interview: Sylvia Hanschneckenbühl (part 2)

photo: Sylvia Hanschneckenbühl

Comment fait-on aujourd’hui pour faire exister physiquement un album sans l’appui d’un label ?

On se démerde pour avoir des sous de côté. Faire presser un disque est simple, et pas si cher que ça. On tape « pressage disques » sur Google, on compare les prix, on passe commande directement via Internet, on envoie le master par la poste et une semaine plus tard l’album arrive, dans son petit camion UPS. Après, il faut pouvoir le distribuer. Moi, pour l’instant, je le vends sous le manteau.
J’ai trouvé un distributeur numérique, j’aurai un pourcentage sur les ventes, peut-être qu’ils feront un peu de promo, aussi… Ils me l’ont promis, mais je ne fais pas des masses confiance aux hommes d’affaire.
Il y a aussi un site chouette, Pop Only Knows, qui va vendre l’album en téléchargement et aussi sous forme physique. On trouve facilement un distributeur en numérique, ça ne leur coûte rien, et ça peut leur rapporter pas mal de thunes.

Présentes-tu cet album à des labels actuellement ?

Non. Je n’ai pas le temps. J’aimerais bien qu’un petit label vienne tout seul me proposer ses services, avec son petit chéquier.

Comment en fais-tu la promotion ?

A l’arrache. J’envoie ça à la presse. Je suis hôtesse d’accueil dans une boîte d’édition de presse, du coup je sais un peu comment ça marche. J’essaie de n’être pas trop agressive genre gros plan marketing. J’ai aussi énormément d’amis musiciens, on se retrouve dans les mêmes bars, et aux mêmes concerts. Il y a une sorte de petite scène, à Paris. Facebook facilite tout ça. Il y a Myspace aussi.


J’ai lu quelque part que tu regrettais finalement de ne pas l’avoir proposé dans un boitier cristal. Pour quelle raison ?

Je n’ai pas fait mettre le disque dans un boîtier cristal parce que c’était plus cher, pas pratique à envoyer par la poste, pas écologique, etc. Mais finalement j’aurais dû, parce que psychologiquement, on est conditionné à croire qu’un disque dans un emballage carton tout con, c’est une démo. Il y a des gens qui ont été surpris qu’il y ait 12 titres !
C’est valable pour n’importe quel produit qu’on met sur le marché : il faut que ça ait de la gueule. Si ça se voit que le truc a été fait avec peu de moyens, les gens ne vont pas le prendre au sérieux. Et, malheureusement, un album reste un produit.

Sauf pour les professionnels, puisque tous les cds promos sont envoyés comme ça.

Oui, mais les CD promos sont envoyés avant la sortie réelle de l’album… Et ils sont accompagnés d’une bio, d’une revue de presse, ils ont des références. Je suis certaine qu’un Coldplay dans son bout de plastique blanc sera écouté avec plus d’attention que le premier album d’un groupe inconnu d’Isle-les-Meldeuses proposé dans le même bout de plastique.

Peux-tu nous parler du visuel ?

Le dessin de la pochette est un brouillon, que j’avais fait au pastel sec sur mon carnet de croquis quand j’étais en premier année d’arts plastiques à la fac. Beaucoup de gens, à l’époque, y ont vu une foufoune; maintenant, d’autres gens y voient une rose. En vérité, c’est un truc abstrait qui s’inspirait du tableau The Deep de Pollock. Comme un gouffre, une plaie, ou quelque chose comme ça.
J’aime beaucoup utiliser le rose, ça me vient de Courtney Love. Le rose, c’est à prendre au second degré, le côté girly-petite-fille-Barbie.

Tu fais de la photographie aussi.

En fait je ne dessine plus du tout, je suis passée à la photo, c’est plus rapide et ça salit moins les vêtements.

Tu as une prédéliction pour les frîches industrielles, les grandes cheminées. Est-ce parce que tu as grandi dans une région dédiée à la Sidérurgie ?

Oui, certainement. La région d’où je viens a connu une époque franchement prospère grâce à la sidérurgie, des gens immigraient de partout, de Pologne, d’Italie, du Maghreb, pour venir travailler en Moselle. Maintenant les usines sont presque toutes fermées et celles qui tournent encore le font à perte. On se retrouve alors dans des centres-ville dont les magasins sont tous fermés, dans des villes qui semblent mortes. C’est un peu the rise and fall of the Moselle. Mais je ne photographie pas ces friches uniquement par amour du patrimoine. C’est surtout que j’ai tendance à beaucoup m’attacher aux lieux. Et puis, j’ai passé mon adolescence à faire des trajets Moselle-Seine et Marne, à l’arrière de la voiture. Il n’y avait rien d’autre à faire que de regarder le paysage. Alors j’ai fini par savoir le regarder, par en voir la beauté.

Tu chantes en anglais. Est-ce une façon de dire les choses tout en se protégeant ?

Sans doute, oui. Mais la raison principale pour laquelle je chante en anglais, c’est que je n’écoute principalement que de la musique chantée en anglais. Et puis franchement, entre nous, le rock en français… Cela m’évoque toujours des horreurs comme Saez ou Cali. Je crois que la langue française a des sonorités qui ne sont pas faites pour le rock.
C’est marrant, Vincent Palmer m’a carrément engueulée parce que je ne chantais pas en français. Il y a des gens qui soutiennent mordicus qu’on doit chanter dans sa langue maternelle. Mais honnêtement, est-ce que Still Lovin’ You aurait connu un tel succès avec des paroles en allemand ?

Qu’est-ce qui donne naissance à une chanson ?

C’est différent pour chaque chanson. Mais, en général, je pars d’une idée, ou plutôt d’un état d’esprit. Parfois je prends la guitare et un enchaînement d’accords, puis une mélodie, viennent tout de suite et correspondent à cet état d’esprit. Je n’écris les paroles qu’une fois que j’ai cette mélodie. Ça a été le cas pour Salt & Wine par exemple.
D’autres fois le concept traîne des mois dans ma tête, voir des années, et un beau jour, je joue un truc au hasard, et l’idée d’associer cette nouvelle mélodie avec le fameux concept s’impose.
Iris, par exemple, je ne l’ai pas composée. J’avais des bouts du texte sous forme de poèmes en français. Je voulais en faire une chanson, mais je n’avais jamais été capable de composer cette chanson. Et puis un ami m’a fait écouter une vieille démo à lui, j’ai adoré et j’ai voulu chanter le texte d’Iris dessus. Il a été sympa, il m’a laissé reprendre sa composition.

Envisages-tu de faire de la scène ?

C’est compliqué. Il est hors de question que je recrute un backing band pour jouer l’album sur scène. Je n’aime pas beaucoup obliger des musiciens à jouer des parties précises. Par contre, j’ai le projet de former un groupe. Dans lequel je ne serai pas la seule à composer. Ce sera beaucoup plus spontané, et plus rock que l’album. Mais comme rien n’est encore officiel je préfère ne pas trop en parler.

Qu’est-ce que tu te souhaites pour les 10 années à venir ?

Je me souhaite de pouvoir continuer à faire de la musique. Avoir un groupe avec des gens cools dedans, et jouer une musique gratifiante, dans des endroits pas trop pourris. Je ne veux plus avoir à jouer dans les caves de restaus couscous dont les patrons refusent de vous filer des boissons.
Globalement, je souhaite surtout ne pas devenir une vieille conne aigrie, et que mes amis ne deviennent pas des cons non plus et ne se mettent pas à faire des enfants. Et je crois que c’est tout. J’essaie de ne pas demander trop, histoire de ne pas être déçue.

Interview première partie…

** Un de mes amis me fit remarquer que la voix de Sylvia rappelait parfois celle de l’une des membres de Sidi Bou Said.

Suivre aussi :
http://www.myspace.com/hanschneckenbuhl
http://www.cqfd.com/sylvia-hanschneckenbuhl
http://hanschneckenbuhl.over-blog.com/
http://hanschneckenbuhl.photos.20six.fr/

Le groupe sur FaceBook.

Sylvia sur Parlhot .

http://www.myspace.com/temporaryjanuary
http://www.myspace.com/lafeline

cover sylvia h01- Welcome to a New Town
02- 17.30 Underground
03- Iris
04- Orange Juice
05- Nicely Stupid
06- Love song
07- Salt & Wine
08- Nationale 3
09- Untitled
10- Memory
11- Ending Music
12- The Old Drunk Song

http://www.pop-only-knows.fr/catalogue.html

interview: Sylvia Hanschneckenbühl (part 1)

Sylvia Hanschneckenbühl Sylvia Hanschneckenbühl (profitez-en, je ne l’écrirai qu’une fois) ne chante pas Noël et c’est tant mieux ! Sylvia H. (pour les extimes) fait des chansons presque pop avec des paroles sculptée à la hache. Et son album, le tout premier présenté au monde entier, n’a pas été réalisé à l’arrache. Son disque détonne dans la constellation épuisée du rock français et pas seulement parce que la jeune femme porte une admiration sans borne pour une musicienne de Dayton. Mais parce que Does not sing Christmas est un premier essai maitrisé. Et qu’au-delà des références assumées (Breeders, Kristin Hersh, belly), le disque recèle tout le potentiel d’une songwriteuse sincère et libre. Mademoiselle H – qui a bien plus de classe et de mordant qu’une Mademoiselle K – n’oublie jamais que l’on ne retient pas un auditeur sans accrocher une mélodie aux cordes de sa guitare. Pas une seule ne manque ici ! Résumons donc : des mélodies, une voix** et une affection profonde pour ce disque, trois bonnes raisons pour se pencher sur le parcours de cette jeune femme pleine de talents.

Sylvia, pourrais-tu nous dire d’où tu viens ?

Je viens d’une ville industrielle de Lorraine, dont l’usine et la mine sont fermées depuis des années. Je suis née dans une famille de prolos, de bons sidérurgistes, pas du tout branchés par la culture. Je suis la seule musicienne de ma famille. Ma famille a très mal vu le fait que je veuille faire des études d’art, elle m’aurait bien vue fonctionnaire, avec la sécurité de l’emploi.

