Interview Monopsone

photographie Stéphane MerveilleMonopsone, label basé au Mans, lance actuellement la seconde série de ses Fragments. Une bonne occasion de faire le point sur le présent et d’évoquer un peu l’avenir (Photo : Stéphane Merveille).

Vous publiez actuellement 3 nouveaux fragments. Comment est née cette série ?

La première réalisation de monopsone date de la fin de l’année 2000 et c’était déjà un vinyle 10″, premier volume d’un triptyque avec une identité visuelle déjà très travaillée.

L’idée de cette série est née de l’envie de concrétiser les 10 ans d’existence du label avec un projet marquant et d’utiliser des photos réalisées par Stéphane Merveille que nous avons adorées… la plupart prise au moment, ou en tout cas dans le même lieu, que la pochette de L’armure, l’album d’Erik Arnaud paru chez nous en 2010.

Combien de disques comptera cette collection ?

Le projet initial était une série de 6 EPs, tous au format 10 pouces donc, et qui devaient initialement sortir tous les 2 mois en 2012… C’était sans compter quelques tracas et impondérables qui nous ont obligés à étaler la réalisation des 6 volumes sur 2 ans. Pour le moment nous n’avons pas envisagé de poursuivre cette série, mais le format nous plait beaucoup et probablement ferons-nous d’autres disques en 10″… d’autant qu’on n’a pas totalement renoncé à concrétiser des collaborations avec certains groupes qui n’ont pas pu participer au projet Fragments.

Il y a-t-il une trame commune à tous les groupes sélectionnés ?

La trame est simple : c’est le coup de cœur que l’on peut/doit partager au sein du label pour le groupe, c’est aussi simple que cela. Et puis, il a fallu aussi que les groupes se projettent dans ce drôle de projet et accepte d’y participer. Certains ont joué le jeu à fond (comme Richard Adams de The Declining Winter qui a enregistré spécialement pour ce projet il y a plus d’un an), d’autres nous ont aussi longuement baladés avant de disparaitre totalement… Quoiqu’il en soit, les règles ont été les mêmes pour tous : format imposé (vinyle 10 pouces soit 2 fois 12 minutes max) et pochette à choisir dans une pré-sélection de 9 visuels en tout. Et financièrement, rien à gagner.

Comment les avez-vous choisis ?

Nous connaissions déjà certains artistes pour avoir déjà travailler avec eux (Epic45, The Declining Winter), d’autres ont été des opportunités, des recommandations de proches du label ou de pures découvertes comme ZAZA ou Pan Aurora. Encore une fois, c’est le coup de cœur qui a tout piloté … Au final, même si nous avons envoyé beaucoup de bouteilles à la mer sans retour, nous sommes très fiers de chacun de ces 6 disques.

Pouvez-vous nous parler de l’artwork ?

L’artwork est entièrement réalisé de main de maître par le trop bien nommé Stéphane Merveille que nous avons rencontré à l’occasion de la sortie de L’Armure d’Erik Arnaud. Ces deux-là se connaissaient et avaient travaillé ensemble sur les photos de presse et la pochette de l’album. Ça a immédiatement collé humainement entre nous et quand Stéphane nous a montré d’autres photos prises lors de cette session avec Arnaud, on était sur le cul… il fallait absolument trouver des disques à faire pour utiliser ces pochettes en devenir. Le vinyle était obligatoire, le format 10 pouces, un peu atypique, parfait pour les utiliser au mieux. Stéphane est un perfectionniste, doué d’une grande patience aussi. Son travail commence à être reconnu et ça n’est vraiment pas étonnant. On songe donc à lui faire signer un contrat d’exclusivité en profitant de son état en fin de soirée quand on fêtera ensemble la sortie du 6éme disque de la série.

Avez-vous de nouveaux projets en tête ?

Plein, forcément… manquent ensuite le temps et les moyens financiers pour les réaliser… Monopsone reste un loisir pour nous, un peu envahissant (dans nos agendas et nos caves ou garages pour stocker les cartons de disques). C’est aussi, et à la limite avant tout, une sacrée belle histoire d’amitié et de passion partagée.

Quel est le groupe dont vous aimeriez bien défendre le travail ?

« Le » c’est réducteur … monopsone a toujours été ancré sur les rencontres, ça dépend donc aussi beaucoup des groupes/artistes. L’ami Matthieu Malon (laudanum) bosse actuellement sur un album. D’une façon ou d’une autre, nous espérons faire partie de l’aventure. Dans nos sorties récentes, Darko et Pan Aurora nous ont filé une belle claque… De la classe, de l’envie et du talent à revendre… On espère évidemment les suivre au-delà de leur « Fragment » respectif. Il y a aussi des pistes de-ci de-là avec des artistes avec qui ont déjà collaboré comme epic45 et une poignée de groupes qu’on vénère qui peuvent toujours compter sur nous.

Avez-vous des nouvelles d’Erik Arnaud ?

Il va très bien … et re-gratouillerait activement ses guitares et bloc-notes … Bien évidemment, on espère qu’il reviendra très vite avec de nouvelles compositions et qu’on en discutera ensemble.

Le site de monopsone
Le travail de Stéphane Merveille sur sa page FaceBook.

interview: Yel Fox

tree yel foxYel Fox fut un temps Ted Fox, mais en réalité c’est toujours un garçon prénommé Julien qui a porté successivement ces deux alias. Yel Fox n’est pas un inconnu des lecteurs de ce blog. Julien – qui fut un temps le porte voix de Gravity Slaves, l’un des ingrédients indispensables à toutes salades de bruits fabriquées sur la scène Orléanaise – participe régulièrement aux différentes propositions que je soumets aux artistes (quinte, bilan, etc).

Yel Fox a sorti qccp, un disque collaboratif de fort belle tenue. Cette actualité est donc l’occasion de le solliciter à nouveau pour présenter cette réalisation (photo : Thierry Thibaudeau).

