par David | 18 Sep 2014 | interview, musique
Le 19 mai dernier sortait Peut-être un jour, troisième album de Matthieu Malon « en français ». Ce disque puissant mélodiquement n’a rien d’un énième exercice introspectif et ténébreux. Perçu uniquement comme tel il perdrait beaucoup de son charme. Il n’est en rien le bilan-constat du quadra un peu trop talé. Mais ce n’est pas non plus un quant-à-soi. Puisque Matthieu livre à la fois une part intime de son existence et un regard lucide sur quelques-une des malfaçons qui font ce monde. Il faut donc fréquenter assidûment cette œuvre, lui réserver la place qu’elle mérite dans discothèque idéale de 2014. Elle pourra être soutenue par le nouvel EP qui sort dans quelques jours et que l’artiste a baptisé Une deuxième chance (chez monopsone). Faisons le point avec lui sur la vie de l’album et son devenir de musicien.
Photo : Stéphane Merveille.
La dernière fois que nous nous sommes vus nous avons parlé de la difficulté de faire vivre un disque une fois qu’il est sorti. Peux-tu nous décrire les écueils que tu as pu rencontrer depuis la sortie de Peut-être un jour ?
Grosso modo, pour commencer plus personne n’achète de disques. La musique, sous un format physique, vit vraiment ses derniers instants. On verra toujours ça et là des cd, des vinyles, mais les ventes représentent une telle niche que je crois qu’on va voir beaucoup de formations s’arrêter prochainement, mais aussi des labels mettre la clé sous la porte.
Après, je n’ai pas de tourneur, je n’ai pas réussi à en trouver un avant la sortie du disque, donc j’ai très peu de dates. Le distributeur de l’album a eu énormément de mal à placer les disques auprès des magasins. j’ai donc très peu de places chez les disquaires. La presse française est devenue ce qu’elle est, il n’y a quasiment plus de place pour les petits projets comme le mien. j’ai donc très peu de chroniques.
Additionne tout ça, le résultat est simple: pas de date de concerts + pas de place en magasin + pas de chroniques = un disque qui n’existe pas.
Peut-être un jour sera-t-il célébré à la hauteur de ses mérites ?, écrivait un chroniqueur. Il semble que l’on tarde un peu à préparer la fête. Sais-tu ce qu’il manque au disque… ou à la presse pour qu’elle s’en empare vraiment ?
Je ne suis pas le mieux placé pour répondre. Je me suis énormément investi dans ce projet, j’en suis très fier. Je suis content des retours car ils sont globalement tous excellents mais j’avoue, en toute modestie, que je lui imaginais un autre accueil, plus « conséquent ». Après, il n’est peut-être pas arrivé jusqu’aux bonnes oreilles, qui sait ?
Les 12 titres du disque ont été mis en images. Tu apparais dans chacun des clips. Comment vis-tu ta présence à l’écran ?
Étonnamment très bien. Ca aussi, ce fut une super chouette expérience, humaine avec les personnes qui y ont participé, mais aussi personnelle, intérieure. Voir cet enchainement d’images autour des chansons, quand tout a été terminé et que j’ai regardé en arrière, ça m’a sonné, ébranlé. Je ne peux plus imaginer le projet de l’album autrement, ce ne sont pas que des images, ces 12 vidéos font partie intégrante du disque. C’est pour cela que je voudrais aussi défendre le montage des 12 clips en un moyen métrage et aller le présenter à un autre public.
Un homme qui marche dans son quartier, dans sa ville… J’ai pensé au livre de Jirō Taniguchi. Est-ce que cela évoque quelque chose pour toi ? D’ailleurs es-tu un être contemplatif ?
Rien, hélas, je suis devenu médiocre en littérature, je ne lis plus rien depuis pas mal d’années maintenant. C’est une catastrophe, la vie va trop vite et je ne prends pas le temps de m’arrêter, de ralentir (la lecture fait partie de cette démarche). Et pourtant ça me manque, bizarrement. Ça reviendra, c’est sûr, quand je pourrais me poser, prendre du recul, prendre le temps de ne rien faire. Du coup ça répond à ta 2e question, je suis assez peu contemplatif ces temps ci !!!
Je suis quelqu’un qui ne perd jamais espoir. Il faut regarder devant, même s’il m’arrive comme tout le monde de me laisser un peu happer par le passé par instants.