Malgré ça, la musique était-elle quand même présente dans ta famille ?

Oh oui, ma mère écoutait beaucoup RTL, l’émission « Stop ou encore », je ne sais pas si tu vois…. C’était variété française à fond, son chanteur préféré était Michel Sardou. J’étais même allée voir Patricia Kaas en concert quand j’avais 8 ans, elle était la fierté de notre région tu comprends, elle est de Forbach. Il y avaient tout de même deux ou trois cassettes pas trop pourraves du côté de mon père, dont un best of d’Ennio Morricone, un disque des Shadows, et le double rouge des Beatles.
A 12 ans je me suis fait une copine dont le grand frère était guitariste et écoutait le Velvet. Je lui ai demandé de me faire une copie du best of sur cassette. Je me suis plus ou moins forcée à l’écouter, pour faire comme les grands. Et puis, à force, je me suis mise à vraiment aimer ça. C’était à l’époque de la reformation, en 93. Du coup, ils faisaient la couve de Best et des Inrocks. C’est comme ça que je me suis mise à lire la presse rock, blindée de mots que je ne comprenais pas. C’est avec ces journaux, en particulier Rock&Folk, que j’ai fait mon éducation musicale.

Est-ce que la découverte du Velvet à 12 ans a vraiment été le déclic, le truc qui t’a éloigné de la variété ?

Oui ! Je ne sais pas… Le Velvet, ça me parlait. Et puis, ça emmerdait mes parents. Ils pensaient que cette musique de drogués avait une mauvaise influence sur moi.

A quel age as-tu pu acheter ton premier disque ?

A 12 ans 1/2. C’était White Light/White Heat (second album du Velvet Underground, ndlr).

Envisageais-tu déjà d’exister ainsi, en faisant de la musique ?

Envisager est un bien grand mot… Bien sûr, je voulais faire rock star quand je serais grande, mais j’en rêvais plus que je ne l’envisageais. Je me suis procuré une guitare par le comité d’entreprise de l’usine à mon père, mais je me suis vite rendue compte que je n’étais pas un génie, et que sans cours, je n’y arriverais pas. Alors j’ai lâché l’affaire pendant des années. Je n’étais absolument pas réaliste. Il faut dire que dans ma famille on voit le monde divisé en 2 parties : il y a les gens normaux d’un côté, et de l’autre les gens qu’on voit à la télé, et entre les deux il y a une barrière infranchissable.
Je ne pouvais pas envisager concrètement de passer de « l’autre côté » (et j’ignorais qu’entre l’ouvrier et la star, il y a les musiciens qui ne vivent pas de leur musique ou juste un petit peu).

As-tu présenté Does not sing Christmas à ta famille ?

Euh… oui. Bizarrement, ils l’aiment bien. Bien sûr, ils ne parlent pas un mot d’anglais, ça aide. Mais d’avoir le vrai CD dans les mains, un CD qui ressemble à ceux du commerce, ça leur en a bouché un coin. Ils sont, finalement, assez fiers, je crois. Et puis bon, l’album passe bien un peu partout, en fin de compte, car il a un son assez propre. C’est de la pop qui a l’air gentille, si on fait abstraction des paroles et en général, les gens en font abstraction. Et puis j’ai une voix douce.

Tes parents l’avaient-il déjà entendu cette voix ?

Oui, bien sûr, je chantais tout le temps dans ma chambre. Mais ils ne se mettent à la trouver bien qu’à partir du moment où elle est sur un CD sérieux. Ils avaient déjà entendu des démos de Little Fury, mon groupe précédent, mais ils s’en foutaient un peu, ce n’étaient que des démos !

Peux-tu nous dire deux ou trois choses sur tes débuts en groupe ?

Je me suis mise à la guitare très tard, à l’âge de 19 ans. Dès que j’ai su enchaîner quelques accords et composer deux trois morceaux, j’ai passé une petite annonce dans R&F pour chercher des musiciens. Coup de bol, je suis tombée sur Basile. Il joue d’ailleurs quelques parties de batteries sur l’album. Il faut dire, dans l’annonce j’avais marqué « influences Pixies, Breeders », et je pense que Basile et moi sommes les deux plus grands fans des Breeders en France.
Basile avait un groupe, il leur manquait juste une chanteuse. Je suis arrivée à l’audition, morte de trouille, et je leur ai joué Love Song. Ils m’ont engagée tout de suite. Puis les circonstances ont fait que je suis passée à la basse, beaucoup plus facile à jouer, il y a moins de cordes et les cases sont plus large. Le groupe, qui s’appelait Little Fury, a duré 3 ans. On jouait déjà des titres comme Iris ou Nationale 3.
Après le split j’ai essayé de former un autre groupe. J’ai aussi joué de la basse dans plusieurs groupes en tant que simple exécutante, j’ai même été guitariste soliste dans le groupe La Féline, que j’ai quitté il y a six mois.

Etais-tu aussi une simple exécutante dans Temporary January ?

Plus ou moins, ouais. C’était Jérôme qui composait. J’étais libre de trouver mes propres parties de basse, contrairement à d’autres groupes qui m’imposait mes parties à la note près ! Jérôme avait bien voulu qu’on joue Nicely Stupid sur scène. Mais je n’avais pas beaucoup de pouvoir de décision.

Ton implication artistique a donc été plus évidente dans Little Fury.

Oui. Little Fury, c’était notre groupe avec Basile, nous étions co-leaders. C’était marrant, j’avais compté une fois, on avait tous les deux le même nombre de compos dans la set-list. Je m’aperçois maintenant qu’il est rare de trouver des musiciens qui partagent le même univers et les mêmes envies, comme nous le faisions dans Little Fury.

Quand as-tu envisagé d’enregistrer ce premier disque ?

En mars de l’année dernière. Cela faisait depuis le split de Little Fury que je me disais que ce serait chouette un album de moi toute seule. Mais je ne m’en sentais pas capable, je pensais être trop mauvaise guitariste, je ne pensais pas savoir bien arranger les chansons toute seule, je pensais que trouver un batteur, un ingé-son et un studio ce serait super over compliqué…. Bref, c’était une période de ma vie où
je ne prenais pas de décisions, elles se prenaient toutes seules. Je jouais dans les groupes qui me demandaient, et puis basta.
Et donc, un jour de mars 2008, j’étais en train de lire un livre sur Dylan et j’ai réalisé que je pouvais enregistrer cet album, que c’était pas insurmontable. J’ai tout de suite appelé un pote ingé-son et un pote batteur, ils ont été d’accord et même enthousiastes, donc j’y suis allée.
En fait, je me suis mise à envisager l’aspect pratique de l’enregistrement, ce que je n’avais jamais fait auparavant, et ça m’a paru largement faisable. Alors je me suis empressée de clamer sur tous les toits que j’allais enregistrer un disque, pour qu’après je ne puisse plus revenir en arrière.
Au départ ça devait être beaucoup plus modeste, uniquement des ballades. Puis des amis m’ont dit « tu devrais enregistrer ‘Nicely Stupid’, avec de la batterie »… Du coup ça a pris plus d’ampleur que je ne l’avais initialement prévu. Ça a pris plus de temps aussi. Je n’avais aucune idée de la direction que je devais prendre, de ce que j’allais faire avec cet album sans label, sans distributeur… Je n’ai même pas de compte Sacem !

Dans quelles conditions techniques as-tu enregistré cet album ? L’as-tu fabriqué chez toi ?

Non. Chez moi j’ai bien un Cubase craqué, mais je ne sais pas vraiment m’en servir. Ulrik Palud, l’ingé-son, m’a trouvé un studio à Brest, aménagé dans la cave chez un ami à lui. On est donc partis à Brest en août dernier avec le batteur. On a enregistré les basses-batteries en 3 jours. Ensuite j’ai enregistré mes parties de guitare et les voix dans le home-studio d’Ulrik, à Saint-Denis.
On a fait ça avec les moyens du bord, un seul et même ampli guitare, et aucun effet numérique, j’y tenais. Très peu d’edit, aussi. Je voulais que le truc sonne vrai, avec ses imperfections. J’aime bien les imperfections, je trouve que ce sont elles qui font tout le charme d’un disque. Comme la note un peu fausse, le « fuck » parce qu’on s’est planté dans les paroles… Tout cela humanise l’album.

Les chansons avaient-elle été toutes composées avant le déplacement à Brest ?

Oui, bien avant ! Les chansons ont toutes au moins un an. La plus vieille, Love Song, a été écrites il y a huit ans maintenant. J’ai écrit l’ébauche du texte d’Iris quand j’avais 16 ans… J’avais un vrai stock de chansons, ça a été dur d’en sélectionner douze.

Donc tu as déjà du matériel pour un second ?!

Ouais, vaguement… J’ai des chansons pas finies, d’autres en lesquelles je ne me retrouve plus vraiment et que donc je ne veux plus enregistrer… Quelques trucs très récents, aussi. Et quelques compos que je regrette de n’avoir pas mises sur cet album-là. Mais je ne pense pas encore au prochain album, je t’avouerai. J’attends de voir ce qui se passera avec celui-ci. Ce qui est sûr, c’est que je n’enregistrerai plus toute seule, sans label, sans rien.

On sent, en écoutant le disque, ton admiration pour les Breeders et Kim Deal. Qu’est-ce qui distingue cette musicienne par rapport aux autres ?

Ce qui la distingue des autres est très intime. C’est la façon dont je perçois sa musique qui est particulière. On est tous plus sensibles à certains enchainements d’accords, à certaines mélodies. Quand Kim Deal compose une mélodie, ça me parle, c’est comme ça. En plus, elle a la classe. Elle ne minaude pas, elle picole, et puis elle a une putain de belle voix. C’est une dame super touchante, et très forte en même temps.
Peu de gens aiment vraiment les Breeders, ni même ne les connaissent. Les gens connaissent tous Cannonball, et ça s’arrête là. Pour eux, les Breeders, ça envoie. Ils n’ont aucune idée des ballades sublimes sur les deux derniers albums, Off You par exemple, ou Here No More sur Mountain Battles.