Interview qui peut être lue en écoutant le disque…

Tu as changé de nom de scène récemment. Tu étais Ted Fox, te voilà devenu Yel Fox. Que s’est-il passé ?

Il s’agit d’une histoire de droits d’auteur avec un musicien homonyme américain, il s’agit de son vrai nom… Ce changement de nom est tombé finalement pas si mal, juste avant la sortie de qccp.

Quel musicien étais-tu avant Ted Fox et Yel Fox ?

Ted Fox est un projet solo indy folk, avant j’étais dans un groupe punk hardcore, cela change fatalement la manière d’aborder tout un tas de choses. Avant Ted fox j’étais chanteur « mains libres », il a fallu que j’apprenne la guitare et que je reprenne des risques sur scène, je l’ai fait en autodidacte, comme je l’avais fait pour la voix 10 ans auparavant.

Le but a été d’avoir le minimum de dichotomie entre ce que je souhaitais exprimer et ce que j’étais, me mettre à poil… avec juste la langue anglaise comme dernière protection. J’ai donc, à l’époque, eut le parti pris de faire un album sans rythmique, juste des voix et des guitares.

Après un projet solo épuré qui était nécessaire pour moi, il y a donc Yel Fox, j’ai proposé qccp à des gens qui ont suivi, le principe étant qu’un morceau était le résultat d’une collaboration, pour un ensemble de 6 morceaux.

J’ai voulu créer un melting pot musical, je me suis finalement retrouvé avec de la guitare sèche et électrique, de l’électro, de la trompette, du trombone, du mélodica, de la cornemuse… Le challenge a été d’essayé de rendre le tout cohérent.

Quoi qu’il en soit, Il y a comme un fil continu entre mon ex-groupe, Ted fox, Yel Fox et mes autres projets.

Tu viens de publier un nouvel album intitulé qccp. Peux-tu nous donner la signification de cet acronyme ?

qccp veut dire quarter circle common project. Le common c’est pour spécifier que ce n’est pas uniquement un album solo dans lequel je suis entouré de gens avec qui j’avais envie de bosser, mais que ce sont des compositions communes. Le project parce que c’est un projet qui va s’étaler dans le temps en quatre phases, quatre cd. D’où le quarter circle.

C’est un projet collectif. Comment t’es venue cette idée ?

L’album ted fox étais très auto-centré, à l’époque j’avais un désir de simplicité en terme de formation, de solitude et de contrôle dans la création des morceaux.

Sur ce coup là , j’ai eut envie de faire participer sur le même CD des musiciens d’horizons différents, laisser place à l’aléatoire et à la rencontre, et puis tester des choses que je n’avais jamais faites, comme des morceaux électro-folk par exemple.

La pochette de qccp est de Thierry Thibaudeau, artiste vidéaste notamment pour Josef Nadj, elle est aussi importante pour moi que les morceaux.

Comment s’est déroulée la création des morceaux ?

J’ai voulu qu’il y ait un maximum de spontanéité. Je suis arrivé volontairement presque les mains dans les poches chez les gens, quitte à passer pour un faignant, pour laisser le maximum de liberté au co-compositeur et que le morceau évolue selon les désirs de l’un ou l’autre (sur les instrumentations, les choix musicaux, etc)…

Chaque rencontre a donc été différente en termes de choix de création. Les lieux aussi ont été différents : en appartement, à la campagne, en studio ou radio, à différents moments de l’année. Cela crée au final des ambiances et intentions diverses.

Le seul critère que je m’étais fixé, était d’avoir une ligne directrice pour ma voix et ma guitare, dans le but d’avoir une cohérence entre les morceaux…

Es-tu à l’origine de tous les titres ?

Même si cela aurait pût être autrement, je suis l’auteur des textes sur l’ensemble de qccp. La composition est commune.

Imagines-tu un prolongement scénique de ce projet ?

qccp est difficile à défendre sur scène en terme de disponibilité des participants : Certains vivent à l’étranger, notamment le guitariste qui m’épaulait sur Ted Fox.

J’envisage toutefois un concert mélangé d’interventions de leur part en streaming sur Skype, comme j’ai déjà fait pour des performances en accompagnement de danse contemporaine. Cela ne va pas se faire dans l’immédiat, mais en septembre-octobre, certains expatriés (membres de poney Club) reviennent en France, cela sera une bonne occasion.

J’enregistre à France Bleu le 13 avril un live avec au moins 2 titres de l’EP.

J’envisage de reprendre la scène au fur et à mesure de l’année avec un nouveau guitariste pour des nouveaux morceaux et certains de qccp.

Peux-tu nous parler de One day one noise, ce challenge un peu dans lequel tu es engagé depuis le début de l’année ?

C’est un projet que j’ai en tête depuis une petite dizaine d’année mais que je n’ai jamais osé faire :

Poster un morceau par jour pendant un an sur le net, j’ai commencé le 11 janvier 2011. Le principe est de faire des ébauches de morceaux car c’est super-prenant.

Poster des choses dont on est que peu content peut s’avérer frustrant, mais d’autres fois ça marche bien.

C’est un travail sur le temps assez curieux à vivre (surtout après avoir travaillé pratiquement un an sur 6 morceaux), cela me permet aussi de désacraliser le principe du morceau. D’aller vers des choses dont je n’ai pas l’habitude.

Mon laboratoire en mode « public » en fait.

As-tu déjà un autre disque en tête ?

Oui, qccp 2-3 et 4 mais ça va se jouer sur quelques années quand j’aurais le temps et selon les rencontres et envies. Et puis un deuxième album complet, le premier au nom de yel fox, mais tout est à définir (qui/quoi/comment), cela sera j’espère pour fin 2012.