Mine de rien Froids aura 15 ans l’année prochaine. feras-tu de cet anniversaire un événement ?
Non, rien de prévu. J’ai retrouvé quelques exemplaires sur le net, que j’ai racheté pour pouvoir les proposer aux gens qui viennent à mes concerts. Du coup, j’en ai profité pour le réécouter. Il a vieilli dans sa forme, mais les chansons (les textes surtout) tiennent encore bien la route.
Boutade. Comment résistes-tu en 2014 aux charmes de la tristesse et du… (les aficionados compléteront) ?
« Avec mon espoir comme seul arme » ! Mais ça aussi c’est toujours vrai. Je suis quelqu’un qui ne perd jamais espoir. Il faut regarder devant, même s’il m’arrive comme tout le monde de me laisser un peu happer par le passé par instants. Il faut avancer, on n’a qu’une vie, c’est trop bête de la gaspiller, non ? En gros, je suis en train de te dire qu’il ne faut pas baisser les bras, tu imagines ?
Tu as composé une belle affiche pour le concert du 26 septembre à la Scène Bourgogne. Peux-tu nous parler de tes affinités avec La féline et Summer ?
La Féline, j’ai découvert cette année avec son single « Adieu l’enfance » et c’est la bande son de mon été. Je l’écoute beaucoup, surtout le 2e titre « Dans le doute » qui est incroyable. J’attends avec impatience l’album qui sort en octobre. Et j’avais envie de rencontrer Agnès, beaucoup m’ont dit le plus grand bien de ses prestations. Donc voilà, c’était aussi simple que ça. Summer, c’est eux qui étaient venus vers moi il y a quelques mois en m’envoyant leur dernier disque. On avait échangé à l’issue de ça, je sais que Jean suit ce que je fais depuis un moment (et j’ai su au travers de sa chronique de mon 28.2.2013 chez Ada que c’est Daniel Darc qui lui a fait découvrir mon projet, fierté !!!) et leur dernier EP m’a mis une grosse claque. Je trouvais que ça collait bien de jouer ensemble et que du coup il était temps qu’on se rencontre enfin pour de vrai !
Tu sors bientôt un EP intitulé Une deuxième chance. Sera-t-il la Face C de ton brillant opus ?
Il y a dans ce disque 3 titres issus des sessions de Peut-être un jour, mais ce sont des chansons un peu à part, c’est pour cela qu’elles ne sortent que maintenant. On vient de les mixer en leur donnant un son un peu moins propre que le disque, plus brutes. Il y a aussi un titre inédit que j’ai fait tout seul à la maison à Noël dernier. Ça n’allait pas très fort et jouer autour d’un sample de voix piqué sur une série télé m’a fait beaucoup de bien. Sans aucune prétention de ressembler ou d’égaler le travail de Diabologum, c’est mon « La maman et la putain » à moi ! Et puis je voulais que 28.2.2013 ait une existence physique, donc on a décidé de le mettre sur le EP. Enfin, on y trouve une version live d’un morceau de l’album (la fin de mes nuits). J’adore cette version, c’est la première fois qu’on la jouait en public, on sent qu’elle est près de l’os, on sent la tension palpable.
Et ensuite ? Quelle forme prendra ton travail de musicien ?
Je travaille déjà sur plusieurs choses. D’abord je sais que je veux continuer un projet en français, mais différent, sans doute beaucoup plus basique et brut de décoffrage, je collecte des sons, je change quelques équipement de mon matériel pour essayer d’autres sonorités. Je réfléchis aussi à un projet de groupe, mais rien n’est fait. J’ai aussi quelques reprises sur le feu, un EP de Ex Ex est en préparation et j’ai un dernier truc mais encore top secret, je ne peux pas en parler à ce stade. Si ça se fait, ouh la la, ça va être incroyable…
Sur scène tu es accompagné de Sébastien Gautron. Peux-tu nous livrer deux ou trois choses de ce garçon affable et fort discret ?
On se connait depuis 1992 avec Sébastien, même si on a commencé à se voir plus régulièrement en 2001. On est d’abord amis dans la vraie vie et puis on joue aussi ensemble depuis 2002, dans laudanum d’abord mais aussi pour mes disques en français depuis 2005 je crois. Je ne suis pas sûr qu’il voudrait que j’en dise beaucoup plus car il fait en sorte d’être peu présent sur internet (il n’est par exemple sur aucun des réseaux sociaux) mais s’il sait se montrer discret, c’est aussi un ami sur lequel on peut compter en toute circonstance, bonne ou mauvaise. Ce sont les plus rares.