As-tu d’autres influences ? D’autres artistes qui animent ton désir de faire de la musique ?

Bien sûr. Il m’est toujours difficile de parler d’influences, il a des tas de trucs que j’adore et qui ne s’entendent absolument pas dans ma musique, comme Brian Eno par exemple. Here Come the Warm Jets est mon album préféré de tous les temps. Pourtant il n’y a aucun son électronique, aucune expérimentation dans ma musique. J’aime aussi énormément la pop 60’s, les Zombies, les Byrds, les Kinks, les Beatles et bien sûr les Stones. J’aime aussi les one hit wonders du genre Herman’s Hermits. J’ajoute une mention spéciale pour les Who. Pete Townshend est un parolier extraordinaire, et très loin d’être con. Et les compos de John Entwistle sont, pour moi, les meilleures des Who. C’était un putain de mélodiste, on oublie souvent de le dire.

Et actuellement ?

En fait, je n’écoute pas vraiment ce qui sort actuellement. Je n’ai pas cette curiosité-là. Je découvre les choses par hasard, je ne vais pas à la recherche de la nouveauté. C’est par hasard que j’ai découvert Electrelane récemment. Ce fut, disons, mon « groupe de l’année 2008 ». J’aime aussi beaucoup The Divine Comedy.

Aujourd’hui si tu pouvais enregistrer l’album de tes rêves avec tous les moyens qui vont avec, avec qui aimerais-tu travailler ?

Bonne question, je n’y ai jamais pensé. Steve Albini me paraît une réponse évidente, en même temps, si j’en avais l’occasion, je ne sais pas si j’accepterais. Il est infect, comme bonhomme, à ce qu’il paraît. Et puis on me dit assez que ma musique ressemble aux Breeders, alors si j’enregistrais avec Albini, je te laisse imaginer…

Interview deuxième partie…

Department Of Eagles – Interview novembre 2007

department of eagles franceUne chronique et quelques emails plus tard, voici une petite interview de Department Of Eagles. Fred Nicolaus qui, gentiment a pris le temps de répondre à mes questions, se replongeant quatre ans en arrière pour nous parler de la genèse de leur album, de leurs projets et de leur avenir. [interview réalisée par Jen, septembre 2007 – photo : X]

Comment est né le projet Department Of Eagles ?
Daniel et moi étions colocataires lors de notre première année d’université, et nous avions l’habitude de faire ces chansons à base de samples sur nos ordinateurs pour passer le temps. Pendant le semestre du printemps, Dan a eu une mononucléose et a eu d’un coup beaucoup plus de temps, nous avons donc pensé que cela pourrait être un projet marrant de faire un « album ». Nous l’avons donc fait, et c’est parti de là.

D’où vient ce nom ?
C’est un référence un peu obscure à l’histoire de l’art. Si vous cherchez un mec qui s’appelle Marcel Broodthaers, vous comprendrez assez rapidement.

Malgré la récente sortie du morceau No One Does It Like You , Department Of Eagles semble un peu en suspens ; Dan faisant partie de Grizzly Bear, avez vous le temps de travailler ensemble autant que vous le souhaitez ?
C’est difficile de trouver du temps pour DOE. J’aimerais vraiment plus travailler dessus, mais cela a toujours été plus un projet qu’un réel groupe, c’est simplement la nature de la bête. Nous y travaillons petit bout par petit bout à chaque fois que nous avons quelques jours de libre pour avancer . En fait, nous avons débuté plein de chansons, le plus dur est de les finaliser.

Comment se déroule le travail entre vous ?
De différentes manières. Nous nous envoyons des choses par email. Plein de fois je vais envoyer une esquisse et il va la développer, et l’arranger jusqu’à la chanson finie. No One Does It Like You a été ecrite comme ça. D’autres fois, en fait, Dan va juste écrire la chanson et je vais y ajouter ou changer quelques paroles. Ghost In Summer Clothes a été écrite de cette manière.

Avez vous des rôles définis ?
Pas exactement. Puisque nous ne jouons pas en live et nous ne répétons pas, c’est assez abstrait. D’habitude c’est Dan qui jouait des instruments à corde et chantait, et je m’occupais des percussions et des samples. Mais je n’ai plus de batterie, et j’espère que nous pourrons avoir quelqu’un de meilleur pour prendre ma place si nous enregistrons encore. En fait, je dirais que nous écrivons les chansons ensemble et ensuite l’interprétation et la production c’est plus le domaine de Dan.

Fred, que faites vous quand Dan joue avec Grizzly Bear ? avez vous un projet solo ? Dan, qu’est-ce qui a motivé votre arrivée au sein de Grizzly Bear ? Vous sentiez-vous à l’étroit avec DOE ?
J’ai un boulot qui m’occupe à plein temps. Je fais mes propres chansons de temps en temps, mais c’est plus pour m’amuser que pour une sortie commerciale.
Dan n’est pas là pour le moment, mais j’espère qu’il ne se sent pas à l’étroit avec DOE ! Je crois qu’en fin de compte ce sont deux choses très différentes. Grizzly Bear est un vrai groupe, qui fait de la scène, et qui est constamment inspiré. DOE est plus le produit de deux amis qui glandent. C’est plus informel. Je pense toujours que DOE est bon et vaut la peine que l’on travaille dessus, mais c’est une chose très différente.

C’est peut-être compliqué de parler de cet album sorti il y a deux ans maintenant mais pouvez vous me dire tout de même Plus précisément, comment s’est déroulé l’enregistrement de cet album ?
En fait, il a été enregistré il y a 4 ans, ma mémoire est donc un peu confuse.
Nous étions essentiellement deux gamins qui glandions dans un studio vraiment cher. Beaucoup de décisions ont été prises dans l’impulsion du moment. Je me souviens que cela a été à la fois amusant et stressant. Cela a été la source de disputes passionnées, mais aussi de beaucoup de rire.

D’autres personnes y ont-elles collaboré ou étiez vous les seuls instrumentistes ?
Il n’y a eu pratiquement que nous. Mon ami, Michael Saltzman, a fait partie des chœurs sur Family Romance, et sa petite amie Becca est la personne qui dit « Hi !» à la fin de The Horse You Ride , mais c’est à peu près tout.

Pouvez vous expliquer pourquoi vous avez changé le nom de cet album ? Qu’est-ce qui ne vous plaisait pas ?
En gros, le mot « whitey » (blanc-bec).

J’ai été impressionnée par votre faculté à piocher dans tous les styles musicaux, les mélanger pour finalement vous les approprier.Pouvez vous me parler de vos influences (artistiques en général) ?
A peu de choses près, les artistes auxquels vous vous attendez. A la fois nous étions dans les Beatles, Radiohead, DJ Shadow, Mr Bungle, Jim O’Rourke, Beck. Il y en a eu quelques autres un peu plus obscurs, mais la majeure partie vient de la musique ordinaire qu’écoutent les nerds à l’université. Ce qui a enrichi l’album, c’est que le peer-to-peer s’est popularisé au moment ou on l’enregistrait. Dans les années 90, si vous vouliez un sample, vous deviez aller chez un disquaire et chercher pendant des heures. Pour nous, il a été assez facile d’obtenir une grande quantité de matière assez obscure. J’ai regardé récemment ce que j’avais dans l’ordinateur que j’ai utilisé pour ces chansons, et j’ai vu que j’avais téléchargé plus de deux heures de chansons de Mohammed Rafi, qui fait de la musique d’ambiance. Sans ce genre de choses, le disque aurait sonné assez différemment.

Avez vous fait de la scène ensemble ?
Un peu. Nous avons joué pour une émission de radio en 2004, quelque chose comme ça. Dan frappait la pédale de la grosse caisse avec son pied, jouait de la guitare, chantait et frappait le charleston avec le manche de sa guitare. Je jouais du glockenspiel et gérais les samples. C’était assez ridicule.

N’étiez-vous que tous les deux ? D’autres musiciens vous rejoignaient-ils sur scène ?
Seulement nous, bien que quelques amis soient venus chanter en renfort sur une version « racaille » de 40 Dollar Rug.

S’il y a un prochain album, va-t-il être dans la même veine que celui là ou bien allez vous expérimenter d’autres choses, vous focaliser dans un style ? J’ai pu lire qu’il pourrait sonner comme du Randy Newman, du Paul McCartney et du Van Dyke Parks… Est-ce toujours d’actualité ?
C’est difficile à dire à l’avance comment il sonnera, si toutefois il y en a un. Nous aimons vraiment ces gens. Je pense qu’il y a une chose de certaine, c’est qu’il ne sonnera pas comme The Cold Nose . Même si nous le voulions, il serait difficile de faire encore quelque chose comme ça.

Quels sont vos projets à présent ? Quelles sont vos envies, à l’un et à l’autre, pour le futur ?
J’espère que nous pourrons trouver le temps de travailler sur nos nouvelles chansons, de bien les enregistrer et de les sortir. Sortir la démo de No One Does It Like You était drôle, c’était un peu : « Oh ouais, c’est excitant de faire une chanson, de la jouer pour des gens et qu’ils l’aiment. » Cela paraît évident, mais j’avais un peu oublié ce que cela faisait. Ça fait du bien.

interview: Guillaume Eluerd

guillaume eluerdGuillaume Eluerd. A l’époque ses chansons évoquaient parfois l’électro blanche de Notwist ou le travail de l’impavide Troy Von Balthazar. The Year of The Dog, le premier album qui sort sous son nom le 26 septembre (Fabriq), est dans une lignée plus folk, plus boisée. C’est à distance que nous faisons connaissance avec ce jeune papa, ex game scriptwriter et littéraire sage. [anakin, septembre 2007 – photos : Yann Orhan]

Alors dis-moi, comment te sens-tu à quelques jours de la sortie de ton premier album ?

Guillaume Eluerd : Impatient. c’est un peu comme monter sur scène. c’est l’attente qui est dur, mais une fois que tu es dessus, tu es chez toi. Enfin, c’est comme ça que je voie les choses

Il s’est passé combien de temps entre le moment où tu as envisagé ce disque et sa réalisation ?

