On ne le voit plus très souvent. En tout cas sur une scène. Matthieu Malon (photo : py photography) s’apprête pourtant à rejouer live* et à sortir un troisième album sous son nom. Cette actualité est donc l’occasion de prendre des nouvelles du musicien et de l’homme.
Tu travailles actuellement sur un troisième album qui sera enregistré sous ton nom, 9 ans après Les jours sont comptés. Matthieu Malon a-t-il manqué à Matthieu Malon ?
Oui, ça m’a beaucoup manqué et d’ailleurs ça m’irritait assez régulièrement de ne pas trouver un peu de temps pour m’y coller avant. En même temps, depuis le dernier concert en 2005 au F.A.M de Toulouse, j’ai l’impression de ne pas avoir arrêté et d’avoir bien occupé ces années. En 2006, j’ai sorti un album de laudanum et j’ai quitté Paris pour revenir vivre à Orléans avec ma femme. En 2007 j’ai participé au projet Hako, j’ai fait pas mal de remixes et j’ai arrêté de fumer. En 2008 je me suis marié. En 2009 j’ai réalisé le 3e album de laudanum et j’ai lancé le projet ex ex avec mon ami Simon. Je suis aussi parti un mois en Californie. En 2010, je n’ai pas fait grand-chose, quelques remixes, quelques reprises et nous avons acheté une maison. En 2011, ma femme et moi avons eu deux petites filles qui se nomment Adèle et Colette. Elles font notre joie et nous occupent beaucoup. C’est à peu près à cette époque-là que j’ai commencé à travailler sur un 3e disque en français. Il était temps !
10 ans après tu es un jeune quadra marié et papa de deux jumelles. Est-ce que ta musique est empreinte de tous ces statuts ?
C’est sûr que notre nouveau mode de vie – qui me laisse moins de temps pour les activités musicales – conditionne une sorte d’« urgence » – même si j’aime pas trop le mot – dans ma façon d’appréhender la musique, de travailler à une nouvelle chanson… Le manque de temps crée une sorte de pression qui est très bénéfique à mon travail, en général. Mais d’un autre côté, n’avoir parfois qu’une fenêtre de tir de 2 heures pour composer, quand on sait qu’il faut déjà une bonne heure pour s’imprégner, ne penser à rien d’autre, c’est pas facile. Du coup, ça change sans doute ma façon de dire les choses, l’envie de ne pas y aller par 4 chemins.
Lors d’une interview précédente (août 2010), tu disais que ces chansons à venir te raconteraient mais moins crûment qu’auparavant. Est-ce le cas finalement ?
Oui tout à fait, je crois que j’ai quasi arrêté de parler directement de moi, et même quand je raconte quelque chose à la première personne, ça peut être juste une transposition. J’ai fini – du moins pour l’instant – de raconter mes malheurs du quotidien. Si finalement je le fais sur quelques titres, je crois que c’est plus « analysé » et non « scandé » comme ça pouvait être le cas sur les 2 précédents disques. J’essaie de prendre davantage de recul par rapport aux situations et aux histoires qui arrivent dans mes chansons. Pour quelques titres, j’ai tout de même poursuivi l’écriture automatique pour trouver les thèmes abordés, ça fonctionne toujours très bien.
Dans quelles conditions enregistres-tu ce disque ?
Pour l’instant je suis au stade des maquettes. J’avais 30 morceaux environ, j’ai écrémé à 18 et je travaille en ce moment sur les 5 derniers textes. Un titre s’est rajouté de lui-même depuis, ce qui fait que j’ai 19 démos pour ce prochain album. Les demos devraient êre terminées d’ici la fin du mois de juin et j’espère enregistrer à l’automne, au pire à l’hiver 2013. Même formule que d’habitude a priori avec PE aux manettes, sûrement à Nyima pour quelques prises, le reste à la maison et j’ai déjà la confirmation de la participation de Philippe Entressangle et Sébastien Gautron, deux habitués de mes disques et parfois des concerts que je peux donner. Je réfléchis en ce moment à quelques autres participations pour des chœurs, un duo vocal, du piano et je cherche un quatuor à cordes pour quelques morceaux.
Ça me fait d’ailleurs un peu peur car quand mon disque sortira je me demande si on me prendra pas pour un suceur de roue
Tu vas revenir sur scène au début du mois de juin. Comment envisages-tu ce retour ?