Dans ton selectorama Magic tu ne cites pas de fille. Il y en a bien une ou dans ton panthéon musical ?
Ah marrant ça, je n’y avais pas fait attention. Mais, oui clairement je pense qu’il y a beaucoup moins de filles que de mecs dans ma discothèque. Mais il y a des voix, des projets importants. Le selectorama citait le Velvet Underground : je suis vraiment un adorateur de Nico. J’aime beaucoup les débuts de Pj Harvey (moins maintenant), je suis un fervent admirateur de Kim Gordon, de Kim Deal, le 1er disque de Liz Phair est un disque qui compte beaucoup pour moi et qui me fait pleurer à chaque fois. Je suis un fou raide dingue du premier album d’Elastica. Voilà, je peux te faire une belle liste pour la prochaine fois :)
Imaginons que tes enfants ont 13 ans aujourd’hui et que tu les accompagnes à leur premier concert. Qui allez-vous voir ?
Fauve, sans doute. Stromae, très certainement. Après je les forcerai peut-être à m’accompagner en novembre voir les Jesus & Mary Chain qui rejouent Psychocandy. Qui sait si ça pourrait pas leur plaire ?
Matthieu Malon sera en concert le 26 septembre à la Scène Bourgogne (Orléans, 20h) et le 20 novembre au Festival De Travers avec Bertrand Belin.
Le site de Matthieu Malon.
par Lou Winckler | 15 Août 2014 | musique
Le Garorock 2014 vu et capté par Lou Winckler.
Il faut cliquer sur une photo pour afficher le diaporama.
C’était il y a un peu plus d’un mois, les 27 et 29 juin que s’est déroulée la 18ème éditions du festival Garorock, le plus gros festival électro-rock du sud-ouest !
Les festivaliers de la 18ème édition n’ont pas eu à jalouser la programmation des années précédentes.
Il y en avait pour tous les goûts !
En effet, la plaine de Marmande a accueilli, pour le plaisir de tous, de grands groupes de renommée internationale, tel que les écossais Franz Ferdinand, le groupe versaillais Phoenix, et les anglais précurseur de la musique trip hop Massive Attack.
Le groupe Shaka ponk nous a fait découvrir son dernier album The White Pixel Ape.
Les amateurs de rock anglais ont pu apprécié The Bohicas et Telegram.
Rodrigo & Gabriela nous ont enchanté avec leurs morceaux aux influences hispaniques et latinos, notamment flamenco, mais aussi folk, et jazz…
La rue Kétanou et son accordéon nous a mis dans une ambiance guinguette !
Le mur de la mort du groupe métal bayonnais Gojira a dû en dégriser plus d’un.
Le public a été tellement déchaîné avec le groupe électro funk français Deluxe, signé sous le label Chinese Man Records, que les barrières de sécurité ont commencé à basculer en avant, provoquant une bonne dose de stress parmi la sécurité, qui a très bien gérer la situation!
Les amateurs d’électro ne sont pas non plus restés sur leur faim, avec Skrillex pour n’en citer qu’un, mais aussi toute la programmation de la scène du Garoclub, totalement dédié à la musique électronique.

Seul ombre au week end, et pas des moindres : l’annulation de la programmation du samedi 28, pour une question de sécurité.
Et pour cause ! Météo France avait signalé une alerte orange, avec vent violent dépassant les 100km/h, et de fortes chutes de grêle. L’organisation a dû évacuer le camping et ses milliers de festivaliers, et démonter les scènes en urgence.
Certes, la tempête n’a pas eu lieu. Mais comment en vouloir à l’organisation et au préfet d’avoir jouer la carte de la prudence après le drame mortel qui a eu lieu en 2011, en Belgique, lors du festival « Pukkelpop » ? !
Dommage… Nous n’avons pas pu assister aux concerts de Détroit, Fauve, Carbon Airways, Darkside, Pretty Lights, et bien d’autres.
La réaction du public a été partagée entre déception, colère et compréhension !
Plusieurs artistes programmés ce soir là ont exprimés leur déception et leur soutien sur facebook, comme Fauve : « ≠ NIQUE BIEN TA MÈRE L’ORAGE.