Houla… 10 ans ? Non, je déconne. Mais pas complètement. En fait, certaines chansons ont une dizaine d’années, d’autres sont même plus vieilles. Mais jusqu’à il y a peu, je n’avais pas trouvé le temps ou le courage de m’y mettre. Mais entre le moment où j’ai commencé et la sortie, il y a eu 2 ans.

Tu n’écrivais pas de chansons avant cela ?

Si, mais je n’avais aucune idée de comment les enregistrer, les arranger. Je suis passé par pas mal de phases avant de m’arrêter à un style précis.

Quelles étaient ces phases ?

C’est des phases d’arrangements. Au départ ça partait dans tous les sens, il y avait des morceaux acoustiques, d’autres très electro, d’autres complètement ambient, un genre de fourre tout pas possible. Et puis un bon ami à moi musicien, Stéphane Bouvier, pour ne pas le nommer, m’a conseillé de me concentrer sur un style. J’ai choisis celui qui était le plus facile à faire avec les moyens dont je disposais.

Dans quelles conditions as-tu enregistré ces morceaux ?

J’ai tout fait chez moi, dans mon 33 m² à Paris. J’ai acheté une guitare classique à 30 euros, un micro, un magnéto et puis l’ordinateur.

Il y a deux ans ?

Environ, oui. Mais je jouais de la guitare avant cela et puis j’avais des petites connaissances en enregistrement et en informatique grâce à mon job dans le jeu vidéo. On avait un studio son dans la boîte où je bossais. J’y étais tout le temps quasiment. C’est là où j’ai enregistré Development concept for formulation of nimp.

A l’époque avais-tu déjà écrit les morceaux qui composent The Year of Dog ?

Pas tous. Il y avait Failure, Louise et The Old House et puis les textes de No Soap et de Beauty of Mankind. Le reste est venu en faisant l’album. Disons que les trois morceaux déjà composés ont été choisis parmi une liste de x chansons parce qu’elles correspondaient à l’ambiance du disque et que je pouvais les jouer seul, sans big band.

Même Paper of Armenia (not so quiet) tu l’as enregistré seul ?

Oui… C’est dingue le foin qu’on peut faire quand on est tout seul.

Comment as-tu fait pour donner l’impression que vous étiez plusieurs à le jouer ?

J’avais une idée assez précise de ce que je voulais faire : un truc façon Animal Collective, genre tape joyeusement sur ce que tu trouves et chante à tue-tête. J’ai programmé la batterie et puis j’ai enregistré toutes les parties de guitares, de voix, les claps, les pieds, la balle de ping pong… Enfin tout ce qui me tombait sous la main.

Quelles sont tes influences ?

Nombreuses, trop nombreuses pour te les nommer ici.

Te sens-tu proche d’une éventuelle scène folk / anti-folk française ?

Proche c’est beaucoup dire. J’imagine qu’on doit aimer les même disques mais je connais très mal, voire même pas du tout leur boulot. Mis à part Thomas Méry, mais c’est normal, c’est mon beau frère. Mais pour ce qui est d’Herman Düne et consort, j’avoue ne pas suffisamment connaître leur musique pour m’en sentir proche. Non, mes influences viennent d’outre-manche et d’outre atlantique. Des gens comme David Sylvian, XTC, Tom Waits, dEus, Talk Talk, The Waterboys et plusieurs centaines d’autres. Là je suis en train d’écouter Iron and Wine. Je ne connaissais pas. C’est très bien.

La musique c’était une envie profonde, un truc que tu n’imaginais pas pouvoir concrétiser ?

C’est plus qu’une envie, c’est difficile à expliquer. Disons que c’est quelque chose que j’ai toujours fait et que je ferai toujours, même sans pour autant sortir des albums et « exister » en tant qu’artiste. Bien sûr j’aimerais que ça continue et que ça aille de mieux en mieux, mais même sans cela, je continuerai à composer. C’est vital.

Friends est un vrai tour de force. Comment as-tu fait pour lui donner autant d’ampleur ? On a l’impression que tu as convoqué tout un orchestre !

En convoquant tous les sons crédibles de cuivres que je pouvais trouver et en enregistrant le son qui sortait de mes enceintes pour la reverb. Puis, avec Pierre Musy, on les a mélangés au mix avec les sons sans reverb.

Autre tour de force : ta présence chez Fat Cat. Comment cela s’est-il goupillé ?

J’ai envoyé une démo 4 titres, les premiers que j’avais enregistrés. Il y avait Beauty of Mankind, Ballad, Paper of Armenia (quiet) et un morceau qui n’est pas sur le disque. Ça m’a surpris de recevoir un mail de chez eux. même si ça n’a pas abouti sur une signature, ça fait toujours plaisir. C’est comme le mail de David Sylvian me disant qu’il avait bien aimé la démo, mais que ça ne correspondait pas au son de son label. C’est des trucs qui te font littéralement décoller. Il faut dire aussi que j’avais eu une expérience similaire avec Nimp. Lorsque j’ai envoyé les démos de Nimp, le premier coup de fil que j’ai reçu venait de Mute. Le label voulait un de mes morceaux pour une compilation. C’est le genre de coup de fil qui vous donne du cœur à l’ouvrage. Cela prouve que même les gros labels écoutent parfois les démos.

Quel morceau Mute a utilisé pour sa compilation ?

Ils ont pris Mm, le plus pop. Ça m’a donné une certaine visibilité, un peu comme avec Fat Cat.

En fait l’épisode Fat Cat t’a permis de faire une transition entre les deux univers qui composent tes deux albums…

Oui, et l’épisode Quatermass aussi. Cela m’a permis de plus me focaliser sur l’acoustique, plutôt que l’électro. Et puis il y a aussi ma propre évolution. Vers la fin de l’album j’avais vraiment envie de passer à autre chose de plus acoustique et de plus fourni. Friends est le résultat de cette transition, tout comme I am without light.

Qu’avais-tu proposé à Quatermass ?

Tout, je leur avait envoyé une vingtaine de morceau . Ce sont eux qui ont choisi ensuite les morceaux qui les attiraient le plus . Puis j’ai affiné la liste au mixage. Je voulais obtenir quelque chose de varié, enfin de plus varié qu’un album guitare/voix, mais j’avais beaucoup de morceaux lents et calmes, alors il a fallu réduire pour mettre des morceaux plus rapides ou moins calmes, histoire de varier.

Pour quelles raisons cela ne s’est-il pas concrétisé avec Quatermass ?

Au départ ils m’ont envoyé en Allemagne pour faire le mix. j’ai dû emprunter de l’argent pour y aller, et le résultat a été catastrophique. Manifestement le mixeur et moi ne nous sommes pas entendus sur la couleur que devait avoir l’album. Et puis ils ont fait la même erreur avec le master. Après cela ils n’ont plus donné signe de vie pendant bien 3 à 4 mois, alors j’ai décidé de laisser tomber et d’aller voir ailleurs.

Finalement le disque que sort Fabriq était donc terminé quand tu l’as proposé ?

Oui, il ne restait plus que le master à faire. Je suis allé le faire chez Pierre Musy, le même qui a mixé l’album au final et qui m’a bien sauvé la vie sur ce coup-là.

La mésaventure avec Quatermass aurait pu te décourager…

Certes. mais j’ai des copains. Lorsque je suis rentré d’Allemagne, j’ai appelé un pote qui est sound designer dans le jeu vidéo pour savoir s’il accepterait de mixer l’album. Il m’a dit qu’il ne s’en sentait pas capable et il m’a redirigé vers Pierre Musy . Et là ça s’est très bien passé. Non seulement Pierre adorait les titres mais en plus nous avons des influences communes, comme XTC. C’est toujours plus facile de mixer avec quelqu’un qui sait de quoi tu parles quand tu cites un artiste ou un groupe. Pierre, en plus d’être une crème, a une énorme connaissance musicale.

Pourquoi as-tu baptisé ton album L’année du chien ?

Je suis un chien, mon fils aussi et l’album a été enregistré la même année.

En 2006 ?

Oui.

guillaume eluerdJ’ai cru au début que tu avais ordonné ton disque comme si il contenait une face a et une face b, notamment parce que j’imaginais à l’écoute du disque une seconde moitié plus volubile, plus extravertie mais non en fait car la version not so quiet de Paper of Armenia est le seul à avoir une production aussi aérienne et flamboyante…

Il y a de ça aussi. Lorsque j’ai commencé à mettre les titres dans l’ordre, je me suis calé sur une structure face a / face b. C’est une structure que je connais bien et que j’apprécie car elle permet mine de rien de passer à autre chose sans trop bousculer l’auditoire et je suis un fan des morceaux de fin de face. Je passerai ma vie à composer des morceaux comme ça, ce sont en général les plus mélancoliques où les plus étranges.

Peux-tu me donner plus de précision sur le sens de cette chanson qui s’appelle O Brother, What a World !?

C’est un très vieux texte que j’ai du écrire dans les années 90 . Il fait référence aux choses que nous perdons petit à petit en grandissant, l’innocence, l’insouciance aussi, quand les relations deviennent plus complexes. Ça fait aussi référence à mon frère. disons que c’est à lui que je m’adresse.

Tu sembles écrire depuis longtemps… As-tu toujours été un familier de l’écriture ?

Oui, depuis mon adolescence. mais je pense que j’ai été influencé par mon environnement. Mon père est prof de français et il écrit pas mal d’ouvrages de grammaire. Mon frère était cinéaste et musicien, et il écrivait aussi pas mal. Le dimanche, tout le monde écrivait à la maison, alors je m’y suis mis aussi.

Vous écriviez ensemble ?

Non, jamais. Et c’est pas plus mal d’ailleurs. je crois que mon frère et mon père savaient que j’écrivais, il voulaient me laisser libre. Ils ne sont jamais intervenus sur mes textes.

Vous vous lisiez mutuellement ?

