Benedetta de Paul Verhoeven, pari osé, pari raté

2021
Réalisé par Paul Verhoeven
Distribution: Virginie Efira, Clotilde Courau, David Clavel, Charlotte Rampling, Daphné Patakia, Lambert Wilson
Connu mondialement pour ses films RoboCop (1987) ou encore Total Recall (1990), Paul Verhoeven change totalement d’univers avec le film Benedetta. Sexualité, rapport à la foi, pouvoir : des thématiques que l’on associe rarement ensemble à la Renaissance et pourtant…
Synopsis de Benedetta de Paul Verhoeven
Italie, XVIIème siècle. Le film commence quand Benedetta est enfant et est sur la route du couvent avec ses parents. Elle a neuf ans et a déjà plusieurs “miracles” à son actif. Le premier est d’être encore vivante alors qu’elle fut malade en étant bébé. Mais celui qui nous est donné à voir est son appel à la Vierge Marie alors qu’ils sont en proie à des voleurs sur la route. La jeune enfant a une foi inébranlable.
Puis commence sa vie au couvent. Après quelques scènes de sa nouvelle vie, le réalisateur nous fait faire un bon de 18 ans. Adulte, Benedetta commence à avoir des visions de Jésus, son mari. Dans à ses visions, le fils de Dieu lui passe des messages. Ensuite arrivent les stigmates. Et les choses se compliquent. Les hommes de Dieu voient une manière de s’élever dans la hiérarchie catholique alors que les moniales adoptent différentes postures. Le silence pour ne pas entraver, non pas la volonté de Dieu mais, les aspirations masculines de pouvoir. La contestation par souci de vérité pour ne pas placer au statut de sainte quelqu’un qui n’en est pas digne.
Avant les stigmates, Benedetta sauve une jeune fille d’un père violent et incestueux : Bartolomea. C’est le père de Benedetta qui paiera les frais d’entrée au couvent pour cette nouvelle venue. Et toutes deux vont avoir une relation singulière. Du flirt, de la violence pour finir par une relation sexuelle. Même si elles restent discrètes, l’ancienne mère-supérieure les surprend à travers un judas dans le mur. Pour éviter que Benedetta soit élevée au rang de sainte, elle va la dénoncer au nonce.
Arrive le moment du jugement. Jésus – par le biais d’une vision – explique à Benedetta que la ville ne souffrira pas de la peste tout le temps qu’elle reste en vie. Elle s’en servira pour ne pas finir brûlée vive sur le bûcher. Même si les autorités religieuses sont sourdes au message divin, la population quant à elle ne l’est pas. C’est ce qui lui sauvera la vie.
Casting de Benedetta
- Virginie Efira est Benedetta Carlini (L’amour c’est mieux à deux, Elle, L’amour et les forêts)
- Clotilde Courau, la mère de Benedetta (Le Petit criminel, Élisa)
- David Clavel, le père de Benedetta
- Charlotte Rampling, l’abbesse Felicita (Les Damnés, Les clés de la maison, Dune)
- Daphné Patakia, Bartolomea
- Lambert Wilson, le nonce (Cinq jours un été, La Boum 2, Jefferson à Paris)
Un film qui manque de parti-pris et de relief
Le côté mystique, on aime ou on n’aime pas. En lançant le film, on s’attend à du mysticisme. Des nones, un rapport à Dieu et au sacré, le couvent comme lieu interdit aux profanes, des visions… Sur le papier ça aurait pu être chouette. Le film a été tourné dans la plus grande discrétion pour ne pas s’attirer la foudre de certains groupes catholiques. Mais globalement, le mysticisme est resté sur le lieu de tournage, bien à l’abri aussi des yeux du spectateur. Ca manque de ferveur ou d’une certaine forme de réalisme dans le non-réel. L’hagiographie est généralement un domaine incroyable dans tous les sens du termes mais là, on adhère difficilement.
C’est un film décevant pour le jeu de certains acteurs. Virginie Efira est soit trop ou soit pas assez irrévérencieuse. Pour un personnage principal, il manque de parti-pris. C’est la même chose pour le rôle du nonce. C’est juste partiellement un connard, l’évocation ne ce trait de personnalité n’est pas suffisante. Cela joue en défaveur de sa position de pouvoir. Seul le personnage de l’abbesse joué par Charlotte Rampling semble dans le ton. Le côté “raisin sec” de l’actrice colle bien avec l’idée de mère-supérieure. Le physique de l’actrice et le tempérament du personnage sont sur la même lignée : vieux mais tendre, imposant une forme de respect et respectant lui-même l’ordre dans lequel il se trouve.
La thématique du film : être lesbienne chez les nonnes de la Renaissance, c’était un pari osé. Malheureusement, il ne suffit pas de tourner une ou deux scènes sulfureuses pour transporter le spectateur dans l’univers du film ou même donner une représentation de l’amour saphique de l’époque. La question du plaisir est évoquée sans souci, celles de l’interdit, du questionnement personnel, ou encore le bien et le mal sont laissées de côté. Pourtant, cela aurait donné un peu plus de relief à ce film. Là, c’est plus une blague mal assumée.
Bande annonce – Benedetta
Source de l’image à la une: Capture d’écran