Je suis en train de préparer un projet d’illustration sonore folk, pour une série d’animation 3D qui est ma foi bien terrible, elle est de mon amigo thierry Rouquet (le dessinateur de la pochette de Ted fox). Il en est à la phase du pilote qui sera finalisé courant 2011, a priori avant l’été.

Penses-tu renouer un jour avec ton passé hardcore ?

Je ne m’interdis rien.

Hardcore, indy- folk, danse contemporaine… Tout cela n’est pas antinomique. Je l’aborde de la même manière.

Est-ce que tu suis les activités de tes ex-compagnons de route (Gravity Slaves) ?

Un peu, c’est cool qu’ils continuent…

Tu as participé à la quinte il y a quelques mots, mais quel artiste aimerais-tu défendre aujourd’hui ?

The one and only Troy Von Balthazar, même si son album date de 2010. Je suis resté scotché sur lui, sur sa démarche, ses albums, son bouquin « 3 girls », ses clips, son passé Chokeborien…

Yel Fox sur MySpace.

Un extrait de la série One day one noise

 

 

À Découvrir Absolument sort son Hors Série #3. Interview.

remue tribute a decouvrir absolumentGérald De Oliveira, bâtisseur de tributes, a libéré son Hors Série #3 consacré au Remué de Dominique A dimanche soir à vingt-trois heures. On imagine, qu’une fois le travail graphique de Gildas Secretin réceptionné, le patron d’ADA (À Découvrir Absolument) fut pris d’une impatience enfantine qui l’incita à livrer l’ouvrage dans la foulée. Alors que nous  nous apprêtions à aller nous coucher.

Remué est le troisième album revisité intégralement. Le concept s’est imposé alors que l’équipe du webzine réfléchissait à la manière de fêter le vingtième anniversaire de ses volumes.

L’album #3 de Diabologum fut le premier à bénéficier du traitement. Puis ce sera au tour du Dry de PJ Harvey d’être refaçonné.

Redonner une seconde jeunesse à l’un des disques les plus âpres de la discographie de Dominique A n’est pas une sinécure. Gérald titilla nos oreilles en mettant en ligne la reprise très réussie et fort rassurante d’Exit par les Havrais de Tokyo/Overtones.

Que donne le reste ? Je ne saurai encore me prononcer, n’ayant pas achevé la première écoute. Mais disons déjà que l’entrée en matière par Lesoisovol lèse un peu l’auditeur, mais que ça s’arrange assez vite par la suite.

Cette sortie est donc l’occasion de revenir avec Gérald de Oliveira sur la genèse et la fabrication de ces hommages…

Quand as-tu eu envie de proposer ces Hors Série ?

L’idée, comme d’habitude chez moi n’est pas le fruit d’une grande réflexion. Je travaillais au volume 20 des compilations ADA, et plutôt que de partir dans un grand délire de trois cd’s, je me suis dit qu’un disque de reprises seraient pas mal. J’aime l’exercice des reprises, d’ailleurs je suis déçu que Lenoir n’impose plus aux groupes une reprise pour ses sessions. Après choisir un groupe un artiste devenait normal, et là où je me suis lâché c’est dans l’idée d’une relecture d’un disque. #3 était pour le coup une évidence. Je reste encore sidéré d’y être arrivé.

Comment choisis-tu les albums qui seront repris intégralement ?

Le choix ce fait d’abord dans ma discothèque, dans la partie disques à emporter sur une ile déserte. Ensuite j’écoute, surtout via Facebook certains musiciens. Au maximum ce sera sur des disques que beaucoup considèrent comme intouchables. D’ailleurs, je trouve courageux de se confronter à certains titres, les réactions sont parfois dures. Si la série continue, je pense proposer un album horrible, un truc très variétoche. Je suis pas un fou de télé, et c’est via le net que j’ai pu tomber sur des reprises de Julien Doré amenant certaines daubes vers un ailleurs qui pourrait nous toucher. Cela me titille.

Es-tu obligé de demander des autorisations aux artistes ou aux labels avant de lancer le projet ?

Non, je ne me pose même pas la question. Je reste dans le même esprit que les compilations ADA. Ces compilations sont pour moi une belle démonstration que l’on peut partager, et faire connaître de façon intelligente et gratuite. Je n’ai jamais signé le moindre contrat, et je me refuse à le faire le cas où. C’est un contrat de confiance et une compréhension du modèle : une pub gratuite sur un support ludique. Je ne suis pas fier de grand chose, mais cette histoire des compilations je dois avouer qu’elle peut me faire sortir de mon habit de modeste.

Combien de propositions de titres as-tu reçu pour cette nouvelle version de Remué ?

Pour Remué il y eut une quarantaine d’inscriptions et finalement j’ai reçu 24 morceaux. Le niveau est très inégal, je ne suis pas totalement convaincu par certaines versions, mais il y a une urgence que je veux garder. Il y a quelque chose à prendre sur l’ensemble des morceaux. Et puis je n’oublie pas le travail sur l’artwork, cela m’a toujours tenu à cœur. J’aime à penser que certains impriment et alignent ces compilations. Pour Remué le boulot est sublime. Pour info, je n’impose rien pour celui ci. Le but, comme pour les musiciens, pouvoir se faire connaître.

Quand tu as deux interprétations pour le même titre et que ces deux versions se valent artistiquement, comment arbitre-tu ?

Je n’ai pas eu le cas, mais si celui ci se présentait, je consulterais quelques musiciens, mon épouse, ma fille.

Est-ce que les anciens membres de Diabologum et PJ Harvey ont eu vent de l’existence de ces projets ? Si oui, quels ont été leurs réactions ?

Pour Diabologum, avant même que le projet voit le jour, j’avais des discussions via Facebook avec Michel Cloup. Je crois qu’il regrette que le disque soit loin de la brutalité du disque, mais en même temps le but n’est pas de refaire, mais justement d’emmener ailleurs. En ce qui concerne PJ Harvey : le fan club anglais a communiqué sur celle ci. Les retours sont plutôt bons.