Oui, parfois. enfin bon, je lisais rarement mon père parce que les bouquins de grammaire… hum… comment dire…. mais je lisais les scénarios de mon frère, on en parlait, je lui suggérais des idées qu’il ne gardait jamais. Mon père a lu mes textes en français et c’est lui qui a décidé de les publier. Mon frère connaissait certaines de mes chansons. On s’envoyait des morceaux et on en parlait. Je jouais parfois avec lui. C’est d’ailleurs le dernier souvenir que j’ai de lui avant qu’il disparaisse. On a joué ensemble pendant 3 heures. C’était énorme !!

Pourquoi as-tu choisi de chanter en anglais ?

Cela c’est imposé tout seul. Dès que je me suis mis à faire des chansons, elles étaient en anglais. Bon comme 70% des kids qui font des chansons tu vas me dire. Mais je crois que la différence est que je suis meilleur en anglais. De plus ma culture musicale est essentiellement anglo-saxonne. J’écoute très peu d’artistes français, voire quasiment jamais.

Parce que tu n’accroches pas à la langue quand elle est chantée ou parce que tu ne sens aucune affinité avec la scène française ?

Les deux. Ça ne m’accroche pas. Je trouve que nos chanteurs chantent de moins en moins et parlent de plus en plus. C’est le syndrome Gainsbourg. Et quand ils chantent, ben c’est pas pour dire des choses vraiment incroyables ou même qui sonnent bien à mon oreille. A chaque fois, je sors de l’écoute en pensant bof et j’en reviens à l’anglais… en poussant un soupir de soulagement. Non, je déconne. Quoique…

Même Dominique A ne trouve pas grâce à tes oreilles ?

Un pote m’a passé un live de lui, où il est tout seul et où il joue avec des pédales de loop. J’ai trouvé ce live excellent . Je me suis dit « ahhhh, enfin un qui chante », même s’il souffre du syndrome Morrissey. Mais ensuite j’ai écouté les albums. Il y a des choses bien, d’autres moins bien, mais rien qui n’atteint la classe de ce live à mon goût… Mais Dominique A représente la terre promise, c’est clair.

Travailles-tu toujours dans le monde du jeu vidéo ?

De moins en moins. Le dernier jeu auquel j’ai participé date de l’année dernière.

La musique et ton fils remplissent tes journées…

Oui et puis je fais des traductions quand il s’agit de gagner de l’argent.

Comment envisages-tu la scène avec cet album ?

A deux. Je vais jouer avec Andrew Richards, le boss de fabriq. Il s’occupera de tout ce que je ne peux pas faire. Il y a une tournée prévue pour le mois de décembre. On a choisit d’être deux faute de moyen. Ça coûte moins cher de faire déplacer 2 musiciens que 4, c’est mathématique. Mais avec un peu de chance, peut-être que je pourrai avoir plus de musiciens et mettre le portable au placard.

Écris-tu toujours sans que cela soit destiné à la musique ?

Oui, même si ma production a quand même bien baissé. Au départ d’ailleurs, il n’y a jamais de musique. Je n’écris jamais sur une mélodie que je viens de trouver. J’écris les textes séparément, sans penser à la musique. Et lorsque je trouve quelque chose qui pourrait faire une chanson, j’ouvre mes carnets et je vois ce qui pourrait coller, pas en terme de sens, mais en terme rythmique. Ensuite j’adapte, je sculpte le texte et la musique pour qu’ils ne fassent plus qu’un, ça me permet de rester très libre dans mon écriture, pour ensuite tordre le texte, voire même complètement le réécrire.

Es-tu un lecteur ?

Je lis très peu. et quand je lis je mets énormément de temps à finir le livre. Cela m’a pris pas loin de 2 ans pour terminer mon dernier livre. Je ne suis pas un littéraire assidu.

Si tu avais tous les moyens pour réaliser ton prochain disque, comment et avec qui le ferais-tu ?

Déjà je crois que ça me prendrait pas mal de temps pour me fixer sur un style particulier. Mais disons que si cela arrivait maintenant, je n’utiliserais que des instruments acoustiques : guitares, batteries, percussion, contrebasse , piano, violon et des cuivres. Quant au producteur , il faudrait quelqu’un de rompu à ce genre de production comme Tim Friese-Greene ou Mike Glossop, s’il travaille toujours.

Finalement tu n’aurais pas des envies de grandeurs…

Du genre orchestre symphonique ? Non . Il faut pouvoir faire quelque chose d’intéressant avec . je préfère les orchestres réduits. Je crois que je ferais aussi des détours vers la musiques contemporaine , vers Pärt, Kancheli, Hiller… Je mettrais aussi des chœurs baroques, ceux du Hilliard Ensemble. J’ai un morceau qui serait parfait avec un chœur de gospel aussi.

As-tu déjà du matériel pour un nouvel album ?

Oui, plein et ça part dans tous les sens une fois de plus. Il va falloir que je mette encore de l’ordre. Au final c’est les moyens qui décideront. Mais j’aimerais beaucoup avoir un groupe pour le prochain.

The Year of the dog est-il un enjeu important pour toi ? Cet album détermine-t-il la suite que tu donneras à tes envies de song-writer ?

C’est important dans le sens où il peut me faire rencontrer des gens, partager ma musique, me faire tourner et, si il marche bien, me donner plus de moyens pour faire le suivant. Mes envies de song-writing vont au delà d’un album. Je crois que même si je suis obligé d’enregistrer le prochain dans les mêmes conditions que celui-ci, je le ferais et je m’arrangerais pour qu’il soit différent. Je ne suis pas du genre à laisser tomber, je ne peux pas. même si un échec éventuel serait forcément décevant, je me remettrais quand même à composer.

Quel est l’état présent de ton esprit ?

Il est dans un piteux état… j’attends la sortie en tapotant des doigts, avec impatience, un peu comme avant d’entrer sur scène. Mais pour moi, la vraie vie commencera au moment de la tournée.

What a World!, dis-tu à ton frère. Comment espères-tu celui qui verra ton fils grandir ?

Meilleur, forcément. En tous les cas pas pire.

Liens :

http://www.myspace.com/guillaumeeluerd

http://www.cqfd.com/guillaume-eluerd

http://www.myspace.com/houseofnimp

http://www.myspace.com/fabriqrnd

http://www.yannorhan.fr/

http://www.myspace.com/pierre.musy

http://www.thomas-mery.net/

http://www.myspace.com/thomasmery

Discographie

guillaume eluerd - the year of the dogThe Year of The Dog

(Fabriq, septembre 2007)

guillaume eluerd - Development concept for formulation of nimpDevelopment concept for formulation of nimp

(Parametric Records, 2004)

interview: Jil Caplan

jil caplan Qui l’eut (toute) cru ? Jil et Jay à nouveau réunis. Pour le meilleur. Un disque de chansons. Jil Caplan et Jay Alanski, duo composite et subtil formé au crépuscule des années 80, dont la collaboration fusionnelle avait donné vie à trois albums entre 1987 et 1993. la revoilà donc la paire ombrageuse qui avait su il y a quatre lustres apporter du sens, de la nuance et de la profondeur à un Top 50 souvent très criard et vulgaire.
Les liens de ces deux âmes fortes se distendirent par la suite. Jil continua à créer sur ses rivages, alors que Jay, lui, donna un peu de sa pureté à l’électronique d’ici en créant A Reminiscent Drive. Il aura fallu du temps et la malice des hasards de la vie pour que ces deux amis se retrouvent et remettent en commun leur talent inspiré.
Comme nous n’étions pas Derrière la porte du studio pour capter quelques instants de ces rendez-vous artistiques, nous avons demandé à Jil de nous en décrire les contours. Alors, comme vous piaffez d’impatience, petits geais alanguis, nous vous laissons en sa compagnie. Ne soyez pas surpris si une biche se penche discrètement pour lire par dessus votre épaule…
[juin 2007 – photo : F Barrau].

Il s’est passé trois années depuis la sortie de ton album précédent. Quelle a été ta vie d’artiste pendant cette période ?
Jil Caplan : Des doutes et des doutes! du travail aussi, mais dans la vidéo. Je pensais que peut-être, je n’avais plus rien à dire…. une drôle de période. Rien à dire dans la musique. Je me sentais un peu seule, isolée.

Quel a été le déclic alors ?
Quand j’ai revu Jay Alansky, par un hasard de circonstances. Je suis allée chez lui (ça faisait 10 ans quand que nous n’avions quasiment plus de contact, juste des petits mots pour la nouvelle année) on a bu un thé et on a discuté 5h durant !

Cela vous a paru évident tout de suite ce retour à la création ensemble ?
Pas du tout. A la fin de la discussion, il m’a dit « mais tu n’as pas un bout de texte à me laisser ? On ne sait jamais, si ça marchait ! Alors je lui ai laissé 4 phrases, les 4 premières phrases des « toutes petites choses » que j’avais en tête depuis des mois, mais sans rien d’autre. Le lendemain, il m’appelait pour que j’écoute une idée de chanson. La machine s’est relancée tout de suite, une magie intacte grâce à la musique entre nous.

Pour quelles raisons aviez-vous mis autant de distance entre vous 2 ?
Je ne sais pas… La vie qui passe…. Des projets différents…..Comme si on avait fait le tour pendant ces 3 premiers albums ensemble. On est passé à autre chose. ça n’a pas été très facile pour moi ça ce moment (ndlr : en 1994). Je n’avais que des expériences de disques, de concerts avec lui. Ça a été mon passage à l’âge adulte, ça m’a fait mûrir sur ce que je voulais faire et comment je voulais le faire. Finalement cela a été bénéfique.

As-tu suivi de près son travail quand il officiait dans A Reminiscent Drive ?
Oui quand même! J’ai toujours été gourmande de son travail…. Je trouvais ça vraiment bien, intéressant, très musical, original. Il avait besoin de ça, de ce travail seul.

Sais-tu si lui restait attentif à ce que tu devenais ?
Oui il le restait. Bien sûr. mais de loin; avec son point de vue sur moi, il me connaît très bien !!

