Fred SignacSon Liquide allumé, paru en 2000, avait laissé une belle trace dans mes souvenirs. Je fus ravi d’apprendre il y a quelques semaines que Fred Signac (photo : Stéphane Calmel) construisait toujours une discographie sensible, loin des canons du moment et au sein d’un monde qui ne cesse de brûler. Le musicien, dont le dernier album en date, La force et la tendresse, est à découvrir absolument, ouvre une nouvelle série de courts entretiens bilans.

A quoi a ressemblé ta vie d’artiste cette année ?

2013 fut l’année où la nouvelle formation s’est trouvée.

En effet deux bassistes se sont succédé, la musique étant avant tout une aventure humaine, il s’est vite avéré que la magie n’opérait pas. Nous nous sommes donc recentrés autour de Christophe Jouanno, guitariste de talent qui m’épaule depuis quinze ans, Dominique Kovacs, pianiste, choriste (vieux rêve d’accompagner mes chansons avec un piano), compositrice et pleine d’humour, très important et Stéphane Gervraud, batteur d’exception qui sait se mettre au service des chansons pour les dynamiser ou les enrichir.On a mis tout ça dans la marmite et tout fonctionne. 15 morceaux sont nés en l’espace de six mois et,p our la première fois, je joue entouré d’un gang, contrairement au passé où je me produisais la plupart du temps en solo. De plus nous avons donné notre premier concert avec cette formation à La Soupe aux Choux de Bourges dans le cadre du Printemps des Poètes,devant une salle comble et comblée. Tout s’est très bien passé et le public l’a senti.

En résumé, cette année fut l’année des bonnes rencontres, du travail, où la rigueur apporte le plaisir, d’une confirmation sur scène et de la création aisée grâce à l’alchimie créée qui débouchera sur l’enregistrement d’un sixième album.

Si tu ne devais garder qu’un seul disque, concert et clip de toute la production musicale 2013, lesquels seraient-ce ?

La réponse est facile; si je ne devais garder qu’un seul disque, ce serait Push the sky away du grand Nick Cave qui, non seulement a une discographie exemplaire mais qui, avec cet album a enregistré le disque parfait, peut-être son meilleur. Loin devant les autres, très loin.

Quand aux concerts, à Bourges nous ne sommes pas trop gâtés, à part le fameux Printemps, qui d’ailleurs, ressemble de plus en plus à une feuille morte. Je suis quand même allé voir Patti Smith à la cathédrale de Bourges, concert émouvant car c’est une grande dame.

Je ne regarde pas les clips, donc je ne peux te répondre. Les images sur la musique ne m’ont jamais attiré, je préfère écouter et je crée mes propres images en fonction de ce que j’écoute.

Une année est faite de naissance et de disparitions. Quel(s) événement(s) furent les plus marquants pour toi ?

Deux disparitions cette année m’ont beaucoup touché, la mort de Daniel Darc et celle de cet ours de Lou Reed. Deux artistes quelque part similaires, qui ont su allier le rock et la poésie, et qui ont donc mis la barre plus haut qu’on ne le pense. Bien sûr ils représentent les clichés du rock qui alimentent ceux qui n’ont rien à dire. En tout cas, ils ont été sincères, sans compromis, ont enregistré des albums qui ont influencé une immensité de groupes, des albums qui sont des références. Autre parallèle entre tous les deux, c’est qu’ils ont été connus grâce à leur premier groupe, Taxi Girl et le Velvet Underground, et ont su continuer en solo en produisant des disques tels que Crève-coeur et Berlin. Leurs disparitions c’est comme une histoire qui finit, mais qui sera remplacée par qui ?

Comment envisages-tu l’année qui vient ?

Je suis d’un naturel assez pessimiste, je me méfie beaucoup de l’être humain, peu d’entre eux sont bienveillants donc dès le départ, je n’attends pas grand-chose de la société. L’année qui vient va être encore plus difficile pour les gens, l’économie financiarisée va continuer, entrainant chômage et misère, entraînant elle-même des mouvements de rejet de l’autre, fonds de commerce du Front National. Donc, du point de vue économique et politique, l’histoire va se répéter et j’envisage le pire.

Je ne sens pas de courage politique pour changer la société mais n’oublions pas que c’est nous qui faisons la société, alors un peu plus d’analyse, de recul, pour éviter les pièges tendus seraient la moindre des choses.

Quel sera le point d’orgue de ta vie de musicien en 2014 ?

Pour 2014, l’enregistrement et la sortie du sixième album avec cette nouvelle formation sera pour nous, très importante. L’alchimie qui nous unit fait que nous explorons de nouveaux espaces où je ne suis jamais allé et où je me sens bien.

Nous préparons, en parallèle, avec Emmetrop et le conservatoire de Bourges, un concert pour le mois de mai au Nadir à Bourges. Pour une fois, nous avons des conseils de professionnels qui nous aident. L’idéal serait ensuite de trouver un tourneur, un label mais la passion et le plaisir de jouer, créer ensemble peut soulever des montagnes, donc je reste optimiste malgré tout.

Dernier album : La force et la tendresse (Dinosaurs, 2012)
Son site internet : http://fred.signac.free.fr

2 extraits.

La force et la tendresse

En attendant Bergheaud