Combien de téléchargements as-tu pu comptabiliser pour les deux premiers projets ?

Je n’ai pas un outil statistique fiables. De plus le dossier traine sur le net. Disons que via ADA nous frôlons les 5000 téléchargements pour Diabologum et les 4000 pour PJ Harvey. Cela me va bien. Certes à 10 téléchargements j’arrête, mais non je n’en suis pas là. Et puis le bénéfice est ailleurs. Savoir que Lou est invité sur scène pour reprendre Victory (extrait de Dry), c’est juste les yeux humides, cela n’ a pas de prix.

Tu as eu il y a quelque temps la tentation d’arrêter ADA. Quelles en furent les raisons ?

ADA est une escroquerie qui dure. J’ai fermé ADA une centaine de fois (rires). Non sérieusement, la dernière était la résultante d’un raz le bol. Je peux être très impulsif, et je supporte pas que quelqu’un qui navigue avec moi ne prenne pas autant sa part. Donc à cause d’un manque d’aide, de l’intransigeance de certains labels qui pour certains ne devaient pas comprendre (et pourtant cela saute aux yeux) que tout cela est amateur, et puis surtout il y avait  ma plus belle réussite qui arrivait : ma fille. Donc voilà un vrai raz le bol. Certes on pourra toujours y ajouter l’envie consciente ou inconsciente d’avoir la confirmation que tout cela pouvait servir à quelque chose… Des mails, des lettres, et puis au final changer le fonctionnement, l’idée de centraliser sur les compilations, histoire de réduire la voilure, et donc de ne pas chroniquer le tout arrivant. J’ai quand même du mal à tenir le cap (famille, travail, loisirs), mais je pense que la formule est bonne, qu’elle soit réussie c’est une autre histoire. Donc je suis seul, j’ai ma fantastique Nhusao qui répare et embelli le site, et les musiciens et les labels qui continuent à me faire confiance.

Sais-tu déjà si il y aura un Hors Série #4 ? Et quel album il sera consacré ?

Oui, les inscriptions sont déjà ouvertes. Cela portera sur The Sophtware Slump, l’album de Grandaddy. J’ai longtemps hésité, et puis Mickaël Mottet d’Angil a par un post ou un mail réussi à me convaincre. J’ai encore des titres sans preneur mais je ne désespère pas. Pour la suite j’ai des envies : Mendelson, Palace, Smog, Tindersticks, Bashung… Mais rien de totalement défini.

Télécharger gratuitement le Hors Série #3.

Interview: Goûte Mes Disques sort le volume 5 de ces Jeunes Pousses

jeunes Pousses - volume 5

C’est déjà le cinquième volume des Jeunes Pousses proposé par le webzine Goûte Mes Disques. La jeune équipe belge ne chôme pas, puisque cette nouvelle édition est la troisième offerte cette année. Comme toujours la sélection est de fort belle tenue. On remarque qu’elle abrite notamment les épatants Young Michelin, lauréats 2010 du prix CQFD. Il ne faudra pas manquer la reprise très réussie du I Wanna Be Adored des Stone Roses par Lara Mir, jolie songwriter d’origine Ukrainienne basée à New York, mais également le français Oh! Tiger Mountain (qui sait chanter en anglais sans se prendre la langue dans les triphtongues), les américains de The Lower Dens (groupe de Jana Hunter), le réjouissant Up Up Up de Givers (combo de Louisiane qui empiète un peu sur les terres de Vampire Weekend), la jeune folkeuse Belge Faustine Hollander, The Postmarks (des ricains qui flirtent avec Belle and Sebastian), j’en passe et des passionnants.

Du coup j’ai eu envie de demander à Jean-François Lemaire, le rédacteur en chef du webzine, comment tout cela se fabriquait. Les propos sont à découvrir après cette vidéo des sautillants Givers…

 

Pourrais-tu présenter ton webzine et me dire ce qui fait sa différence ?

Jeff : Goûte Mes Disques est né il y a maintenant deux. A l’époque, j’écrivais sur Liability Webzine. Humainement, une belle aventure, mais disons que graphiquement et esthétiquement, on sentait que le site ne bougerait pas pendant quelques années encore. Et puis comme j’avais envie de faire les choses à ma manière et de gérer une équipe,j’ai monté Goûte Mes Disques avec d’autres rédacteurs de Liability. Au final, on est aujourd’hui une bande d’une dizaine de bénévoles qui passent certainement trop de temps devant leur PC. Mais on adore ça.
Quant à savoir si Goûte Mes Disques se démarque du reste, c’est difficile à dire. On ratisse assez large: cela va des genres «populaires » (pop/rock/electro/hip hop pour faire simple) à des trucs vachement plus rugueux et difficiles d’accès. Et c’est là le principal défi du site: trouver ce juste équilibre entre grosses sorties et productions plus confidentielles, et garantir à tous un éclairage bien proportionné.

Il y a-t-il un lien entre le nom du webzine et Goute mes frites, la chanson de Valérie Lemercier figurant sur son premier album ?

Complètement. Ce nom m’a été suggéré par un ami complètement extérieur à l’aventure Goûte Mes Disques. C’est le seul qui a directement fait l’unanimité. Vu qu’on devait en avoir essayé une bonne vingtaine avant, on a pas hésité !

C’est le 5ième Volume des Jeunes Pousse. Qu’est-ce qui vous a poussé à les mettre en route ? Qu’elle était votre ambition ?

Chaque semaine, je reçois des dizaines de mails de jeunes groupes qui veulent qu’on parle de leur EP ou de leur démo. J’ai toujours trouver que placer un petit papier entre la chronique du dernier Gorillaz et celle du dernier Grinderman n’était finalement pas leur rendre service parce que le lecteur lambda allait lire ce qui l’intéresse vraiment en gros, ce dont on parle un peu partout. L’esprit de découverte et de défrichage à tendance à s’effriter avec le temps, remplacé par un certain diktat de la hype, qui n’a souvent rien de naturel. Alors on s’est dit que le meilleur moyen était de mettre ces « jeunes pousses » en évidence dans une section qui leur serait dédiée. Là au moins, il bénéficieraient de l’attention qu’ils méritent. Puis je mentirais en disant qu’on ne s’est pas un peu inspirés du concept développé en son temps par le webzine A découvrir absolument.

