Il est parfois des films franchement sous-estimés.
Si je vous dis : comédie des années 80 (mouais), française (argl), au titre potache (au secours !), vous n’allez pas vous précipiter pour visionner une énième diffusion télé.
Pourtant ce petit film là vaut bien plus qu’il n’y parait. Je parle ici de Ma femme s’appelle reviens, de Patrice Leconte, avec Michel Blanc et Anémone dans les rôles titres, sorti en janvier 1982.
On suit les déboires amoureux de Nadine (Anémone) et Bernard (Michel Blanc) qui font connaissance lorsque celui-ci emménage juste en face de chez elle, dans une résidence pour célibataires flambant neuve.
Bernard a 29 ans. il est médecin pour SOS médecins et sa femme vient de le quitter.
Nadine est photographe de mode, vit une relation à sens unique avec un musicien et a des tendances boulimiques.
Les deux vont se rencontrer et se lier d’une amitié profonde.
Ma femme s'appelle reviens prend le contre-pied de la comédie romantique

Basé sur un scénario de Joseph Morhaim « Singles » , « Célibataires » en français, le film a été adapté conjointement par Patrice Leconte, Michel Blanc et Morhaim lui-même. On y retrouve toute la tendresse de Leconte dans la description des personnages et le piquant toujours juste des dialogues de Michel Blanc.
La narration se construit en parallèle, celle-ci ayant tendance à se resserrer au fil du temps : Nadine et Bernard se croisent de temps en temps et vivent des amours tumultueuses.

Nadine multiplie les histoires sans lendemain en rêvant de vivre le grand frisson avec un musicien… « Être une femme libérée, tu sais c’est pas si facile » (chantait le poète).
Bernard, quant à lui, multiplie les refus de la gent féminine, pour finir par se faire draguer par Anne, une lycéenne délicieusement gonflée (Pascale Rocard).
Le rapprochement entre Nadine et Bernard, les voisins de palier, semble inévitable…

Mais le scénario prend le contre-pied de la comédie romantique classique.
Les deux héros ne sont pas des jeunes premiers. Michel Blanc, petit homme chétif dégarni et moustachu n’est pas à proprement parler un sex symbol. Et Anémone, grande gigue au sourire trop large serait plutôt le genre bonne copine rigolote.
Grâce à une écriture subtile qui sonne juste, on s’attache franchement à ces deux personnages pleins de failles mais lucides sur leur sort, désabusés mais ne perdant pas l’espoir de vivre un amour heureux.
La conclusion du film assez inattendue la rend à la fois originale et rafraîchissante.
Sans doute parce qu’il s’agit d’un scénario original écrit par un américain, l’histoire aurait tout aussi bien pu se situer à New York, et le film être réalisé par Woody Allen (Hannah et ses sœurs) ou Rob Reiner (Quand Harry rencontre Sally). De jeunes adultes, indépendants financièrement n’ont d’autres problématiques que leur vie sentimentale dissolue et se confient à leur amis, philosophant autour d’un repas ou d’un café…
Un instantané de l’esthétique des années 80
Mais Ma femme s’appelle reviens n’est pas qu’une jolie histoire sentimentale. C’est aussi un instantané de ce qui aura fait l’esthétique des années 80 alors débutantes (nous sommes en 1982).
Les décors d’Ivan Maussion, le décorateur fétiche de Leconte, en disent autant que les personnages. Tout ce qui se fait de plus branché se trouve chez Nadine la photographe qui travaille au milieu des mannequins et des artistes.
Les couleurs primaires, franches, aux formes géométriques inspirées de Mondrian animent sa cuisine moderne. Les néons colorés, le plastique transparent et le skaï ont envahi son salon.


A l’inverse, chez Bernard qui habite juste en face, c’est le règne du beige et du gris, égayé par quelques figures géométriques, motifs marrons ou blancs, présents sur le canapé ou le lit.
Les costumes de Cécile Magnan sont également un signe des temps très affirmé.
Les femmes capturent toute la lumière dans ce film avec leurs habits aux mille couleurs pétantes.
Nadine, la branchée, porte des couleurs toujours vives, unies, ou à motifs, osant des mélanges improbables ; les mannequins qu’elle photographie sont habillées de couleurs irisées, de robes ou de pantalons bouffants, les cheveux crêpés… Même la jeune Anne, sage lycéenne vêtue de blanc ou de pastel porte une ceinture rouge vif… non elle n’est pas si sage que ça.
Le rouge, justement, est le fil conducteur, lien entre toutes les femmes du film, arboré à un moment ou un autre par chacune d’entre elles. Le rouge, vif et imposant, comme pour dire : je suis là, je prends la place qui me revient.
Toute l’exubérance vestimentaire des années 80 est bel et bien là !
Les hommes, quant à eux, sont toujours effacés, tels leurs habitations, portant jeans, chemises unies aux tons clairs, imperméable beige, polo… Ils sont perdus dans le décor.
Les femmes prennent le pouvoir
Dans cette comédie, les femmes prennent insensiblement mais clairement le pouvoir. Encore un marqueur d’une époque où elles n’ont plus besoin des hommes, osent mettre de la légèreté dans leurs relations amoureuses, tout en rêvant toujours au prince charmant.
Les hommes, eux, semblent largués, ne comprennent plus vraiment les attentes des femmes qui, elles, ne savent pas tout à fait ce qu’elles veulent.
Pour toutes ces raisons, Ma femme s’appelle reviens est une comédie de mœurs plus profonde qu’il n’y parait. Elle dresse un portrait touchant de jeunes adultes, dans cette période d’euphorie qui a suivi l’accession de Mitterrand au pouvoir, et qui aimeraient croire encore un peu aux lendemains qui chantent, mais qui, lucides, font déjà un constat désabusé sur leur propre vie.
Comme le chantent Marie-Paule Belle et William Sheller, compositeur de la bande originale – tiens un autre personnage marquant des années 80 : « Je t’aime seulement beaucoup et c’est peut-être aussi bien comme ça » … allez, avouez que le solo de saxo ne vous déplaît pas !
Bande-annonce de Ma femme s'appelle reviens
Ma femme s'appelle reviens
1982 - France
⭐⭐⭐⭐
Réalisé par : Patrice Leconte
Distribution : Michel Blanc, Anémone, Pascale Rocard, Christophe Malavoy
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Images : captures d'écran









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