Il aura fallu que Daniel Darc tire sa révérence pour que je me remette à écouter un programme radiophonique dédié intégralement à la musique. Quand Éric Lecat (photo : Michael Hiscock), co-animateur de Spirit in the night (RCV Lille), a mentionné sur un grand réseau social que son émission allait consacrer une spéciale au chanteur sous influence divine, je me suis dit que c’était l’occasion de repiquer au truc. Bien m’en a pris. Car pour une fois la passion des disques ne fut pas transmise de façon désinvolte. Les deux hommes officient en passeurs précis. Ils ne sont pas là pour faire les kékés et distiller une science infuse. Il n’y a rien de plus détestable que l’approximation et les effets de manche. Mais Frédéric et Éric ne semblent pas avoir d’attaches avec le Musikistan.
Rencontre.
Éric, tu écris sur la musique et parles de la musique. Comment es-tu passé d’auditeur à passeur ?
Par le plus grand des hasards. Je suis allé voir Daniel Johnston en concert à Lille et ai posté une photo sur FaceBook. Frédéric Antona, un de mes contacts m’a demandé où je l’avais prise ; je lui ai répondu que c’était à Lille et il m’a alors rétorqué qu’il était…3 mètres derrière moi durant ce concert ! Nous nous sommes rencontrés et très vite, il m’a indiqué qu’il animait une émission de radio sur RCV. Il m’a proposé de le rejoindre de temps à autre sur des émissions thématiques, ce que nous avons fait durant un an puis, au début d’une nouvelle saison, il m’a proposé de l’animer conjointement avec lui. Nous fonctionnons en binôme depuis maintenant un an et demi.
Auparavant, j’avais connu une première expérience à Radio Campus Lille durant 2 ans au sein d’une émission qui alliait musique indé et cuisine, un concept particulier !
Comment s’est faite la connexion avec Hartzine ?
Quelqu’un m’a proposé d’intégrer Hartzine à la lecture d’un report du concert de Motorama à Lille en 2011. Cette expérience me tentait ; depuis je rédige des chroniques pour le webzine à mon rythme et en fonction du temps que je parviens à y consacrer. Cette activité, porteuse d’une certaine idée du partage, me sied bien également.
As-tu toujours écouté de la musique ?
Oui, déjà très jeune, j’enregistrais des morceaux passant à la radio sur des cassettes pour les longues routes de vacances en voiture avec mes parents. Mon père écoutait beaucoup de musique…les groupes les plus marquants de mon enfance furent les Beatles, Roxy Music et AC DC.
Je pense que c’était Shout, le 45 tours de Tears For Fears en 1984.
Quel est ton plus beau souvenir de concert ?
Morrissey et David Bowie en 1995 au Wembley Arena. Une sorte de rêve éveillé, deux de mes icônes réunies…et à Londres de surcroît. Le voyage était réussi, les deux concerts auxquels j’ai pu assister fabuleux, un immense moment. Le concert de Jeff Buckley au Bataclan en 1995 était également très marquant (sacrée année, 1995).
Oui, c’est à Frédéric que revient la trouvaille du nom. Pour la petite histoire, le créneau initial de l’émission était 22h30-00h30 le lundi soir, plus tard dans la nuit, donc !
Chacun choisit une dizaine de morceaux. On essaie de réaliser un savant mélange entre nouveautés, vieilles pépites et actualités concerts dans la région. Nous nous envoyons nos listes la veille de l’émission en général. Quant à l’ordre de passage des morceaux, rien n’est programmé, on l’improvise le soir même en fonction du déroulement de l’émission. Pour les émissions thématiques (sur un label, un artiste…), en général il y a une préparation en commun plus conséquente.
Quelle personnalité souhaiteriez vous avoir à votre micro un soir ?
