a pas encore de visibilité, c’est quitte ou double, on peut émerger comme passer complètement inaperçu. On sait que de mi août à fin septembre on aura peu de presse parce que la majeure partie des journaux sera occupée à chroniquer les poids lourds et on ne peut jamais être sûr qu’une fois cette vague retombée il se passera enfin quelque chose. En septembre tout le monde se bat avec les rédactions. Les éditeurs, les attachées de presse, les journalistes eux-mêmes quand leur rédacteur en chef leur met la pression pour d’abord chroniquer ci ou ça avant de pouvoir commencer à parler de leurs coups de coeur. Les bagarres internes au sein d’une même rédaction quand l’un a aimé un livre et l’autre pas et que chacun veut avoir l’opportunité de le dire. Les rivalités entre différents journaux et prises de position pour se démarquer des autres. Le copinage, le renvoi d’ascenseur, ou le snobisme qui fait que certains n’ouvriront jamais tel ou tel type de livre. Le peu d’émissions de télé littéraires, la disparition progressive des émissions grand public qui avant faisaient beaucoup vendre, ou encore les libraires qui peuvent aussi bien choisir de mettre un livre en avant que de ne pas en commander un seul exemplaire si ça ne leur parle pas. Tout ce qu’il va vous rester, alors, dans un paysage où on a tendance à ne mettre en lumière que ce qui s’y trouve déjà, c’est d’espérer, si le livre est bon, que quelqu’un le lise et le dise, comme il peut, où il peut, de sorte que ce livre ait une sorte de vie !

haikuTu animes un compte Twitter. Qu’aimes-tu dans cet outil ?

J’aime plus lire les tweets qui parlent de choses personnelles que ceux qui partagent de l’info ou des coups de cœur. J’aime bien cliquer sur des liens parce qu’il y a des choses intéressantes, surprenantes, enthousiasmantes, mais ce que je préfère c’est lire des tweets personnels qui parviennent à combiner un fait et une humeur banals qui cessent de l’être parce qu’ils sont décrits avec la bonne tonalité. Un petit quelque chose en plus qui fait que vous avez l’impression de lire un couplet ou un refrain du meilleur morceau pop ou rock que vous avez entendu récemment. Des sortes de haïku, même si ça n’en est pas à proprement parler, mais qui sonnent comme des petits trésors. Les rares fois où j’y suis vaguement arrivée c’était toujours en anglais, probablement parce qu’en anglais la banalité sonne pour nous de manière moins consternante ! Mais comme la plupart des followers ne sont pas bilingues et que je ne trouve pas ça cool de les frustrer, je n’essaye pas souvent.

Quel rapport entretiens-tu avec tes suiveurs (followers) ?

Cools, bienveillants et relativement interactifs.

Pourquoi est-ce si difficile d’être un écrivain sur Twitter ?

Je ne sais pas. Peut-être parce qu’on se demande de quoi parler, de quoi les gens ont envie, et jusqu’où on est prêt à donner, partager, échanger, recevoir. Il y a aussi le fait que pour certains, dès qu’on dit quelque chose c’est plus perçu comme une affirmation définitive que comme un bref état d’âme à l’intérieur de la minute qui est en train de s’écouler, et vue l’immédiateté de la lecture et de la réaction sur ce support, ça peut occasionner des malentendus qu’ensuite il faut dissiper, faute de quoi ça donne une image erronée de ce qu’on est. C’est difficile en 140 caractères d’inclure une pensée, un ressenti par rapport à cette pensée, une nuance si besoin, etc. J’ai l’impression qu’on ne peut vraiment comprendre à l’écrit que les gens qu’on connaît déjà à l’oral, dont on connaît l’intonation de la voix et la façon d’articuler les pensées ou les points de vue.

Tu as proposé aux personnes qui ont lu ton livre de le photographier. A quelle occasion as-tu eu cette idée ?