C’est un premier pied à l’étrier, histoire d’éprouver quelques nouveaux titres devant un public, mais aussi pour me confronter à nouveau avec ma langue. On commence tout juste les répétitions en ce moment et c’est bien. C’est volontairement minimaliste (deux guitares, une voix, une machine pour les boucles). Pour l’instant, aucun trac, je suis serein et j’ai bien hâte de ressentir à nouveau le grand frisson.
Je réfléchis aussi à quelques dates à la rentrée, notamment pour financer un peu le disque.
Laudanum est en jachère depuis 3 ans. Ex Ex a tiré le rideau. Est-ce que désormais tu éprouves moins le besoin de t’exprimer artistiquement ?
Bien au contraire, mais comme je le disais tout à l’heure, il faut un peu resserrer les rangs, vu que le temps n’est pas élastique et que je ne peux plus mener de front tous les projets qui m’occupaient auparavant. Je suis sûr que d’autres projets naitront dans les prochaines années, j’y pense vaguement par moments et j’ai déjà quelques pistes comme l’envie de jouer dans un groupe, de retrouver la composition à plusieurs dans un local de répétition, je me rends compte que – presque 20 ans après avoir stoppé net ce mode de fonctionnement – ça me manque.
T’intéresses-tu toujours à la scène française ?
Oui, bien sûr, depuis quelques semaines j’adore Fauve, j’ai hâte d’entendre la suite de ce que j’ai déjà pu trouver sur le net. Dans les nouveaux morceaux de mon prochain album, il y a un titre où je raconte des choses pas si éloignées de leur univers et ma voix me fait un peu penser à la leur. Ça me fait d’ailleurs un peu peur car quand mon disque sortira je me demande si on me prendra pas pour un suceur de roue… J’essaie de m’en foutre. Sinon en ce moment, j’écoute aussi pas mal Robi, 69 et Albin de la Simone. Ces 3 disques sont superbes.
Sur les jours sont comptés tu avais repris Taxi Girl. As-tu eu l’occasion de croiser Daniel Darc ?
Oui, une fois, à un concert au Nouveau Casino. Après le concert, un ami me l’a présenté, je lui ai parlé de la reprise que j’avais faite de Taxi Girl quelques années plus tôt, j’avais essayé de la lui faire passer mais il ne l’avait jamais reçue. Daniel m’a pris dans ces bras et m’a serré très fort. C’était court mais intense et ça n’était pas l’attitude du mec bourré qui est un peu trop affectueux, on sentait vraiment sa grande gentillesse dans ce geste. Je ne sais pas trop comment l’expliquer mais c’est un moment qui a vraiment compté et auquel je pense très souvent. Sa mort m’a beaucoup peiné et j’aurais aimé le connaitre mieux. J’ai su il y a deux ans qu’il avait fini par écouter ma reprise, via Philippe Entressangle qui était le batteur sur son dernier disque et sa dernière tournée. Apparemment il avait aimé le fait que je l’emmène vers autre chose.
Tu sembles avoir jeté ton dévolu sur Thee Oh Sees. Que peux-tu nous dire au sujet de ce groupe américain ?
Oui ces dernières années, les groupes qui ont vraiment compté pour moi sont les Black Angels, Thee Oh Sees et la découverte des disques de Bill Fay. Thee Oh Sees, je ne peux pas en dire grand-chose, ça parle au corps et aux tripes je trouve. Chaque disque est différent, tout n’est pas toujours bien, mais il y a toujours des morceaux incroyables. La progression est aussi énorme car avec en moyenne un disque par an, plus le temps avance et plus les disques sont globalement bons. Sur les 2 derniers par exemple, il n’y a rien à jeter. J’attends leur concert du 26 mai à Paris avec impatience.
Elles sont comment les soirées avec toi aujourd’hui ?
Elles finissent plus tôt, elles sont plus calmes, moins enfumées et on se réveille moins avec le mal au crâne. C’est autre chose.
Site web de l’artiste sur lequel vous pourrez écouter l’intégralité de sa discographie.
*Matthieu Malon jouera en ouverture et en clôture de la troisième grande soirée organisée par Knopod le 1er juin.