Dans le domaine du réalisable ou non ? Dans ce qui est (ou plutôt malheureusement était) possible de réaliser, j’aurais adoré passer une heure et demi en compagnie de Daniel Darc pour des raisons humaines dépassant amplement le cadre de la musique, malheureusement…sinon je rêverais d’interviewer Paul Weller, je trouve ce type fascinant, populaire dans le sens le plus noble du terme. Nous caressons l’espoir avec Frédéric depuis quelques mois de faire une émission avec Anthony Reynolds, leader des feux Jack. Nous nous sommes manqués de peu récemment, comme nous avons beaucoup d’admiration pour le personnage et son œuvre, on souhaite y arriver.
Pour ce qui est de Frédéric, il faudra lui demander !
As-tu une référence en matière d’émission radiophonique ? Es-tu toujours un auditeur ?
Comme beaucoup de gens de ma génération, je suis un enfant de Lenoir. Je lui dois énormément, il m’a ouvert à un nombre incalculable d’artistes à une époque où les moyens de diffusion étaient bien moindres qu’aujourd’hui. Je suis toujours auditeur mais de façon moins fidèle, je télécharge pas mal de podcasts mais ne trouve pas toujours le temps de les écouter.
Quelles sont tes sources d’informations musicales ?
En terme de presse écrite, il n’y a guère que Magic que j’achète encore histoire de poursuivre une collection depuis longtemps entamée. Les Inrocks, je ne pense pas avoir acheté un exemplaire depuis plus de 10 ans maintenant. Ces revues relaient d’ailleurs désormais les informations en instantanée via les réseaux sociaux ; et c’est sur ces supports que j’apprends finalement le plus de choses quant à l’actualité musicale. Les webzines ont pour ma part largement supplanté la presse écrite. Hartzine, pour ne citer que lui m’a ouvert à des univers musicaux inédits pour moi. L’alliance du texte et du son dans le cadre de la découverte pour pas un rond est un concept que je trouve fascinant ! Et je suis également entouré d’amis mélomanes qui m’apportent énormément d’éléments en matière de découvertes musicales, je suis chanceux.
Je regarde pas mal de films et essaie d’aller au cinéma une fois par semaine mais ai du mal à soutenir ce rythme. J’ai plus de mal à en parler sur FaceBook. Je suis quelqu’un de très lent dans tout ce que je fais et il me faut beaucoup de temps après avoir vu un film pour avoir le recul nécessaire pour en parler. Mon approche de FaceBook que je considère comme un vecteur (trop?) rapide pour moi est assez incompatible avec cette approche. Pour moi, la musique, c’est plus intuitif, plus immédiat, « plus FaceBook » en somme. Et beaucoup de gens parlent bien mieux cinéma que moi !
Oui et non. La musique tourne énormément chez moi donc il en est imprégné quand il est à la maison. Cependant, je ne l’oriente en rien dans ses choix. De temps à autre, je le vois bloquer sur un morceau qui passe, il me dit alors « papa, j’aime bien ça ! « . Je mets alors le morceau ou un album dans son iPod ou lui laisse le disque mais je ne le force en rien. D’ailleurs, il ne supporte pas Morrissey…mais aime bien les Smiths, un puriste !
Oui, fan absolu des Smiths et de Morrissey ; j’ai donc principalement tout mis en œuvre pour aller voir Morrissey plusieurs fois. La dernière en date, à Manchester en Juillet dernier, un très grand moment.
J’attends désespérément le retour de I Love You But I’ve Chosen Darkness depuis 7 ans maintenant !
Oui, une très bonne scène. Je peux citer par exemple Jullian Angel ou encore L’Objet et son Post-Rock tendu et impeccable, j’adore ce groupe.
Sortis cette année ? Je vais répondre dans ce sens : pour l’instant, Fade de Yo La Tengo est l’opus qui m’a fait la plus forte impression. Celà-dit, je n’ai jamais été déçu par ce groupe, la rupture dans la continuité, ce groupe est unique capable de jouer sur tant de registres et restant malgré tout si cohérent.





Ca fait du bien de lire les mots de gens passionnés… et donc passionnants !
Je vais peut-être déménager à Lille moi finalement…
Oh mais des gens passionnants, il y en a ailleurs en France. Je vais les débusquer, tiens !
Quelle gageure !