Marie-Flore sera en concert le 17 octobre à Paris (Divan du Monde) dans le cadre du MaMA Festival

By The Dozen, des disques comme ça on les voudrait à la douzaine. Calembour éculé, tentant, tout ce que vous voudrez, mais signifiant que le nouvel album de Marie-Flore fait bien son job, celui en tout cas que j’espère de toutes mes deux oreilles : me garder longtemps longtemps comme auditeur. Au moment où naissent ces lignes, ça fait déjà plus de quatre mois que le disque de la jeune française habille un grand nombre de mes heures les plus studieuses. C’est un chouette disque pour œuvrer. Un disque très entêtant, mélancolique, plus pop que folk d’ailleurs, bien plus éloigné de Cat Power qu’on ne l’écrit ici ou là en lézardant. Par contre, ce ne serait pas idiot de lui proposer de partager une scène avec Sharon Van Etten ou alors avec Feist.. Fancy Me?, hit machine en puissance, c’est un peu son Mushaboom à elle.

Allez, faisons un peu connaissance avec l’artiste. L’interview a été réalisée la veille de la sortie de By The Dozen
(photo : Renaud Cambuzat)…

Bonjour Marie-Flore ! Quel est l’état présent de ton esprit au moment où tu t’apprêtes à répondre à cette interview ?
Je rentre tout juste de vacances.. !

A quel moment as-tu su que la musique serait une part essentielle de ton existence ?
Il y a 7 ans, quand j’ai tout quitté pour ne faire plus que cela.. Dès lors un retour en arrière m’a semblé assez inenvisageable.

Quel fut ton premier émoi musical ?
Il s’est produit de scène à salle..
Quand j’ai vu pour la première fois Brian Jonestown Massacre jouer à la Cigale à Paris il y a quelques années, sans connaître le groupe ni leurs titres… J’ai pris une très grosse claque.

Te souviens-tu de la première fois où tu as entendu ta voix ? Comment l’as-tu trouvée ?
Oui, je me souviens très bien.. J’avais enregistré mon tout premier titre en anglais, je ne m’étais jamais entendue autrement qu’a capella. Je la trouvais très différente de celle parlée, en français.. C’était bizarre.

Dans quelles conditions as-tu fabriqué ce premier album ?
Je l’ai enregistré et écrit sur Paris, pendant 3 ans, au studio de mon complice Robin Leduc, qui a réalisé l’album. Il a été fait sans pression de temps, je n’ai jamais aimé entrer en studio en connaissant la date d’entrée et de sortie.. Ce qui nous a permis d’aller vraiment au fond des titres, de revenir sur les arrangements avec du recul, c’est un luxe, quelque part ! Et puis d’avoir un large choix sur les chansons. Finalement je n’ai conservé que 10 d’entre elles, celles qui représentent vraiment ce que j’avais envie de raconter et les états par lesquels j’ai pu passer ces dernières années .

A quel moment as-tu croisé la route de Robin Leduc ? Quel a été son impact sur tes chansons ?
J’ai rencontré Robin grâce à mon batteur, qui me l’a présenté lorsque je me demandais avec qui enregistrer mon EP (qui s’est transformé en album entre temps). L’entente a été immédiate, on s’est fait écouter nos références mutuelles, sa culture musicale et connaissance du son m’ont soufflé. Il a considéré chaque chanson que j’amenais comme une entité, apporté sa touche, ses arrangements. J’aime beaucoup travailler avec lui.

Avec ses 10 pop songs toutes arrangées différemment By the dozen reste un disque très homogène. Comment êtes-vous parvenu à cette cohérence ?
Il est sûr que sur ces trois ans d’enregistrements, réalisés avec du matériel, micros et aussi des envies différentes, à un moment je me suis demandée si j’allais être capable de délivrer un album qui en soit un : autrement dit, une suite de morceaux cohérents, autant dans le son que dans les compositions et les arrangements.. Finalement, quand je me suis dit « ca y est, ce sont ces titres que je veux et c’est le moment de le terminer », nous avons revus tous les titres un par un, nous avons retravaillés certains, d’autres nous les avons laissés en l’état. A vrai dire, j’ai rapidement arrêté de me poser des questions et fixé une date de mastering. Je crois que l’homogénéité tient aussi dans les textes, le thème de l’album, son propos.