De quel façon procédez-vous pour constituer votre sélection ?

Cela dépend. Je dirais que c’est un mélange de groupes qui nous contactent directement par mail et de trucs que l’on va dénicher sur MySpace ou que l’on découvre par pur hasard sur d’autres blogs et webzines. Pour ce qui est du choix final des lauréats, cela se passe de façon tout à fait démocratique. Tout le monde peut proposer des groupes, suite à quoi une sélection est opérée sur base des préférences de chacun. C’est tout bête mais ça marche à merveille

L’ordre de la playlist a-t-elle son importance ?

A mes yeux oui. Vu la palette de genres à chaque fois représentés sur Jeunes Pousses, ce serait dommage d’avoir une compilation aux airs de montagne russe gerbante. J’essaie donc de regrouper les genres, d’éviter les transitions trop rugueuses. Je ne sais pas si l’auditeur le remarque, mais c’est clairement le genre de chipotage qui me prend beaucoup de temps avant la publication.

Ce nouveau volume abrite Young Michelin, les lauréats 2010 du Concours CQFD. Vous vous dites que vous avez eu du flair ou que votre compilation sort un chouia trop tard ?

La sortie de la compilation et le résultat de CQFD est un pur hasard du calendrier. Cela fait maintenant quelques mois que l’on suit de près Young Michelin et ils avaient marqué leur accord bien avant les résultats du concours. Mais cela nous fait surtout très plaisir de voir qu’un groupe comme eux remporte le concours CQFD. Pour une fois, le jury a fait un choix courageux et opté pour un groupe en décalage avec son époque, résolument original et surtout très talentueux. Leur premier EP est fantastique et on attend de voir la suite avec impatience.

Suivez-vous toujours le parcours des groupes et des artistes figurant sur vos compilations ?

Bien sûr. Et si on ne le fait pas, ils se chargent de nous tenir au courant! On attend toujours le premier disque d’or…

Avez-vous déjà du matériel pour le prochain volume ?

Pas encore, mais ça ne saurait tarder. On aimerait pouvoir bosser sur deux compilations en même temps histoire de rétrécir les délais, mais vu le temps que prend l’élaboration d’une compilation comme Jeunes Pousses, c’est tout simplement impossible. Puis honnêtement, sortir environ trois compilations par an, c’est déjà pas mal. Il faut que l’initiative garde son caractère « exceptionnel », sinon elle risque vite de perdre de son intérêt.

Auriez-vous envie que vos compilations aient un prolongement scénique ?

On adorerait ça. Le problème, c’est qu’on reste un webzine bénévole, que ce genre de choses doit s’organiser dans le peu de temps libre qu’il nous reste et qu’il faut trouver les fonds nécessaires et des gens qui connaissent un peu le milieu. Mais on ne désespère pas de voir les compilations Jeunes Pousses avoir un prolongement scénique. Ça fait même partie de nos projets.

Sincèrement, si tu devais établir ton propre quinté dans cette belle sélection : lequel serait-il ?

Vraiment parce qu’il faut en choisir cinq alors… Va pour Young Michelin, The Lower Dens, Boston Tea Party, Forest & Crispian et The Postmarks.

La compilation Les Jeunes Pousses est à entendre et à emmener sur sa machine ici.

Ann Scott publie A la folle jeunesse. Interview.

Ann ScottDerrière la palanquée de livres sortis depuis la mi-août, il y en a un dont on aimerait qu’il bouscule la hiérarchie. Il s’agit de A la folle jeunesse, le cinquième roman de Ann Scott. Pas question ici de le pitcher, ni d’en faire la critique érudite à l’éloge méritée, mais juste de dire qu’il est passionnant au-delà du récit. Alors, puisqu’on lit Ann  Scott depuis longtemps (qu’on la suit depuis moins longtemps sur son compte Twitter) et que rien de ce qu’elle écrit ne nous échappe ou presque, Khyungpo a eu envie de lui demander deux ou trois choses d’elle. Voici le fruit de cet entretien électronique…

5 ans se sont écoulés entre Héroïne et A la folle jeunesse, mais qu’as-tu donc fait, Ann, pendant ces années (sourire) ?

Ann Scott : J’attendais que ce nouveau roman prenne forme !

Est-ce à dire que l’écriture de ce cinquième roman a été longue et douloureuse pour toi ?

Douloureuse non, un peu longue parce que j’ai commencé par tourner autour des premiers chapitres pendant deux ou trois ans avant de finir par trouver le ton qui convenait.

Qu’est ce qui te pousse à écrire ? Où puises-tu l’inspiration ?

Je ne sais pas. Quelque chose se met à m’interpeller de manière récurrente, jusqu’à ce que je me rende compte que ça s’est installé dans ma tête, que ça m’habite de plus en plus et que je vais devoir finir par m’y attaquer pour le transformer en roman. J’imagine que c’est comme ça pour tous les écrivains ?

Et pourquoi avoir choisi l’écriture pour faire passer des émotions plutôt que la musique par exemple (tu jouais de la batterie je crois) ?

Je ne créais rien en jouant de la batterie, je tenais le rythme mais je n’étais pas douée au point de mettre en place une façon personnelle de jouer. Et je ne sais pas chanter et quand j’ai essayé d’apprendre la guitare je n’y arrivais pas du tout ! Et puis je n’ai tout simplement jamais rencontré de gens avec lesquels il y ait eu la complicité et les points communs nécessaires pour former un groupe plutôt que de jouer à droite à gauche de manière occasionnelle.