GAROROCK annulé ce soir, par arrêté préfectoral (sérieuse tempête annoncée). Grosse grosse déception, on attendait vraiment cette soirée.
On pense à toute l’équipe du festival et aux festivaliers…
On remettra ça la famille.
Soyez prudents ≠ »
Les campeurs ont quand même pu faire la fête le samedi soir, lorsqu’ils ont pu réintégré le site, avec le « red bull boom bus » et ses DJ’s.
Au total, en comptant les préventes du samedi, Garorock a battu son reccord d’affluence, avec 65000 festivaliers ! Pari gagné pour les organisateurs qui espéraient dépasser les 60000…
Rendez-vous les 26, 27 et 28 juin 2015 pour la 19ème édition du festival Garorock.
Lou Winckler
par David | 14 Déc 2013 | interview, musique
J’ai écrit plus tôt que la scène musicales orléanaise avait été fort discrète cette année, or 2013 fut marqué par le retour sur scène de Matthieu Malon (photo: Stéphane Merveille) en juin dernier. Le mois suivant le musicien rendait un hommage sensible à Daniel Darc, avant de s’atteler à l’enregistrement d’un nouvel album qui devrait paraître au printemps prochain. En attendant que cette bonne nouvelle se concrétise, faisons un petit tour d’horizon d’un an de musique…
A quoi a ressemblé ta vie de musicien cette année ?
J’ai beaucoup travaillé. D’abord pour terminer les maquettes des 18 chansons que je souhaitais emmener en studio. J’ai aussi pas mal répété pour quelques concerts que nous avons donnés en 2013 et qui ont permis de financer en partie la réalisation artistique du disque.
Entre septembre et novembre, j’ai aussi enregistré mon prochain album avec PE et pas mal d’invités. L’enregistrement est terminé et s’est très bien passé, je suis extrêmement satisfait du travail de tout le monde sur le disque. Il y a eu de belles surprises, notamment un titre qu’on a sauvé de la noyade et qui va sans doute être un des plus beaux de l’album à venir… Le mixage démarre dès les premiers jours de 2014 et j’espère une sortie au printemps chez monopsone. En ce moment, je m’occupe des visuels, avec Stéphane Merveille), des crédits de pochette, je prépare de nouveaux titres pour les live, je cherche un tourneur, des financements…
Si tu ne devais garder qu’un seul disque, concert et clip de toute la production musicale 2013, lesquels seraient-ce ?
Côté disque, l’année n’a pas apporté un grand nombre de disques éclatants, c’est une année avec beaucoup de disques pas mal mais pas beaucoup de grosses claques. Je retiens tout de même le disque de Suuns (Images Du Futur). C’est sans doute un de ceux que j’ai le plus écoutés, que j’écoute toujours. Je trouve qu’il y a quelque chose de réellement neuf dans leur musique et qu’ils ont un vrai son, personnel, affirmé. La voix du chanteur est incroyable. C’est aussi le meilleur concert que j’ai vu cette année (à la route du rock) avec ceux de Thee Oh Sees (Au Trabendo et au 104 cet été). Côté clip, je ne peux hélas pas répondre, j’en regarde peu ou pas.
Une année est faite de naissance et de disparitions. Quels événements furent les plus marquants pour toi ?
D’un point de vue personnel, j’ai un ami très cher, Olivier, qui est parti il y a quelques semaines. Cela a été et cela reste toujours très douloureux. Et puis je ne vais pas m’étendre, il y a bien évidemment aussi les décès de Daniel Darc et de Lou Reed qui m’ont profondément bouleversé cette année. Taxi Girl est sans doute un de mes groupes français préférés et le Velvet Underground est ma fondation musicale de base, avec les Jesus and Mary Chain. Ca fait donc un peu beaucoup pour moi en 2013…
Comment envisages-tu l’année qui vient ? Quel sera le point d’orgue de ta vie de musicien en 2014 ?
J’espère que l’année 2014 va apporter son lot de bonnes surprises autour de mon nouveau disque. Un bel accueil public, media, des ventes inespérées, un spot télé qui utilise un de mes titres, un tourneur qui me prend sous son aile, la tournée des festivals d’été, un nouvel ampli pour ma Telecaster… J’ai de quoi m’occuper, même si tout cela ne venait pas à se produire !
Prochain concert : Le 21 février à l’Astrolabe avec Michel Cloup.
