Une chronique et quelques emails plus tard, voici une petite interview de Department Of Eagles. Fred Nicolaus qui, gentiment a pris le temps de répondre à mes questions, se replongeant quatre ans en arrière pour nous parler de la genèse de leur album, de leurs projets et de leur avenir. [interview réalisée par Jen, septembre 2007 – photo : X]
Comment est né le projet Department Of Eagles ?
Daniel et moi étions colocataires lors de notre première année d’université, et nous avions l’habitude de faire ces chansons à base de samples sur nos ordinateurs pour passer le temps. Pendant le semestre du printemps, Dan a eu une mononucléose et a eu d’un coup beaucoup plus de temps, nous avons donc pensé que cela pourrait être un projet marrant de faire un « album ». Nous l’avons donc fait, et c’est parti de là.
D’où vient ce nom ?
C’est un référence un peu obscure à l’histoire de l’art. Si vous cherchez un mec qui s’appelle Marcel Broodthaers, vous comprendrez assez rapidement.
Malgré la récente sortie du morceau No One Does It Like You , Department Of Eagles semble un peu en suspens ; Dan faisant partie de Grizzly Bear, avez vous le temps de travailler ensemble autant que vous le souhaitez ?
C’est difficile de trouver du temps pour DOE. J’aimerais vraiment plus travailler dessus, mais cela a toujours été plus un projet qu’un réel groupe, c’est simplement la nature de la bête. Nous y travaillons petit bout par petit bout à chaque fois que nous avons quelques jours de libre pour avancer . En fait, nous avons débuté plein de chansons, le plus dur est de les finaliser.
Comment se déroule le travail entre vous ?
De différentes manières. Nous nous envoyons des choses par email. Plein de fois je vais envoyer une esquisse et il va la développer, et l’arranger jusqu’à la chanson finie. No One Does It Like You a été ecrite comme ça. D’autres fois, en fait, Dan va juste écrire la chanson et je vais y ajouter ou changer quelques paroles. Ghost In Summer Clothes a été écrite de cette manière.
Avez vous des rôles définis ?
Pas exactement. Puisque nous ne jouons pas en live et nous ne répétons pas, c’est assez abstrait. D’habitude c’est Dan qui jouait des instruments à corde et chantait, et je m’occupais des percussions et des samples. Mais je n’ai plus de batterie, et j’espère que nous pourrons avoir quelqu’un de meilleur pour prendre ma place si nous enregistrons encore. En fait, je dirais que nous écrivons les chansons ensemble et ensuite l’interprétation et la production c’est plus le domaine de Dan.
Fred, que faites vous quand Dan joue avec Grizzly Bear ? avez vous un projet solo ? Dan, qu’est-ce qui a motivé votre arrivée au sein de Grizzly Bear ? Vous sentiez-vous à l’étroit avec DOE ?
J’ai un boulot qui m’occupe à plein temps. Je fais mes propres chansons de temps en temps, mais c’est plus pour m’amuser que pour une sortie commerciale.
Dan n’est pas là pour le moment, mais j’espère qu’il ne se sent pas à l’étroit avec DOE ! Je crois qu’en fin de compte ce sont deux choses très différentes. Grizzly Bear est un vrai groupe, qui fait de la scène, et qui est constamment inspiré. DOE est plus le produit de deux amis qui glandent. C’est plus informel. Je pense toujours que DOE est bon et vaut la peine que l’on travaille dessus, mais c’est une chose très différente.
C’est peut-être compliqué de parler de cet album sorti il y a deux ans maintenant mais pouvez vous me dire tout de même Plus précisément, comment s’est déroulé l’enregistrement de cet album ?
En fait, il a été enregistré il y a 4 ans, ma mémoire est donc un peu confuse.
Nous étions essentiellement deux gamins qui glandions dans un studio vraiment cher. Beaucoup de décisions ont été prises dans l’impulsion du moment. Je me souviens que cela a été à la fois amusant et stressant. Cela a été la source de disputes passionnées, mais aussi de beaucoup de rire.
D’autres personnes y ont-elles collaboré ou étiez vous les seuls instrumentistes ?
Il n’y a eu pratiquement que nous. Mon ami, Michael Saltzman, a fait partie des chœurs sur Family Romance, et sa petite amie Becca est la personne qui dit « Hi !» à la fin de The Horse You Ride , mais c’est à peu près tout.
Pouvez vous expliquer pourquoi vous avez changé le nom de cet album ? Qu’est-ce qui ne vous plaisait pas ?
En gros, le mot « whitey » (blanc-bec).
J’ai été impressionnée par votre faculté à piocher dans tous les styles musicaux, les mélanger pour finalement vous les approprier.Pouvez vous me parler de vos influences (artistiques en général) ?
A peu de choses près, les artistes auxquels vous vous attendez. A la fois nous étions dans les Beatles, Radiohead, DJ Shadow, Mr Bungle, Jim O’Rourke, Beck. Il y en a eu quelques autres un peu plus obscurs, mais la majeure partie vient de la musique ordinaire qu’écoutent les nerds à l’université. Ce qui a enrichi l’album, c’est que le peer-to-peer s’est popularisé au moment ou on l’enregistrait. Dans les années 90, si vous vouliez un sample, vous deviez aller chez un disquaire et chercher pendant des heures. Pour nous, il a été assez facile d’obtenir une grande quantité de matière assez obscure. J’ai regardé récemment ce que j’avais dans l’ordinateur que j’ai utilisé pour ces chansons, et j’ai vu que j’avais téléchargé plus de deux heures de chansons de Mohammed Rafi, qui fait de la musique d’ambiance. Sans ce genre de choses, le disque aurait sonné assez différemment.
Avez vous fait de la scène ensemble ?
Un peu. Nous avons joué pour une émission de radio en 2004, quelque chose comme ça. Dan frappait la pédale de la grosse caisse avec son pied, jouait de la guitare, chantait et frappait le charleston avec le manche de sa guitare. Je jouais du glockenspiel et gérais les samples. C’était assez ridicule.
N’étiez-vous que tous les deux ? D’autres musiciens vous rejoignaient-ils sur scène ?
Seulement nous, bien que quelques amis soient venus chanter en renfort sur une version « racaille » de 40 Dollar Rug.
S’il y a un prochain album, va-t-il être dans la même veine que celui là ou bien allez vous expérimenter d’autres choses, vous focaliser dans un style ? J’ai pu lire qu’il pourrait sonner comme du Randy Newman, du Paul McCartney et du Van Dyke Parks… Est-ce toujours d’actualité ?
C’est difficile à dire à l’avance comment il sonnera, si toutefois il y en a un. Nous aimons vraiment ces gens. Je pense qu’il y a une chose de certaine, c’est qu’il ne sonnera pas comme The Cold Nose . Même si nous le voulions, il serait difficile de faire encore quelque chose comme ça.
Quels sont vos projets à présent ? Quelles sont vos envies, à l’un et à l’autre, pour le futur ?
J’espère que nous pourrons trouver le temps de travailler sur nos nouvelles chansons, de bien les enregistrer et de les sortir. Sortir la démo de No One Does It Like You était drôle, c’était un peu : « Oh ouais, c’est excitant de faire une chanson, de la jouer pour des gens et qu’ils l’aiment. » Cela paraît évident, mais j’avais un peu oublié ce que cela faisait. Ça fait du bien.