Peux-tu nous parler un peu du début du roman et du procédé emprunté à Bret Easton Ellis dans Lunar Park ? Comment t’est venue cette idée ?

C’était simplement un procédé narratif qui convenait à ce texte. Je trouvais que dans Lunar Park son premier chapitre présentait le personnage dans sa totalité, ou du moins dans la totalité de ce qu’il voulait que le lecteur en perçoive au début de l’histoire, et procéder comme ça, à l’inverse de distiller des détails au fil des chapitres qui construisent petit à petit un personnage, permet d’entrer plus rapidement dans l’histoire, ce qui convenait le mieux à celle-ci.

Je trouve assez drôle l’idée que Bret devienne presque un personnage de ton roman à part entière avec cette histoire de narratrice qui tente de le contacter pour avoir son accord.

J’avais besoin d’un personnage qui à un moment mette la narratrice face à quelque chose qu’elle avait toujours su mais sans l’avoir jamais vraiment intégré, et ça m’a paru plus juste que ça vienne d’un autre écrivain plutôt que d’un des autres personnages, et comme Lunar Park était aussi une autofiction ça m’a semblé naturel que ce soit Ellis.

Est-ce que d’un point de vue stylistique ce livre est celui auquel tu aspirais ?

Je voulais effectivement qu’il soit différent pour refléter enfin une aspiration littéraire qui pour moi faisait trop défaut dans les précédents.

Es-tu satisfaite du résultat ?

Maintenant que je le vois imprimé et si court, je trouve qu’il aurait du être plus long. Non pas qu’il manque un chapitre intermédiaire quelque part mais la lecture est trop brève, c’est frustrant.

Crois-tu que c’est le livre de la maturité (sourire) ?

La maturité en tant que livre de femme de 40 ans, je ne sais pas, mais en tant qu’auteur de six autres livres que je trouvais immatures sur différents plans, peut-être.

a la folle jeunesse - Ann ScottJe trouve le style d’A la folle jeunesse à la fois très fluide, rythmé et mordant je ne sais pas si ce sont les phrases courtes qui donnent cet effet, peut être y a t il un peu moins de descriptions que dans tes romans précédents même si je trouve que tu excelles toujours autant dans le domaine. On sent un œil aiguisé chez toi et le sens du détail « qui tue », en tout cas un véritable sens de l’observation.

Il n’y a pas vraiment moins de descriptions qu’avant, elles sont simplement plus serrées, moins délayées. Le texte entier est serré, dense, aucun passage ne s’attarde sur rien, c’était le rythme qui convenait à cette histoire-là. J’aime bien les détails, pour moi c’est la somme des détails qui donnent corps à une scène. La couleur, la texture, la matière, c’est ça qui crée l’atmosphère, plus que le ressenti où je n’excelle pas…

A la folle jeunesse est aussi très chargé en émotions, non pas que les précédents ne l’étaient pas mais je trouve que tu as particulièrement réussi à faire passer des choses très profondes dans ce roman là. D’ailleurs dès le prologue le ton est donné. Qu’en penses tu ?

Je ne sais pas, ça fait peut-être partie de cette nouvelle façon d’écrire, essayer de fouiller un peu plus ? Mais c’est sans doute surtout dû au fait que comme je voulais que tout soit très serré pour obtenir une lecture à la fois dense et rapide, comme ce qui se passe dans la tête du personnage qui est à la fois en train d’avancer tout en habitant entièrement chaque seconde qui passe, il fallait que chaque adjectif, chaque complément qui décrit une pensée ou une action contienne la couleur juste, que l’émotion soit chaque fois dans la phrase et non délayée dans les suivantes, donc ça demandait une précision qui a peut-être accentué ces émotions.

Brett Easton Ellis dans une interview récente explique que le livre devient une interrogation sur lui même, qu’il reflète l’état d’esprit dans lequel il se trouve tandis qu’il écrit, pourrais-tu faire tienne cette remarque ?

Probablement.

En ce sens dirais-tu que A la folle jeunesse est ton roman le plus personnel, le plus intime ?

Bizarrement oui même si beaucoup de choses y sont fictives. Disons qu’à l’intérieur de tout ce qui est fictif j’ai essayé de faire preuve du plus de sincérité possible.

J’avais beaucoup aimé te lire dans un format court, un format « nouvelles » as-tu de nouveaux projets de ce côté là ?

Des textes en attente, oui, il faut simplement trouver de quelle manière les publier. J’espère des réimpressions en poche de Poussières d’anges et des Chewing-gums qui sont épuisés, ce qui permettrait de les augmenter de quelques textes en attendant de faire un recueil plus tard.

Nous sommes en pleine rentrée littéraire, comment te situes-tu dans le « paysage littéraire » français ?

Franchement je ne sais pas… Entre ceux qui me lisent pour la première fois et ceux qui ont lu les romans précédents, je n’en ai aucune idée tant ce nouveau livre rompt avec ce que j’ai pu écrire avant même s’il en reste des bribes ça et là.

Tu reviens dans le livre sur la promo de Superstars, comment se passe pour l’instant la promo de celui ci ?

Beaucoup plus sereinement !

De quels auteurs te sens-tu la plus proche ?

Je ne sais pas si c’est possible de répondre à cette question. Ça sous-entendrait une équivalence, alors qu’on peut juste parler d’une influence que ces auteurs ont sur ce que j’essaye de faire. L’inverse ne serait pas vrai, il n’y a rien chez moi qui pourrait les faire se sentir proches de moi s’ils me lisaient, au mieux ils verraient simplement ce que j’aime chez eux, et encore, je ne sais pas si c’est visible, tout dépend de si c’est réussi ou pas ! Mais depuis deux ou trois ans les deux qui m’obsèdent sont Joan Didion et Don DeLillo.

Qu’est ce qu’un bon roman pour toi ?

