OVNI(s), quel drôle d’oiseau !

2021 – France (2 saisons)
Créée par Clémence Dargent et Martin Douaire
Distribution: Melvil Poupaud, Michel Vuillermoz, Géraldine Pailhas, Quentin Dolmaire, Daphné Patakia
1978.
Didier Mathure est un brillant astrophysicien du très sérieux et prestigieux CNES. Après l’échec de l’envol d’une fusée, il est placardisé à la direction du GEPAN (Groupe d’Etudes des Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés), les chercheurs d’OVNI(s)…
Il se retrouve alors à la tête d’une équipe qui semble à ses yeux composée de doux dingues : un enquêteur paranoïaque, un informaticien pirate à ses heures perdues et une standardiste auto-proclamée experte en psychologie. Le voilà bien décidé à mettre de l’ordre dans ce groupe et à classer ses affaires d’OVNIs au plus vite.
Evidemment, les choses ne vont pas se passer tout à fait comme il l’avait prévu…
OVNI(s) est une comédie estampillée Canal+, créée par Clémence Dargent et Martin Douaire et réalisée par Antony Cordier. En 12 épisodes de 30 minutes on assite à la lente évolution du personnage de Didier Mathure, bousculé dans ses certitudes, autant dans sa vie professionnelle que familiale.
Il est élégamment interprété par Melvil Poupaud (L’Amour et les forêts, Dans l’ombre, Coup de Chance…) que l’on ne voit que trop rarement dans le registre de la comédie. Il s’est inspiré à la fois de Cary Grant et de Pierre Richard pour composer un Didier Mathure parfaitement crédible en homme distant et savant, désarçonné par ses collègues, ses enfants ou les événements improbables qui lui arrivent… D’abord rigide et cartésien il se prend au jeu des enquêtes et s’ouvre petit à petit à l’idée des phénomènes inexplicables. D’homme trop sérieux, adulte, sûr de lui, il va redevenir un enfant, immature (M. Mathure!) pour mieux appréhender le monde.
Au GEPAN, l’enquêteur Marcel, joué par Michel Vuillermoz, a de faux airs du commissaire Moulin, blouson de cuir et regard sombre. Hyper impliqué dans ses enquêtes, il semble en savoir beaucoup mais se méfie de tout le monde, obsédé par la recherche d’une vérité faite de complots militaires… ce qui ne l’empêche pas d’être un cœur tendre !
Quentin Dolmaire, tout en cheveux, joue Rémy, le jeune informaticien à l’esprit vif, fasciné par les dernières découvertes technologiques, qui espère découvrir LA preuve de l’existence des extra-terrestres, et amoureux maladroit de Véra, sa collègue.
Daphné Patakia interprète la surprenante Véra, la standardiste à l’esprit ouvert. C’est une utopiste qui n’est pourtant pas naïve, ce qui lui pose de nombreux problèmes pour trouver sa place parmi ses congénères.
Quant à Géraldine Pailhas, elle joue Elise, une scientifique brillante, restée dans l’ombre de son ex-mari Didier Mathure, malgré son immense talent. Elle a fini par quitter son mari à force de devoir tout mener de front : enfants, carrière… et mari inconséquent. Et pourtant, rien ne la rend plus heureuse que de travailler en symbiose avec lui.
OVNI(s) est une série cinéphile ! Les références sont plus ou moins appuyées, et souvent réjouissantes : Poupaud rejouant La Mort aux Trousses est une pépite, une scène où Spielberg a une révélation sur la Nouvelle Vague sauve presque un épisode pourtant assez maladroit (le seul véritablement en dessous des autres), une immense salle d’interrogatoire rappelle la salle de torture de Brazil, la musique de Coup de Tête de Pierre Bachelet vient ponctuer les épisodes, nous rappelant qu’on n’est bien dans une comédie française des 70s, ou bien encore les références à X-Files ou à THX1138 sont elles, pertinentes et suffisamment discrètes pour ne pas nous sortir trop du propos de la série.
OVNI(S), sur le fil entre réalisme et science-fiction
Si la reconstitution des décors des années 70 est un peu trop appuyée (aucun lieu ne semble dater d’avant 1970, la déco est, chez tout le monde, du dernier cri), les costumes eux, sont plus subtils, et finalement placer cette histoire dans les années 70 prend tout son sens : c’était l’époque où la France était la 3è puissance spatiale mondiale, où le projet d’agence spatiale européenne prenait de l’ampleur, bref, où la crédibilité de la technologie ouvrait tous les champs des possibles. Mais c’était aussi l’époque de la fin des espoirs hippies, des désirs de changer le monde, de créer une société différente de celle des générations précédentes. Et c’est la confrontation de ces deux visions du monde qui se joue dans cette série.
Sans condescendance, sans juger ses personnages, la série est toujours sur le fil entre réalisme et science-fiction. Vraisemblable et sincère sans être spectaculaire.
Et finalement ce qui finit de nous emporter, c’est la poésie qui se dégage de cette histoire.
- La poésie visuelle : l’ambiance chaleureuse de la photographie.
- La poésie sonore : c’est l’artiste électro Thylacine qui a composé la musique originale d’OVNI(s). Pour l’anecdote, il n’a travaillé qu’avec des synthétiseurs de la fin des années 70. Et cela se ressent ! La musique est prédominante et accompagne les évolutions des personnages. Elle nous plonge un peu plus dans cette ambiance onirique.
- La poésie des personnages : tous ont leur grain de folie, d’inaptitude à la vie normale.
- La poésie des situations : un flamant rose radioactif au milieu d’un bureau, un interrogatoire dans une centrale atomique, un cours magistral de physique quantique au milieu d’un champ, et des Inuit qui semblent reliés à toute cette folie.
C’est cet équilibre fragile qui m’a tant plu dans OVNI(s). C’était une gageure que de réaliser une comédie vraiment drôle, qui prend son sujet au sérieux, et arrive même à nous faire rêver…
Bande annonce de la saison 1
Source de l’image d’en-tête: capture d’écran