Le site de Matthieu Malon.
Le Tumblr sur lequel il raconte les différentes étapes de l’enregistrement du nouvel album.
Stéphane Merveille sur FaceBook.
28.08.2013, single dédié à Daniel Darc…
par David | 12 Déc 2013 | interview, musique
C’est un réseau social populaire qui m’a permis de faire la connaissance de Laurent Fièvre. Il fut d’abord un ami de loin mélomane et bienveillant, avant de se révéler comme peintre. Laurent est un créateur prolifique qui décline inlassablement, voire frénétiquement, ses êtres torturés, presque faméliques. Sa productivité, tout comme ses personnages, hommes interdits aux membres souvent diminués, me font penser au travail de Joseph Arthur.
2013 fut une année pleine pour cet homme qui voue non seulement une passion pour l’image, mais aussi pour le groupe d’un certain Robert Smith.
A quoi a ressemblé ta vie créative cette année ?
Riche ! Très riche ! J’ai été sollicité pour de nombreux projets, notamment des expositions. J’ai exposé en Lorraine à la galerie des Effets secondaires, puis à Paris à l’occasion de la 11eme édition des RENK-ARTS, pour finir au Maroc au 1er Festival International Le Salon D’art de Tétouan.
Par ailleurs, je suis désormais résident à La Cave Show Room Gallery au milieu d’artistes comme Ar Graphikart, Matt Lombard, Yohann Penard, Nihil, Daria Endresen, Karl Persson ou encore Nau Reg. Les contributions oscillant entre fantastique, réalisme, symbolisme, technologie et métaphysique, s’adaptent ici à toutes les formes : peinture, sculpture, photographie… La scène Dark Art internationale est actuellement foisonnante. La France n’est pas en reste et je me réjouis de l’intérêt et du soutien que procure une structure comme La Cave.
Enfin, mes travaux sont désormais visibles à la galerie Les Ateliers du Possible de Sophie Busson. Là encore, une belle rencontre et un univers alimenté par la peinture, la gravure, la littérature et la BD.
Si tu ne devais garder qu’un seul disque, concert et clip de toute la production musicale 2013, lesquels seraient-ce ?
La question est difficile car je suis un grand consommateur de sons. Mais si je devais n’en garder qu’un, mon choix se porterait sur l’improbable Reflektor de Arcade Fire. Le renouvellement est total, puissant et très cohérent. Une mention spéciale pour les morceaux Here comes the night time, Joan of Arc et Afterlife.
Le live le plus marquant est sans conteste celui de WoodKid. En un album et une tournée, ce type est parvenu à construire un monde à part où l’image et la lumière ont autant d’importance que la musique. Il me fait penser à Gondry dans sa manière d’appréhender l’art comme un tout englobant musique, texte, vidéo et éclairage.
Je n’ai malheureusement pas eu le temps de visualiser beaucoup de clips cette année, mais dans des styles très variés, les vidéos Wasting My Young Years de London Grammar, Pursuit de Gesaffelstein et Gun-shy de Grizzly Bear retiennent mon attention : London Grammar pour la qualité de l’image et l’atmosphère suspendue, Grizzly Bear pour son désordre organique, et Gesaffelstein pour ses magnifiques plans-séquences.
Une année est faite de naissances et de disparitions. Quels événements furent les plus marquants pour toi ?
Il est assez difficile de passer à côté de la mort de Lou Reed sans sourciller. Cependant, c’est la disparition de Gilles Verlant qui me touche le plus. Pour son parcours, son érudition et la passion qu’il avait pour la musique en général et le rock en particulier. La musique étant très importante dans ma vie, j’ai depuis toujours porté de l’intérêt aux critiques Rock. Avec ses chroniques et ses biographies, celles sur Gainsbourg notamment, Gilles Verlant m’a permis dès mon plus jeune âge de mieux comprendre ce que j’écoutais.
Comment envisages-tu l’année qui vient ?
Comparable à l’année 2013 si possible ! De belles rencontres, de nouvelles expositions. Aujourd’hui, rien n’est arrêté, mais il se pourrait que j’expose dans plusieurs villes internationales. Je ne peux malheureusement pas en dire plus, mais des projets sont en cours…
Dans tous les cas, je vais continuer à peindre mes bonhommes tristes et à fouiller les aspects les plus sombres de la nature humaine. Et pourquoi ne pas me diversifier en collaborant à des projets musicaux ? L’idée d’illustrer des pochettes d’albums me séduit beaucoup !