La justesse. Celle de l’écriture. Quels que soient la structure, l’histoire ou le fond, si l’écriture et le ton ne sont pas justes, ça ne peut pas fonctionner. Le mot « juste », pour chaque mot, chaque mot de chaque phrase. J’ai l’impression qu’on se trompe souvent sur ce qu’on appelle le « style », qu’on pense que ça consiste à transformer des mots pour les rendre moins ordinaires. Ça n’existe pas un mot ordinaire, chaque mot a une signification propre et il existe une palette infinie d’adjectifs ou de participes ou autres pour achever de leur donner leur couleur exacte, celle qu’ils doivent avoir à tel endroit pour telle raison.

Quels sont les écrivains qui te touchent ?

Beaucoup d’auteurs différents me plaisent infiniment, la liste est longue, comme pour nous tous. En dehors de Didion et DeLillo, Balzac, Capote, Tennessee Williams, James Baldwin, Hemingway, Fitzgerald, Irving, le Jay McInerney de Trente ans et des poussières, le Douglas Coupland de Génération X, Sagan pour ses portraits plus que pour ses romans, Yourcenar, Duras, Cormac McCarty, Jim Harrison, Joyce Carol Oates, certains Philip Roth, ou encore Kerouac et Selby et Fante que je dévorais quand j’ai commencé à écrire et que je relis encore parfois, ou Stephen King qui me semble être un des plus grands conteurs qui soient, capable de construire n’importe quel type de personnages, même si ce n’est pas considéré comme de la littérature.

Deux auteurs que tu affectionnes font l’actu en cette rentrée, Ellis et De Lillo ? As-tu lu leur nouveau livre ?

Point Omega est très exigeant, trop intelligent pour moi, mais j’étais ravie quand même parce que j’aime DeLillo dans tout ce qu’il est. Suites impériales, je ne sais pas. Je n’ai pas été déçue parce que c’est un bon livre mais j’avais espéré que Lunar Park avait refermé la porte sur certaines choses et en fait non, et je me suis lassée de ce genre de contenu. A côté de ça j’ai toujours trouvé les romans d’Ellis excellents sur le plan de l’écriture et de la structure, mais je n’ai jamais réussi à être touchée. Son empathie pour ses personnages ne fait aucun doute mais je trouve que le lecteur reste exclu, du moins c’est l’effet que ça me fait. Un peu comme de débarquer à une fête où on vous a invité mais personne ne vous parle et vous restez dans un coin de la pièce à regarder. J’ai un rapport différent à l’écriture, quand je ne suis pas sûre que le lecteur va pouvoir s’identifier facilement à une scène parce qu’elle risque de lui être trop étrangère, j’essaye de trouver des ressorts narratifs qui vont servir de passerelles pour qu’il ne se sente pas simple spectateur. Alors j’imagine que je dois avoir le même genre de rapport à la lecture. A côté de ça, chez Ellis, à la fois son univers n’est pas assez éloigné de moi pour que ça puisse être dépaysant, j’y retrouve trop de situations déjà vécues d’une manière ou d’une autre, et à la fois il y a toutes sortes d’émotions et d’actions chez ses personnages qui m’échappent sans que rien ne me permette de les comprendre, ce qui peut-être explique que je ne sois pas touchée.

Es-tu une grosse « dévoreuse » de livres ?

Pas de manière régulière.

Où en est l’adaptation cinéma de Superstars ?

Oh, ça… ! Les droits avaient été achetés il y a sept ou huit ans et sont restés bloqués toutes ces années sans que le film se monte et sans qu’on ait aucune idée de pourquoi, puis récemment ils sont redevenus libres et il y a un ou deux projets en cours de discussion mais pour l’instant rien de tangible.

Crois-tu qu’on puisse s’inventer des souvenirs ?

C’est à dire ? Pour se faire croire qu’on a fait telles ou telles choses pour avoir une image de sa vie qui soit autre ? Mon dieu non !

Il y a une phrase terrible dans le livre :  « Et ce que j’aurais été ne mériterait même pas les premiers gestes de réanimation ». Est-ce qu’il t’arrive parfois d’avoir des regrets ?

Les gens disent souvent « je n’ai aucun regret, seulement des remords » et j’ai vraiment du mal à croire ça ! Plein de regrets, oui. De m’être autant faite tatouer, de ne pas avoir persévéré dans la musique, de ne pas avoir fait une thérapie beaucoup plus jeune pour travailler sur mes phobies et mieux vivre au lieu d’avoir passé autant de temps à ne rien faire. Mais cette phrase dans le livre n’a pas vraiment de rapport avec le regret, c’est une sorte de constat que fait le personnage parce qu’elle a le sentiment que sa vie n’a pas de sens, mais au présent, pas au passé.

Ton dernier coup de cœur littéraire, musical ou autre.. ?

Quelqu’un m’a envoyé un jour un mp3 d’un morceau de Scout Niblett qui s’appelle Kiss. Je ne sais pas ce qui s’est passé dans ma tête, sur quoi précisément c’est allé s’accrocher, mais ce truc m’a complètement bouleversée et même s’il me fait pleurer du début à la fin, je ne peux pas m’empêcher de l’écouter régulièrement en boucle, comme si ça venait se loger là où il y a pile une place pour ça. Quelque chose à mi chemin entre la douleur ultime et l’espoir, mais douleur de quoi ou espoir de quoi, ça je ne sais pas.

Comment ton livre est-il reçu ?

Pour l’instant ça se passe bien. Les papiers qui sont déjà sortis sont tous très beaux, d’un contenu différent de ceux sur les précédents livres, par des journalistes que je n’avais pas intéressés jusque-là et dans des supports que je n’avais pas eus avant. Donc ça fait plaisir.

A la folle jeunesse parait en pleine rentrée littéraire. Est-ce pour toi une source d’inquiétude ce flot de livres qui arrive au même moment que le tien ? Aurais-tu préféré qu’il sorte à un autre moment ?

