Laurent Fièvre par Krys PhoenyxC’est un réseau social populaire qui m’a permis de faire la connaissance de Laurent Fièvre. Il fut d’abord un ami de loin mélomane et bienveillant, avant de se révéler comme peintre. Laurent est un créateur prolifique qui décline inlassablement, voire frénétiquement, ses êtres torturés, presque faméliques. Sa productivité, tout comme ses personnages, hommes interdits aux membres souvent diminués, me font penser au travail de Joseph Arthur.
2013 fut une année pleine pour cet homme qui voue non seulement une passion pour l’image, mais aussi pour le groupe d’un certain Robert Smith.

A quoi a ressemblé ta vie créative cette année ?

Riche ! Très riche ! J’ai été sollicité pour de nombreux projets, notamment des expositions. J’ai exposé en Lorraine à la galerie des Effets secondaires, puis à Paris à l’occasion de la 11eme édition des RENK-ARTS, pour finir au Maroc au 1er Festival International Le Salon D’art de Tétouan.

Par ailleurs, je suis désormais résident à La Cave Show Room Gallery au milieu d’artistes comme Ar Graphikart, Matt Lombard, Yohann Penard, Nihil, Daria Endresen, Karl Persson ou encore Nau Reg. Les contributions oscillant entre fantastique, réalisme, symbolisme, technologie et métaphysique, s’adaptent ici à toutes les formes : peinture, sculpture, photographie… La scène Dark Art internationale est actuellement foisonnante. La France n’est pas en reste et je me réjouis de l’intérêt et du soutien que procure une structure comme La Cave.

Enfin, mes travaux sont désormais visibles à la galerie Les Ateliers du Possible de Sophie Busson. Là encore, une belle rencontre et un univers alimenté par la peinture, la gravure, la littérature et la BD.

Si tu ne devais garder qu’un seul disque, concert et clip de toute la production musicale 2013, lesquels seraient-ce ?

La question est difficile car je suis un grand consommateur de sons. Mais si je devais n’en garder qu’un, mon choix se porterait sur l’improbable Reflektor de Arcade Fire. Le renouvellement est total, puissant et très cohérent. Une mention spéciale pour les morceaux Here comes the night time, Joan of Arc et Afterlife.

Le live le plus marquant est sans conteste celui de WoodKid. En un album et une tournée, ce type est parvenu à construire un monde à part où l’image et la lumière ont autant d’importance que la musique. Il me fait penser à Gondry dans sa manière d’appréhender l’art comme un tout englobant musique, texte, vidéo et éclairage.

Je n’ai malheureusement pas eu le temps de visualiser beaucoup de clips cette année, mais dans des styles très variés, les vidéos Wasting My Young Years de London Grammar, Pursuit de Gesaffelstein et Gun-shy de Grizzly Bear retiennent mon attention :  London Grammar pour la qualité de l’image et l’atmosphère suspendue, Grizzly Bear pour son désordre organique, et Gesaffelstein pour ses magnifiques plans-séquences.

Une année est faite de naissances et de disparitions. Quels événements furent les plus marquants pour toi ?

Il est assez difficile de passer à côté de la mort de Lou Reed sans sourciller. Cependant, c’est la disparition de Gilles Verlant qui me touche le plus. Pour son parcours, son érudition et la passion qu’il avait pour la musique en général et le rock en particulier. La musique étant très importante dans ma vie, j’ai depuis toujours porté de l’intérêt aux critiques Rock. Avec ses chroniques et ses biographies, celles sur Gainsbourg notamment, Gilles Verlant m’a permis dès mon plus jeune âge de mieux comprendre ce que j’écoutais.

Comment envisages-tu l’année qui vient ?

Comparable à l’année 2013 si possible ! De belles rencontres, de nouvelles expositions. Aujourd’hui, rien n’est arrêté, mais il se pourrait que j’expose dans plusieurs villes internationales. Je ne peux malheureusement pas en dire plus, mais des projets sont en cours…

Dans tous les cas, je vais continuer à peindre mes bonhommes tristes et à fouiller les aspects les plus sombres de la nature humaine. Et pourquoi ne pas me diversifier en collaborant à des projets musicaux ? L’idée d’illustrer des pochettes d’albums me séduit beaucoup !

Peux-tu nous présenter un artiste que tu as découvert cette année ?

Sans hésiter, The Crystal Session ! C’est un duo italien multi-instrumentiste qui vient de sortir un album éponyme chez Seahorse Records. Ses textes s’inspirent de la littérature et de la poésie romantique du XIXeme siècle, notamment celles d’Edgar Allan Poe et de Mihai Eminescu. Je suis fasciné par la voix hypnotique de la chanteuse Halldora Galdur et par les ambiances sombres quasi-psychédéliques qui traversent l’album. The Crystal Session me rappelle le début des Cocteau Twins ou de Goldfrapp. Je recommande Hyperion, le premier single dont le clip est construit avec des images du film indien Goopy Gyne Bagha Byne réalisé en 1968 par Satyajit Ray.


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Photo : © Krys Phoenyx.