Quelles ont été tes autres activités artistiques pendant cette pause ?
J’ai filmé beaucoup. J’ai toujours adoré les images, leur contenu. J’ai réalisé un film de 50 minutes pour les Lilicub, un clip pour un projet underground que j’ai fait en 2002, Gueule d’amour. Je filme, je monte ensuite chez moi sur Final Cut. J’ai aussi écrit des papiers dans une revue de cinéma indépendante Brazil.
J’ai sorti 2 albums chez Warner : Toute crue avec Jipé Nataf et Comme elle vient avec Jean-Christophe Urbain, qui était le poumon gauche des Innocents (Jipé étant le poumon droit). J’ai aussi voyagé, fait des concerts au Kenya, au Vietnam, etc. Bref, je me suis agitée!

Ton amour pour l’image et le cinéma a toujours été là ?
Ah oui! Et c’est tellement plus facile de faire des choses par soi-même maintenant. L’essentiel est d’avoir de l’imaginaire, des fantasmes. Sinon, cette facilité ne sert à rien.

Qu’écrivais-tu pour Brasil ?
Pour Brazil j’écrivais des chroniques, mais aussi des longs papiers. Notamment un article sur le film Frida, comme j’adore Frida Kahlo depuis très longtemps, et que je connais bien sa vie. J’avais donc écrit un long article sur elle, sur le film, en rencontrant la réalisatrice. J’ai aussi rencontré Ken Loach pour Sweet Sixteen, et Anthony Hopkins pour Dragon Rouge.

A tes début avais-tu déjà cette envie de maîtriser l’image, la tienne en particulier ?
Je savais à peine qui j’étais, comment allait s’inscrire ma vie. J’étais une porte ouverte, une page blanche. J’avais deux passions, la musique et le ciné. Et l’écriture aussi ! Mais il m’ a fallu plus de temps pour un peu la maîtriser. Au début tout parait simple et facile, puis on réfléchit et on s’aperçoit que ce n’est pas si facile. Puis le temps passe encore, et on voit que c’est en fait un gros chantier, un travail terrible de sortir les choses de soi, de les ordonner, de les exprimer avec personnalité. d’aller plus loin, quoi ! Mais si on renonce, rien ne se passe!

Tu as ouvert ton blog avec une note sur un événement qui s’est passé sur une petite départementale. Quel a été le déclic qui a permis l’existence de cet espace très personnel ?
J’écrivais l’album qu’on vient de finir avec Jay. J’avais soif d’écrire…. Je venais de terminer un petit livre, et le format des chansons est très strict. Ecrire ce blog est une petite liberté, un espace rapide et instantané. Parfois, je m’interdisais d’écrire certains trucs pour le garder pour mes chansons, ça m’ aidait. L’écriture se nourrit de l’écriture. Mais le blog est un piège aussi. en fait, j’avais écrit quelques notes auparavant, je l’ai commencé en mai 2006, juste au moment ou j’ai retrouvé Jay…

Le format de tes notes est assez proche de celui des chansons…
Oui parce que j’essaye d’aller à l’essentiel, cela dit, il y a des notes très longues et d’autres très courtes, et il n’y a aucune règle de versification ou de nombre de pieds à respecter, alors que dans une chanson, c’est essentiel. Ce blog, c’est de l’écriture plus libre, j’essaye de ne pas trop me censurer. Mais le piège c’est que je publie les notes très vite, jamais plus de 15 minutes pour écrire une note, et je trouve que parfois, ça manque de travail. Je pourrais aller plus loin, être plus précise, mieux écrire. Chose que je m’efforce de faire dans les chansons, certaines sont travaillées au petit poil !! Une chanson, ça reste, ça s’écoute, alors que le blog est un instantané. Je peux l’effacer en un clic si je veux ! Pas une chanson….Elle reste gravée, indépendamment de moi.

As-tu voulu tout de suite le publier sous ta propre identité ?
Au début c’est ce que j’ai fait, parce que je ne savais pas quelle tournure ça allait prendre. Je pensais faire une sorte de journal de bord professionnel, puis très vite je me suis aperçue que ce n’était pas du tout ça que je voulais faire ! Le livre de textes que j’ai écrit est sous cette forme, et c’est revenu naturellement. Et je voulais que ce soit sans masque, d’ou le nom « toute crue » Puis j’ai enlevé mon nom, je trouvais ça mieux pour moi que ce soit anonyme. En même temps, tous les gens qui viennent le lire savent qui je suis, c’est marrant. mais comme je ne l’affiche pas, j’oblige à l’anonymat.

Quels retours as-tu sur ce travail bloguesque ?
Des bons retours. les gens sont surpris en général, c’est une facette qu’ils ignoraient. Tout ce que je souhaite, c’est que ce soit bien écrit, et qu’il y ait une forme de violence, d’exacerbation des sentiments. j’aime bien quand c’est en dessous ou au dessus de la vérité. La vérité n’est pas toujours aussi dramatique! Mais elle est en toile de fond, toujours.

Le premier morceau de ce nouvel opus que tu offres sur ta page Myspace s’appelle de Toutes petites choses. Est-ce le premier single ?
Oui! première chanson écrite, première du disque, premier single. Si on avait su ça quand on l’enregistrait !!

Comment est reçu ce premier titre par les internautes qui viennent sur ta page myspace ?
Eh bien ce qui me touche particulièrement, c’est que les gens ressentent la fragilité et en même temps un certain émerveillement des choses. Les internautes me renvoient quelque chose de très positif, très « sur le fil »

La réactivité sur le net est telle que Toutes petites choses a déjà donné de l’inspiration à des blogueurs. Comment vis-tu cette proximité ?
Ah bon ??? Je savais pas. En fait, ce flux d’inspiration a toujours existé mais il était invisible avant. C’est beau d’inspirer des choses, des émotions , des réflexions aux gens.

En combien de temps avez-vous enregistré cet album, toi et Jay ?
L’écriture et la composition ont été réalisées en un mois et demi. Cela s’est fait très vite, les chansons venaient quasiment quotidiennement, ou tous les 2 jours. On enregistrait vite fait une base. On essayait les paroles, la voix, les tonalités et après on peaufinait le tout. C’était très fluide, on était très inspirés, heureux de faire ça ensemble.

La pochette est un autoportrait. Il y aura-t-il une vidéo pour accompagner le single ? Si oui, vas-tu la réaliser ?
Je ne sais pas. J’aurais certainement des idées, d’ailleurs j’en ai déjà…. Mais réaliser…. Coréaliser peut -être, je n’aime pas laisser le bébé tout seul ! Comme le livret de l’album, je l’ai fait entièrement chez moi, avec Photoshop. Puis je donnais le tout au graphiste pour paramétrer le tout. J’aime faire tout ça, pour moi c’est un une même énergie.

Finalement tu as démarché les maisons de disque avec « un produit » fini…
Quasi fini. on n’avait pas mixé, juste des bonnes mises à plat. Mais tout était là…

As-tu démarché beaucoup de labels ?
Quelques-uns. Pas tous…. Je suis allée voir les gens avec qui j’avais envie de travailler en priorité et comme par hasard, ce sont eux qui ont le mieux réagi ! Ensuite , il y a la part de chance, de concordance.

C’est Odéon qui a le mieux réagi à l’écoute de ton projet ?
Oui, Hervé Defranoux d’Odéon a beaucoup aimé tout de suite les chansons. Une personne de Capitol aussi a été très présente. Après, ça a été très vite.

As-tu envisagé de produire le disque en totale indépendance ?
Mais c’est ce qu’on a fait à l’arrivée ! Et au départ aussi. Les gens d’EMI aimaient le projet tel qu’il était, ils nous ont fait confiance, on a tout fait en indépendants.

Est-ce facile de garder le contact avec l’industrie de la musique quand on en est un peu éloigné ?
Oh oui! tous mes amis sont dans la musiques…. Ce qui est dur en fait, c’est de garder ce fil toujours activé, d’être « dedans  » et « dehors ». Ça fait un peu mal parfois. On se sent seul, quoi.

Quel est le thème prédominant de ce nouvel album ?
La solitude. C’est quelque chose qui m’a frappé ces derniers temps, à quel point les gens ont besoin d’amour, et à quel point ils sont seuls finalement. L’indifférence crasse des humains entre eux, l’égoïsme qu’on a tous en nous, et la fragilité dans laquelle on est plongé. C’est peut-être parce que je vieillis que je sens ça plus qu’avant

Finalement, dont le texte et la musique ont été écrits par Jay Alanski, est superbe. Ces titres, justement, ont-ils été écrits et composés après vos retrouvailles ou Jay les avait déjà dans un coin ?
Non, on avait aucun stock. De toute façon, je n’aurais pas apprécié le stock !! Pour Finalement cela s’est passé comme ça : je suis arrivée un jour dans son studio, la musique me parvenait du couloir, et j’adorais déjà la mélodie. Il était en train de l’écrire..

Il l’écrivait pour cet album ?
je pense que oui

Peux-tu me dire 2 ou 3 choses sur Chez moi, sur la façon dont vous avez enregistré ce morceau, comment l’idée de le faire comme ça, simplement a capella et avec des claps vous est venue…?
Au départ, c’était le nom de code de l’album, « chez moi ». et puis j’ai écrit le texte, en me disant c’est dommage que le titre ne soit pas une chanson. J’ai donc écrit « chez moi…. » Jay avait composé une super musique dessus, mais assez compliquée niveau rythme, donc on l’a évincée. Puis, on a trouvé un peu con de virer cette chanson qu’on aimait tous les deux. Alors, on a eu l’idée de garder juste la mélodie et de faire des claps, des bruits de pieds, des petits rythmes simples; on l’a enregistré en 45 minutes! J’avais pensé mettre des tas de petits bruits domestiques, le plancher qui grince, les éboueurs qui passent, mais mon micro est tombée en panne, alors on l’a laissé comme ça.