Peux-tu nous présenter un artiste que tu as découvert cette année ?
Sans hésiter, The Crystal Session ! C’est un duo italien multi-instrumentiste qui vient de sortir un album éponyme chez Seahorse Records. Ses textes s’inspirent de la littérature et de la poésie romantique du XIXeme siècle, notamment celles d’Edgar Allan Poe et de Mihai Eminescu. Je suis fasciné par la voix hypnotique de la chanteuse Halldora Galdur et par les ambiances sombres quasi-psychédéliques qui traversent l’album. The Crystal Session me rappelle le début des Cocteau Twins ou de Goldfrapp. Je recommande Hyperion, le premier single dont le clip est construit avec des images du film indien Goopy Gyne Bagha Byne réalisé en 1968 par Satyajit Ray.
Le blog de Laurent Fièvre.
Sa page FaceBook.
Photo : © Krys Phoenyx.
par David | 10 Déc 2013 | interview, musique
On fait un petit tour par Lille, chez Frédéric et Eric, les garçons de Spirit of the night, une émission qui fait la part belle à cette musique pas comme les autres chère à leur ainé, Bernard Lenoir. Ce petit bilan vient compléter l’interview d’il y a quelques mois (lien plus bas) consacrée à Eric Lecat (à droite sur la photo prise par Frédéric Antona)…
A quoi ont ressemblé vos vies de chroniqueurs de musique cette année ?
Frédéric Antona : La recherche de moments musicaux qui me touchent… même si des déceptions pour des disques dont j’attendais beaucoup : Camera Obscura, Deerhunter… du coup, je creuse les trésors musicaux qui m’auraient échappé ces dernières années.
Eric Lecat : J’ai trouvé 2013 un peu moins riche que les deux années précédentes en matière de révélations mais cette année était pour moi celle de très jolies confirmations : Porcelain Raft, Beach Fossils ou encore Minks.
Si vous ne deviez garder qu’un seul disque, concert et clip de toute la production musicale 2013, lesquels seraient-ce ?
Frédéric : Tadaloora de Phantom Buffal pour le disque et Queenie Eye de Paul McCartney pour le clip. Par contre, pas de concert cette année pour le moment, l’arrivée d’un petit garçon dans mon foyer me fait moins sortir.
Eric : Super Forma de Orval Carlos Sibelius, un disque qui m’a carrément bluffé, une véritable odyssée musicale à tiroirs ne révélant ses merveilles que par infimes touches écoute après écoute.
En ce qui concerne les concerts, Wedding Present pour le plaisir nostalgique et Wild Nothing pour la fraîcheur mêlée au classicisme. The Way Out de Porcelain Raft pour le clip.
Une année est faite de naissance et de disparitions. Quels événements furent les plus marquants pour vous ?
Frédéric : La mort de Lou Reed. Vraiment un sale coup, même si le garçon n’était plus tout jeune…
Eric : Le décès de Jason Molina m’a beaucoup attristé. Par delà la mort, ce sont les circonstances tragiques qui l’entourent qui m’ont marquées. Quand un génie nous quitte alors qu’il est peu, voire quasiment pas reconnu, c’est une tragédie à plus d’un titre.Comment envisagez-vous l’année qui vient ?
Frédéric : Avec beaucoup de curiosité, les oreilles grande ouverte, toujours à cheval entre beautés musicales présentes et trésors enfouis du passé.
Eric : Tout ce qui pourra me surprendre sera bon à prendre… sauf une reformation des Smiths !
Quel sera le point d’orgue de vos vies de mélomanes en 2014 ?
Frédéric : Le concert de Mehdi Zannad et John Cunningham à Lille, si nous arrivons à l’organiser comme nous le souhaitons !
Eric : Je rejoins Frédéric, l’organisation des concerts à Lille de Mehdi Zannad et John Cunningham nous tiennent vraiment à cœur. Si nous y parvenons, nous serons vraiment très très heureux !
Le site de Spirit of the night.
L’interview d’Eric Lecat.
par David | 9 Déc 2013 | interview, musique
Vincent Arquillière est un voyageur à la curiosité insatiable et bienveillante, mais c’est aussi un mélomane prescripteur. Il officie depuis un moment chez POPnews, l’un des tout premiers webzines français. Il m’avait confié son top 2010 il y a 3 ans, il est donc naturel que je l’invite à participer à cette nouvelle série…
A quoi a ressemblé ta vie de chroniqueur musique cette année ?