Pourrais-tu décrire By the dozen en quelques mots clés ?
Je suis très mauvaise pour décrire cet album… Je l’ai écris déjà, je suis assez incapable d’en dire plus ! Il me raconte…

Si une marque souhaitait demain utiliser ton superbe Fancy Me pour illustrer une pub, accepterais-tu ?
Si c’est YSL, oui ! Plus sérieusement, j’imagine que oui, j’aime toujours quand les artistes mettent des images sur leur musique.. Si c’est bien fait dans une pub, pourquoi pas !

Considères-tu By the dozen comme un album rock ?
Rock je ne sais pas… Souvent on le qualifie plus de « pop » ce avec quoi je ne suis pas tout à fait d’accord.. L’énergie qui en émane se rapproche plus de quelque chose de « tendu » pour moi, assez sombre.

Gregg Foreman avec lequel tu co-écrit parfois est-il de ce beau projet ?
Oui ! Il est passé en studio pour collaborer sur le titre Feathered with daggers quand il est passé en tournée par Paris. C’est lui qu’on entend chanter, et il a co-arrangé le titre avec Robin.. Apporté son côté spyché que j’aime tant !

En 2008 dans une interview tu évoquais ton apprentissage de la guitare, ton style particulier. 6 ans après quels sont tes rapports avec cet instrument ?
Toujours le même ! Je n’ai pas repris de cours depuis… Mais je crois que depuis l’écriture du titre By the dozen j’arrive vraiment à mettre en musique ce que j’entends dans ma tête.. Ce qui n’était pas toujours le cas à cette époque !

Si je te dis Lisa Germano et Feist, deux noms d’artistes qui me viennent à l’esprit lorsque j’écoute By the dozen… Qu’évoquent-elles pour toi ? Les fréquentes-tu discographiquement parlant ?
J’écoute rarement des artistes féminines… Mais il m’arrive d’écouter Feist ! J’aime beaucoup son titre Let it die.

Tu collabores avec OMOH, Stuck in the sound. Tu as chanté avec Peter Doherty. Comment ces rencontres nourrissent-elles ta musique ?
Toutes ces rencontres ont été assez décisives dans mon choix de persévérer et d’écrire cet album, m’ont renvoyées à mon propre rapport à l’écriture, à la musique que je voulais réellement faire à un moment où je ne commençais à triturer mes chansons avec beaucoup trop de sons numériques.. et à m’éloigner un peu de l’essence même de mes titres.

Où en est ton side projet avec Roger O’Donnell ?
Ça avance ! Les premiers titres sont là et nous allons travailler en automne sur ceux-ci.

Qu’aimes-tu le moins dans ta vie de musicienne, d’artiste ?
Peut- être ce sentiment qui me fait penser que chaque détail est vital, être trop en prise.. Mais je crois que je n’aimerais pas la musique sans ça non plus.. C’est la pire et la meilleure des choses à la fois.

Quel disque ne te lâche jamais ?
Ces derniers jours c’est Pleasure de l’anglais Baxter Dury à paraître cet automne !

Quel fut ton dernier émoi musical ?
Un titre Fortune Teller des New Yorkais Forest Fire.

Sachant qu’il n’y a rien de honteux à écouter Lana Del Rey, que penses-tu de son bel Ultraviolence ?
Je suis mauvaise élève, je ne l’ai écouté qu’une fois, et pas très concentrée… J’avais adoré le premier néanmoins !

Un truc de Marie-Flore que tu n’as jamais révélé en interview ?
Mon âge ?

Et demain ? Comment l’envisages-tu ?
Studieux… Je dois travailler une reprise pour une émission sur France Inter… J’ai choisi La nuit je mens de Bashung, magnifique titre !


La reprise de Bashung peut-être entendue et réentendue sur le site de France Inter (à 37’35)…

Ecouter By The Dozen (avant de l’acheter)