Vous étiez dans quel état d’esprit quand vous avez enregistré cet album ?
On était porté…. Je rentrais chez moi, la nuit tombait et j’écrivais des textes. Jay composait très vite, le lendemain si le texte lui plaisait, on essayait, on couchait les bases…

Vous échangiez tous les 2 sur vos textes, vous vous donniez des pistes ?
Non aucune piste. C’était très libre, aucune idée préconçue. C’était très libre, ça venait comme ça venait, on laissait faire, mais on était très excités de cette inspiration

Mais les textes qu’il a écrits ne naissaient-ils pas de vos discussions, de votre histoire commune ?
Pas de notre histoire commune, non; on discutait énormément, et bien sur que ça nourrit les chansons. Quand je rentrais chez moi, je laissais remonter tous ces mots, ces sensations à la surface…. comme un noyé;

De drôle de mots ! l’une des chansons les plus sombres est Un âne sur la route, à quel moment de ta vie as-tu écrit ce texte ?
C’était en juin dernier; j’étais seule chez moi, je m’étais endormie sur mon canapé. je me réveille à 1h30 du matin, et soudain, je pense « je pourrais crever, tout le monde s’en fout, personne ne le saurait ». Je sors mon chien, la nuit est douce, et j’enjambe un sdf en bas de chez moi, et je me dis « pour lui c’est pire ». Je remonte et j’écris « un âne sur la route ». Voilà.

Comment as-tu conçu le livret ? En pensant à quoi ? Toutes ces photos, on dirait les fragments de ta vie…
C’est ça! Ce ne sont que des photos personnelles, de vacances, des souvenirs… J’en avais marre des livrets « gravure de mode ». Je voulais un genre de grand collage, très coloré

Au-delà des mots, tu livres une partie de ton intimité avec toutes les photos sur ton livret…
Je voulais raconter une petite histoire avec toutes ces photos. Oui c’est vrai, c’est ce qu’il y a derrière ma porte. Il y a la pochette très dépouillée et quand on ouvre le livret, c’est coloré, foisonnant

Et les animaux ?
Je voulais des animaux aussi , pour le tendre que l’on ressent grâce à eux. J’aime que ces photos soient prises au premier degré, aucun ironie! On a envie de les embrasser ces animaux. le mouton, le caneton…. Ils sont désarmés, comme nous parfois

Finalement il y a pas mal d’espoir avec au milieu du livret cette biche qui donne l’impression de te protéger et ce petit mantra : quelque chose va venir, quelque chose vient toujours…
Mais je trouve que ce disque n’est pas noir. il y a « à la fenêtre » qui est pleine d’espoir…. et « tout l’azur du monde « aussi , qui est finalement plus émotive et positive que sombre. Le mantra est un mantra que l’on doit se dire aux heures les plus difficiles

Suis-tu particulièrement ce qu’il se passe sur la scène française ?
Oui, je regarde, j’écoute, mais peu de choses me plaisent en fait. je trouve que ça manque de corps, de sang, d’âme, à part Camille qui déborde, qu’on aime ou pas son travail d’ailleurs. Mais elle existe fort. je trouve ça bien. J’aime aussi la chanson d’Emily Loizeau, L’autre bout du monde. J’aime la voix atypique de Franck Monnet, Jipé Nataf bien sur !! Et la chanson Vivre à même l’amour de Ben Ricour.

Qu’est-ce qui a profondément changé dans la façon de faire de la musique, de la défendre, depuis tes débuts ?
Sans doute qu’avant, je voulais « exister »; maintenant, je souhaite plus « exprimer ». C’est très proche, mais j’ai conscience qu’il faut se développer, se travailler, comme un vase d’argile, pour donner une forme, une grâce. Parfois, on y arrive, parfois non ?!

Envisages-tu de faire de la scène ?
Oui dans un premier temps, ce seront des petites prestations avec un ou deux musiciens, ce sera un album difficile à rendre sur scène car assez produit, avec des couches de sons, un peu comme un mille feuilles! C’est la deuxième partie du travail, trouver comment et avec qui, pour restituer les sensations qu’on a voulu mettre dans le disque. C’est moins créatif , plus sanguin, la scène…. A moins de faire du rock progressif, ce qui n’est pas mon cas !!

Quel rapport as-tu avec les programmes de télévision qui essaient de fabriquer des chanteurs ?
Bah je les ignore un peu. Je comprends que des jeunes personnes se rêvent, et prennent ce raccourci qui, à l’arrivée, n’est pas un raccourci, car tout le monde méprise ces émissions et ça reste comme une marque sur soi. Mais la télé, la courte gloire immédiate…. Ils sont jeunes ou cyniques, veulent peut-être profiter d’un système qui se moque d’eux, en fait. C’est un peu triste et vain.

Si tu étais invitée sur le plateau de Star Academy, irais-tu ?
Je ne sais pas. Peut-être. Le problème est que tout est mélangé…. Le besoin de communiquer, d’informer qu’on a fait un disque, et que les gens entendent notre chanson. Et puis le côté putassier de la promo, passer n’importe où, n’importe comment. Pour moi, il n’y a pas de honte à chanter sa chanson, on peut rester soi-même. J’espère! Mais je crois que je ne suis pas sur la liste des invités.

Il y a une biche qui se balade un peu partout sur tes espaces. Que représente-t-elle ?
Ah ma biche!!! Eh bien pour moi, c’est la pureté qu’il nous reste. La peur aussi, l’effroi, la fragilité face aux autres, la toute petite chose, belle, émouvante, quelque chose qu’il faut préserver.

Est-ce que tu te lèves tous les jours avec le courage d’en découdre ?
Finalement oui. il y a des jours plus down que d’autres, bien sur, mais je sens que je suis pleine d’énergie, de ressort, et d’envie. C’est ça qui était le plus difficile à vivre avant de faire cet album, c’est que ce ressort était un peu cabossé et totalement ignoré, dénié.

On a évoqué la scène française mais quelle est ta dernière émotion musicale ?
Le chevalier à la rose de Strauss; j’ai entendu ça l’autre jour sur France Musique et il y a un passage super beau. Le truc, c’est que la musique classique accroche notre oreille d’une autre façon, plus inconnue. J’aime aussi Antony & the Johnsons, l’album Michigan de Sufjan Stevens et The Guillemots !

Liens :
Site Jil Caplan
http://www.myspace.com/jilcaplan
Toute crue
http://www.myspace.com/areminiscentdrive
http://www.myspace.com/jeanchriurbain
http://www.myspace.com/gueuledamour
http://www.myspace.com/docpilot

Microbio

Née le 23 octobre d’une année qui vit Le ciel, le soleil et la mer d’un certain François Deguelt devenir le tube de l’été, Jil Caplan débarque vingt ans plus tard dans le monde très mouvant de la pop musique française avec un premier album fabriqué avec peu d’argent. Son titre : A peine 21. Réalisé sous la houlette de Jay Alanski, artiste ombrageux et auteur notamment en 2003 d’un opus baptisé Les Yeux Crevés, A peine 21 révèle une foultitude de tubes : Oh tous les soirs, Comme sur une balançoire, Cette fille n’est pas pour toi, etc.

Comme sur une balançoire (hit extrait de A peine 21 ) – Vidéo réalisée par Jay Alanski, Jil Caplan et Bernard Cavalier.

Jil et Jay oeuvreront ensemble jusqu’en 1993. Jusque là, ils publieront deux albums : La charmeuse de serpent (en 1990) – qui propulsera Jil et fera d’elle la lauréate de la catégorie Meilleure Révélation Féminine des Victoires de la musique 1992 – et Avant qu’il ne soit trop tard (en 1993).

Tout ce qui nous sépare (hit extrait de La Charmeuse de serpent)

Natalie Wood (hit extrait de La Charmeuse de serpent) – Vidéo réalisée par Jil Caplan et Frédéric Touchard.

Ensuite Jil travaillera sans Jay Alanski (parti se ressourcer en fondant A Reminiscent Drive). Elle proposera successivement un album éponyme, puis Toute Crue et Comme elle vient, tous deux sortis dans les années 2000.

vidéo de Le lac (titre extrait de l’album Toute crue).

Entre temps, l’artiste aura beaucoup voyagé, ouvert un blog et se sera offerte une petite parenthèse au sein de Gueule d’amour, duo auquel participera Doc Pilot.

vidéo de Ma Gueule d’Amour (titre extrait du ep Gueule d’Amour) réalisée par Jil Caplan.

En 2007, Jil et Jay se retrouvent. En juin de la même année sort le très joli Derrière la porte.

interview: The Sleeping Years (mai 2006)

English version below

Dale Grundle par Nial PollockNous n’avions plus de nouvelles de Dale Grundle depuis 1998, année de la sortie de Stooping to fit, second et dernier opus des Catchers. Le musicien ne s’est pourtant pas perdu en route. Il vient de créer The Sleeping Years, son nouveau groupe. A l’écoute des premières chansons présentées sur le site du groupe, on constate que le songwriter n’a rien perdu de son savoir-faire pop et mélancolique. On espère qu’il pourra les graver bientôt car Celui qui nous donne des nouvelles aujourd’hui est à la recherche d’un label… [mai 2006 – photo : Nial Pollock]

 

Quelles furent les raisons de la séparation des Catchers ?

Bien en fait je ne crois pas qu’il y ait eu vraiment un moment où nous avons décidé de nous séparer. C’est venu progressivement, à mesure que la formation pour le live devenait de moins en moins importante ( nous avons fait la première partie de Dr. John au Royaume-Uni à trois et fait notre dernière tournée à deux) jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que moi écrivant à la maison. Si événement particulier il y a eu c’est probablement quand nous étions sur le point de faire un programme de la télévision irlandaise. J’ai senti que nous étions un peu perdus en tant que groupe à ce stade et que faire l’émission aurait été une erreur alors j’ai dit à Setanta que nous ne la ferions pas et que j’arrêtais tout un moment. Aussi, nous avions quelques problèmes personnels au sein du groupe- Alice et moi avions été en couple plusieurs années et quand nous avons rompu nous avons beaucoup donné en tant que personne. Nous n’avons jamais vraiemnt eu le temps ni l’espace pour guérir parce que nous travaillions ensemble tout le temps.

Que deviennent les autres membres du groupe ? Es-tu resté en contact avec eux ?