A un marathon, comme chaque année… Beaucoup de concerts et de festivals, et bien plus de disques que je ne peux en écouter (je parle de les écouter vraiment, pas de jeter une oreille sur Deezer ou Spotify pour pouvoir dire « Ouais, c’est pas mal »). Pour POPnews, je n’ai quasiment pas écrit de chroniques de disques (d’autres font ça très bien), mais des comptes rendus de festivals (Beauregard, La Route du rock et Rock en Seine avec mes camarades), plus quelques photos parfois, et des interviews. J’ai ainsi eu le plaisir de m’entretenir avec Lloyd Cole (pour la 5e fois), Bertrand Belin, le très sympathique John Parish, Juana Molina, Jay-Jay Johanson, les Parquet Courts, Holden, Mendelson, et même Christophe, chez lui. Et puis, je suis devenu officiellement “écumeur”, une forme de consécration…
Si tu ne devais garder qu’un seul disque, concert et clip de toute la production musicale 2013, lesquels seraient-ce ?
J’aurais du mal à trouver spontanément un disque pour lequel j’ai eu un énorme coup de cœur cette année. Ce qui s’en approche le plus, c’est sans doute l’album The Flower Lane de Ducktails, acheté après leur concert à l’International au mois d’août : un plaisir d’écoute constant. Sinon, le dernier Lloyd Cole, Standards, est sans doute l’une de ses plus belles réussites. Le disque de Money est très beau. Le Mendelson est bien sûr un monument, et comme tous les monuments, je ne l’écoute pas tous les jours… Le premier album des Parquet Courts est percutant, et j’attends beaucoup de la suite. Et puis le retour en grâce d’Alela Diane et de Prefab Sprout, la confirmation de la singularité de These New Puritans, ou le premier album de Tropical Popsicle chez Talitres qui, malgré la vogue néo-psyché actuelle, est passé un peu inaperçu. Ce sont ceux qui ont le plus tourné sur ma platine ou dans mon iPod, et il y en a sans doute d’autres qu’il faudrait que je prenne la peine et le temps de réécouter…
Je m’aperçois que je ne regarde quasiment pas de clips… J’aime quand même beaucoup celui de Juana Molina pour son morceau Eras, dont l’étrangeté me rappelle ceux de Gondry pour Björk.
En concert, je dirais Suede au Festival des Inrocks, j’ai pris un pied énorme. Et pas très loin derrière, les Parquet Courts, Nick Cave, Bruce Springsteen, Dead Can Dance, le Wedding Present… Surtout des vieux, donc, mais qui pour moi sont toujours pertinents aujourd’hui.
Une année est faite de naissances et de disparitions. Quel(s) événement(s) furent les plus marquants pour toi ?
Difficile de ne pas penser à Lou Reed qui, au-delà de sa discographie inégale, restera l’une des personnalités les plus importantes et influentes de l’histoire du rock, ne serait-ce qu’avec le Velvet… Une pensée aussi pour Gilles Verlant et Pierre-Louis Berlatier, tous deux disparus tragiquement et bien trop tôt : même si je ne les connaissais pas personnellement (j’avais juste croisé le second avec des amis communs), j’appréciais leur enthousiasme prosélyte. Quant aux naissances… Il y a sans doute des tas de nouveaux artistes, groupes et courants excitants qui sont apparus cette année (pour n’en citer qu’un seul, Lucius, de Brooklyn, découvert au Festival des Inrocks), je ne me fais donc pas trop de souci de ce côté-là.
Comment envisages-tu l’année qui vient ?
Je rêve que The Apartments sortent un nouvel album et/ou reviennent donner des concerts en France… Pour le reste, je ne fais pas trop de plans sur la comète, je ne suis pas certain que 2014 sera très différent de 2013, même si à titre personnel je ne serais pas contre un peu de changement.
Quel sera le point d’orgue de ta vie de mélomane en 2014 ?
Pas un concert du Velvet Underground à Bercy avec Lou Reed, Sterling Morrison et Nico en hologrammes, j’espère… Franchement, difficile à dire. Une bonne surprise, sans doute !
Le site de POPnews.