Quelques personnes avaient commencé à envoyer des photos spontanément, et en voyant l’éventail de décors différents je me suis dit que ce serait sympa de les rassembler sur un blog pour que chacun puisse voir la sienne au milieu d’autres plutôt que de les garder pour moi, et à partir de là j’ai proposé à qui voulait de participer.

Est-ce que ces photos légèrement mises en scène te disent des choses sur tes lecteurs ?

Oui ça montre l’envie de faire plaisir, quelque chose de chaleureux, de très généreux.

Sur l’une d’entre elles, ton livre est rangé à la lettre B entre Beigbeder et Brett Easton Ellis. Duquel de ces deux mondes te sens-tu la plus proche ?

D’aucun des deux sur le plan de l’écriture, mais sur le plan personnel, oui bien sûr, on vient sans doute plus ou moins du même endroit.

Est ce que le terme « autofiction » veut dire quelque chose pour toi ?

J’ai l’impression que pour chaque auteur l’appellation a une signification différente. Pour moi ça n’est pas la retranscription fidèle d’une réalité ou une réalité transformée en fiction. C’est le contraire, une fiction qu’on essaye de rendre réelle, donc avec des accents autobiographiques. Dans A la folle jeunesse les passages autobiographiques ne sont pas ceux qu’on pourrait imaginer, et l’équilibre entre les passages fictifs et autobiographiques est très ténu, chaque phrase ou presque est un mélange équilibré des deux, il n’y a pas véritablement de passages entièrement fictifs ou entièrement autobiographiques, c’est constamment un mélange.

Quel regard portes-tu sur la littérature française d’aujourd’hui ?

Je ne sais pas. J’ai tendance à relire toujours la même chose, un auteur qui me laisse sans voix et dont je vais tout lire puis recommencer encore et encore, et ça ne m’arrive pas vraiment avec des auteurs français contemporains parce que dans ce que j’ai pu lire, je n’ai jamais trouvé ce que j’aime, ce n’est pas assez dense pour moi, ça manque de chair, de texture, de couleur, c’est trop minimaliste sur le plan stylistique. Mais je dois passer à côté de beaucoup de choses, il doit forcément y avoir des auteurs français qui écrivent comme j’aime et je ne le sais juste pas. La différence entre les romans français et américains est par exemple quasiment la même pour moi qu’entre le cinéma français et américain. Dans un film US l’image est très chargée, il ne manque jamais aucun détail, tout ce qui remplit le cadre a une vie propre, le figurant le plus insignifiant pourrait brusquement passer au premier plan tant il est complet, alors que dans un film français j’ai souvent l‘impression que l’action se limite aux deux personnages principaux et que le reste n’est là que pour donner un minimum de crédibilité. C’est sans doute avant tout une question de moyens, mais il y a quand même une histoire d’intention là-dedans. Les romans français me font un peu le même effet. Il y a beaucoup d’auteurs français que j’aime mais ils sont tous morts. La seule découverte qui m’a vraiment enthousiasmée récemment est Nina Bouraoui. Là où moi je ne sais pas décrire le ressenti et je décris tout ce qui l’entoure pour essayer de le faire ressortir, elle, elle gomme tout ce qu’il y a autour pour se concentrer dessus, l’exact inverse, quoi, donc forcément ça m’intrigue beaucoup ! Sinon Simonetta Greggio qui est une amie depuis longtemps a un style qui est exactement ce que j’aime, qui a toute la chair dont j’ai besoin pour adorer lire une histoire.

Quel est le dernier livre que tu as lu ?

De beaux lendemains de Russell Banks et j’ai pris une grande claque. Je ne sais pas pourquoi je n’avais jamais rien lu de lui avant. Je n’en ai pas encore lu d’autres mais celui-ci a une histoire formidablement bien racontée avec une structure parfaite et une écriture d’une grande justesse.

A la folle jeunesse, éditions Stock, août 2010, 151 pages, 15€

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