Oui, je suis en contact avec la plupart d’entre eux. Alice travaille maintenant en coulisses dans le milieu musical, elle se bat pour les droits des musiciens et organise des événements. Elle va très bien. Elle n’a jamais rechanté autant que je sache. Elle m’a aidée sur les demos des chansons de The Sleeping Years mais je ne crois pas qu’elle veuille s’impliquer à nouveau dans un groupe. Peter est tombé amoureux d’une infirmière australienne et il a déménagé à Melbourne avec elle et un chat errant qu’ils avaient trouvé dans les rues de Londres. Il vient de se remettre à la batterie avec un groupe là-bas. Je suis très content parce que c’est un musicien talentueux. Nous avons eu beaucoup de bassistes alors je ne vais même pas commencer à essayer de savoir ce qu’ils sont devenus…

Que s’est-il passé pour toi entre la fin de The Catchers et la formation de The Sleeping Years ?

J’ai commencé à travailler immédiatement sur de nouvelles compos et j’ai même joué deux concerts à Londres avec des amis mais ça ne marchait pas vraiment pour moi. Je crois que j’avais besoin d’un break après The Catchers et aussi après être sorti d’une très longue et intense relation. Pendant presque trois ans je n’ai pas écrit de musique. C’est incroyable quand j’y repense.

Le nom du groupe est-il un clin d’œil à la période de ta vie où la musique était pour toi une activité endormie ?

C’est une variation de la toute première phrase de la première chanson (Beauty No.3 – ‘In her sleeping years deeply slung…’) sur le premier album des Catchers- mais je crois que c’est aussi moi disant ‘ Voilà ce que j’ai fait pendant mon absence’.

Comment qualifierais-tu la musique de The Sleeping Years ? Qu’est-ce qui la différencie de celle que tu faisais avec The Catchers ?

Je ne crois pas que ce soit à des millions d’années lumière du son des Catchers- évidemment c’est la même personne qui écrit tout mais je crois que mon approche a beaucoup changé. Je travaille ma façon de chanter.
Alors qu’avec certaines chansons des Catchers je commençais avec des paroles ou un poème que je décomposais pour ensuite en composer la musique, beaucoup des nouvelles chansons ont été enregistrées avec moi chantant des ébauches de paroles sur une musique déjà aboutie. Du coup, je me suis laissé guider par le son des voyelles, ce qui m’a permis de découvrir des nouvelles facettes de ma voix.
Je suis aussi un bien meilleur musicien maintenant que je n’étais avec les Catchers alors j’ai plus de capacités à la guitare par exemple. Je crois que les éléments fondamentaux sont toujours les mêmes. C’est toujours très lyrique et certaines des musiques ont toujours ce son pop/folk que j’utilisais avec les Catchers. Je crois simplement qu’avec les années de pratique je maîtrise ça encore mieux. Merci mon dieu !

Quel rapport as-tu aujourd’hui avec Setanta, ton ancien label ? Une collaboration entre lui et The Sleeping Years était-elle envisageable ?

J’ai de très bonnes relations avec eux. C’est étrange parce que je commence à revoir beaucoup de gens de l’époque quand je joue autour de Londres. Keith du label est venu à quelques concerts et a été très sympa à propos des nouveaux morceaux, il essaie de me mettre en contact avec les gens. Je crois que Setanta est devenu un plus petit label maintenant. Je ne crois pas qu’ils soient en mesure de sortir notre album. Je crois qu’il auraient aimé mais je ne vois pas comment cela aurait été possible.

Serais-tu prêt à rentrer en studio aujourd’hui ?

Oui. Tout est écrit, nous essayons juste de trouver un label qui veuille bien nous signer. Je pourrais commencer à enregistrer l’album demain.

Tu as une voix reconnaissable entre mille. Quelles sont celles qui te touchent aujourd’hui ?

Merci. Je suis très content que tu penses ça. Récemment j’aime ce que font The Animal Collective, je suis à fond dans les signatures du label Anticon (Dose One en particulier), beaucoup de chanteurs de Alan Lomax Southern Journey Records– Sacred Harp shape note singing, etc. N’importe quoi qui soit si étrange et primitif que tu es frappé par l’originalité du son, ou tellement sincère que tu penses que seulement toi et le chanteur sont impliqués dans l’instant.
Deux de mes vieux favoris : Mark Hollis et Captain Beefheart.

Qui a réalisé la belle session de photos que l’on trouve sur ton site ?

C’est un vieux camarade de classe à moi Nial Pollock.

Quel souvenir gardes-tu de ton passage à Orléans il y a 11 ans ?

Si c’est celui auquel je pense, nous tournions avec un autre groupe, peut-être Edwyn Collins, mais nous avions terminé là en faisant notre propre concert. Je crois que c’était dans une école mais je ne suis pas sûr. La chose dont je me souviens c’était qu’une fille d’Irlande du nord qui connaissait Peter a fait son apparition. C’est tout. Nous avons fait tant de concerts en France et je m’en souviens de beaucoup mais c’était il y a longtemps. Cette période de nos vies était tellement excitante. Le public était tellement cool avec nous, nous essayions toujours de signer des trucs et de parler avec le plus de gens possible après les concerts, ça comptait beaucoup pour nous.

English version

Dale Grundle par Nial PollockWe didn’t have any news from Dale Grundle since 1998, the year his former band the Catchers released their second and last album Stopping to Fit. But since then, he wasn’t gone astray. He just formed a new band called The Sleeping years. After listening to a few songs available on the band’s website, we noticed that the songwriter has not lost any of his skills for sweet and sour songs. We wish him to succeed in his search for a label soon. Here are some insights he agreed to share with us… [may 2006 – photo : Nial Pollock]

 

Could you tell us why the Catchers split up ?

Well, I don’t think there ever really was a moment where we actually decided to ‘split up’. I think it was a very gradual thing with the live band becoming smaller and smaller (we supported Dr. John in the UK as a three-piece and did our last tour as a duo) until it was back to being me writing at home. If there was any actual event it was probably when we were about to appear on an Irish television programme. I felt that we were a bit lost as a band at this point and that to go ahead with the show would have been a mistake so I told Setanta that we wouldn’t do it and that I was stopping everything for a while. Also, we had a few personal problems within the band – Alice and I had been a couple for many years and when we broke up it took a lot out of us as people. We never really had much time or space to heal because we were working together all the time.

What are the other members doing now? Do you stay in touch with them?

Yes, I’m in touch with most of them. Alice now works behind the scenes in music, fighting for musicians’ rights and organising events. She’s doing very well. She never sang again as far as I know. She helped me with some demos for the Sleeping Years songs but I don’t really think she wants to go through the whole band thing again.
Peter fell in love with an Australian nurse and moved with her and a stray cat they found on the streets of London to live in Melbourne. He’s just started drumming with another band out there. I’m very happy about that because he’s a very gifted musician.
We had a lot of bass players throughout our time so I’m not even going to start trying to figure out what they are doing…

What happened to you between the end of the Catchers and the beginning of the Sleeping Years?

I started working on new material straight away and even played a couple of gigs in London with some friends but it wasn’t really working out for me. I think I needed a break after the Catchers and also after having come out of a very long, very intense relationship. There was a period of about three years where I didn’t write any music. It’s incredible for me to think that now.
I got a job and I decided to build a little home studio so that I could record my own demos. Every month I would save up my money and buy another part until finally I had everything that I needed and I could start to record my songs.

Is the band’s name a reminder of a certain period of time in your life when music was a sleeping activity?

It’s a variation on the very first line of the first song (Beauty No.3 – ‘In her sleeping years deeply slung…’) on the first Catchers album – but I guess it’s also me saying ‘this is what I got up to in my absence’.

How would you describe the Sleeping Years’ music? How different is it from the sound of the Catchers?

I don’t think it’s a million miles from the Catchers’ sound – obviously it’s the same person writing everything but I think my approach has changed a lot. I’ve been working with the way I sing. Whereas with some of the Catchers songs I maybe started with lyrics or a poem that I would break up and then write music for, a lot of the new songs have been recorded with me singing shapes of words over the already finished music – so that I’m being guided by vowel sounds and through that I discover a lot more about my voice. I’m also a far better musician now than I was with the Catchers so I have more scope over what I can do on the guitar for example.
I think the basic elements are the same though. It’s still very lyrical and some of the music has that pop/folk sound to it that I used with the Catchers. I just think after years of practice that I’m getting better at it now. Thank god!

How is your relationship today with Setanta, your former label? Do you think the Sleeping Years could release anything with Setanta?

My relationship is very good with them. It’s odd because I’m starting to meet a lot of people from those days again through playing gigs around London. Keith from the label has been at a few shows and has been very kind about the new songs and has been trying to help put me in contact with people. I think Setanta have become a much smaller label now though. I just don’t think they are in a position to put a record out for us. I think they would love to but at the moment I can’t see how this would happen.

Would you be willing to go back in the studio soon?

Yes. Everything is written so we’re just trying to find a label to sign us. I could start recording the album tomorrow.

You have an outstanding voice, easy to recognize. Are there any voices that have managed to move you recently?

Well, thank you – I’m very glad you think that.
Recently I guess I like what the Animal Collective have been doing, I got into a lot of the Anticon stuff (Dose One in particular), a lot of the singers from the Alan Lomax Southern Journey records – Sacred Harp shape note singing, etc. Anything that is so odd or primitive that you are struck by the originality of the sound, or so utterly heartfelt that you feel that only you and the singer are locked in that moment together.
A couple of old favourites are Mark Hollis and Captain Beefheart.

Could you tell us who took the beautiful series of photographs on your site?

It’s an old school friend of mine called Nial Pollock.

Do you have any memories of your gig in Orleans, 11 years ago?

If it’s the one I’m thinking of then we were touring with another band, maybe Edwyn Collins, but we ended up going there to do our own gig. I think it might have been in a school building but I’m not sure. The one thing I do remember was that a girl turned up who was from Northern Ireland and knew Peter. That’s it. We did so many gigs in France and I remember a lot of them but it was a long time ago. That period of our lives was a very exciting time. The audiences were so good to us and we would always try to sign things for them or talk to as many people as possible after the gigs because it meant so much to us.