Sylvia Hanschneckenbühl par Marion RuszniewskiOn aimerait que la sincérité et le franc parler de Sylvia Hanschneckenbühl fassent des petits. On aimerait aussi et surtout que ses chansons parviennent enfin aux oreilles dégourdies d’un D.A. de label (il est possible que le métier n’existe plus au moment où l’on écrit ces lignes). On ne peut pas croire que le songwriting solide de cette musicienne passionnée ne puisse pas bénéficier enfin d’une diffusion plus spacieuse. En attendant, ses deux premiers albums se trouvent au bout de cette nouvelle interview bilan.

A quoi a ressemblé ta vie d’artiste cette année ?

Ma vie d’artiste ! Trépidante ! Fascinante ! Non, sérieusement, je suis très mal à l’aise avec le terme « artiste », quoi qu’il puisse signifier en 2013 ; j’ai du mal à me définir comme telle, et encore plus à dissocier ce qui devrait être ma « vie d’artiste » de l’autre vie, la vie normale… Quand on sort un disque, 95 % du truc c’est demander des devis pour le pressage, remplir des feuilles Sacem, passer des coups de fil, se faire prendre pour une conne par des types qui se prétendent techniciens et qui ont surtout la flemme de bien faire leur boulot… Puis tenter d’avoir des articles dans la presse, envoyer des mails, relancer tous ces gens qui savent super bien te donner l’impression d’être une gamine roumaine qui mendie de frites au Quick… Alors, l’exaltation artistique, je ne l’ai pas tellement sentie. Seulement sur scène, quand les gens dans le public écoutent, que tu sens qu’ils comprennent et que tes chansons les touchent.

Si tu ne devais garder qu’un seul disque, concert et clip de toute la production musicale 2013,  lesquels seraient-ce ?

L’album, ce serait Personal Record d’Eleanor Friedberger, sans aucune hésitation. Des chansons pop parfaites, avec des paroles intelligentes, subtiles, sur la fin d’une relation amoureuse. Très classe. Pour le concert, le choix est moins évident ; sans trop de surprise, j’ai adoré les Breeders qui jouaient l’intégralité de Last Splash pour le vingtième anniversaire de sa sortie, plus quelques titres de Pod et du Safari EP, avec le line-up d’origine. Mais c’est sans doute le concert de Eels au Trianon, en grande forme et en survêtements noirs Adidas, que j’ai le plus aimé cette année. Quant aux clips, je ne les regarde pas : je n’aime pas qu’on m’impose des images sur une chanson, je préfère m’en faire ma propre idée, laisser le morceau m’évoquer des choses personnelles. L’autre jour encore j’en parlais avec une amie musicienne qui a fait réaliser trois vidéos, et au final elle n’est pleinement satisfaite d’aucune, car aucune ne correspond à l’idée qu’elle se fait de ses propres chansons. C’est un exercice, guère plus qu’un produit dérivé, qui ne m’intéresse pas.

Une année est faite de naissance et de disparitions. Quel(s) événement(s) furent les plus marquants pour toi ?

Mon déménagement. À présent, j’habite près d’un Quick ; ça a changé ma vie.

Comment envisages-tu l’année qui vient ?

Mal, pour ce qui reste de l’industrie du disque et pour la presse musicale, malheureusement. Encore pire pour les musiciens qui tentent de toute leurs forces de se faire connaître, toucher un public plus large, comme ils disent, via des labels ou des structures de promo. Pour moi, je n’en sais rien, je n’ai aucune stratégie, aucun projet précis. A priori, rien ne m’empêche de composer des chansons, de les enregistrer et de les jouer sur scène si j’en ressens l’envie, et cette vie me convient.

Quel sera le point d’orgue de ta vie de musicienne en 2014 ?

Je te mentirais si je te disais que bientôt, des style hunters vont me prendre en photo en loucedé quand je sors acheter des clopes et que la presse féminine va s’emparer de ces clichés en y ajoutant des petites flèches jaunes qui indiquent la marque et le prix de chaque fringue que porte la nouvelle it girl au top de la tendance du moment. En vrai, si je pouvais vendre assez de 33-tours d’Absolute, Kahlua & Bailey’s pour libérer la place qu’ils occupent dans mon Billy et pouvoir y mettre des livres, ce serait pleinement satisfaisant.

Photo : © Marion Ruszniewski

Interview 2010.
Interview 2009, 1ère partie et deuxième partie.

Les deux premiers album et le site internet de Sylvia Hanschneckenbühl.

Absolute, Kahlua & Bailey’s

Does not sing Christmas