Le nombre de romans qui sortent en période de rentrée n’est pas source d’inquiétude quand on pense qu’on aura la chance d’avoir quelques papiers, mais quand il s’agit par exemple d’un premier roman ou d’un auteur qui n’a pas encore de visibilité, c’est quitte ou double, on peut émerger comme passer complètement inaperçu. On sait que de mi août à fin septembre on aura peu de presse parce que la majeure partie des journaux sera occupée à chroniquer les poids lourds et on ne peut jamais être sûr qu’une fois cette vague retombée il se passera enfin quelque chose. En septembre tout le monde se bat avec les rédactions. Les éditeurs, les attachées de presse, les journalistes eux-mêmes quand leur rédacteur en chef leur met la pression pour d’abord chroniquer ci ou ça avant de pouvoir commencer à parler de leurs coups de coeur. Les bagarres internes au sein d’une même rédaction quand l’un a aimé un livre et l’autre pas et que chacun veut avoir l’opportunité de le dire. Les rivalités entre différents journaux et prises de position pour se démarquer des autres. Le copinage, le renvoi d’ascenseur, ou le snobisme qui fait que certains n’ouvriront jamais tel ou tel type de livre. Le peu d’émissions de télé littéraires, la disparition progressive des émissions grand public qui avant faisaient beaucoup vendre, ou encore les libraires qui peuvent aussi bien choisir de mettre un livre en avant que de ne pas en commander un seul exemplaire si ça ne leur parle pas. Tout ce qu’il va vous rester, alors, dans un paysage où on a tendance à ne mettre en lumière que ce qui s’y trouve déjà, c’est d’espérer, si le livre est bon, que quelqu’un le lise et le dise, comme il peut, où il peut, de sorte que ce livre ait une sorte de vie !

haikuTu animes un compte Twitter. Qu’aimes-tu dans cet outil ?

J’aime plus lire les tweets qui parlent de choses personnelles que ceux qui partagent de l’info ou des coups de cœur. J’aime bien cliquer sur des liens parce qu’il y a des choses intéressantes, surprenantes, enthousiasmantes, mais ce que je préfère c’est lire des tweets personnels qui parviennent à combiner un fait et une humeur banals qui cessent de l’être parce qu’ils sont décrits avec la bonne tonalité. Un petit quelque chose en plus qui fait que vous avez l’impression de lire un couplet ou un refrain du meilleur morceau pop ou rock que vous avez entendu récemment. Des sortes de haïku, même si ça n’en est pas à proprement parler, mais qui sonnent comme des petits trésors. Les rares fois où j’y suis vaguement arrivée c’était toujours en anglais, probablement parce qu’en anglais la banalité sonne pour nous de manière moins consternante ! Mais comme la plupart des followers ne sont pas bilingues et que je ne trouve pas ça cool de les frustrer, je n’essaye pas souvent.

Quel rapport entretiens-tu avec tes suiveurs (followers) ?

Cools, bienveillants et relativement interactifs.

Pourquoi est-ce si difficile d’être un écrivain sur Twitter ?

Je ne sais pas. Peut-être parce qu’on se demande de quoi parler, de quoi les gens ont envie, et jusqu’où on est prêt à donner, partager, échanger, recevoir. Il y a aussi le fait que pour certains, dès qu’on dit quelque chose c’est plus perçu comme une affirmation définitive que comme un bref état d’âme à l’intérieur de la minute qui est en train de s’écouler, et vue l’immédiateté de la lecture et de la réaction sur ce support, ça peut occasionner des malentendus qu’ensuite il faut dissiper, faute de quoi ça donne une image erronée de ce qu’on est. C’est difficile en 140 caractères d’inclure une pensée, un ressenti par rapport à cette pensée, une nuance si besoin, etc. J’ai l’impression qu’on ne peut vraiment comprendre à l’écrit que les gens qu’on connaît déjà à l’oral, dont on connaît l’intonation de la voix et la façon d’articuler les pensées ou les points de vue.

Tu as proposé aux personnes qui ont lu ton livre de le photographier. A quelle occasion as-tu eu cette idée ?

Quelques personnes avaient commencé à envoyer des photos spontanément, et en voyant l’éventail de décors différents je me suis dit que ce serait sympa de les rassembler sur un blog pour que chacun puisse voir la sienne au milieu d’autres plutôt que de les garder pour moi, et à partir de là j’ai proposé à qui voulait de participer.

Est-ce que ces photos légèrement mises en scène te disent des choses sur tes lecteurs ?

Oui ça montre l’envie de faire plaisir, quelque chose de chaleureux, de très généreux.

Sur l’une d’entre elles, ton livre est rangé à la lettre B entre Beigbeder et Brett Easton Ellis. Duquel de ces deux mondes te sens-tu la plus proche ?

D’aucun des deux sur le plan de l’écriture, mais sur le plan personnel, oui bien sûr, on vient sans doute plus ou moins du même endroit.

Est ce que le terme « autofiction » veut dire quelque chose pour toi ?

J’ai l’impression que pour chaque auteur l’appellation a une signification différente. Pour moi ça n’est pas la retranscription fidèle d’une réalité ou une réalité transformée en fiction. C’est le contraire, une fiction qu’on essaye de rendre réelle, donc avec des accents autobiographiques. Dans A la folle jeunesse les passages autobiographiques ne sont pas ceux qu’on pourrait imaginer, et l’équilibre entre les passages fictifs et autobiographiques est très ténu, chaque phrase ou presque est un mélange équilibré des deux, il n’y a pas véritablement de passages entièrement fictifs ou entièrement autobiographiques, c’est constamment un mélange.

Quel regard portes-tu sur la littérature française d’aujourd’hui ?

Je ne sais pas. J’ai tendance à relire toujours la même chose, un auteur qui me laisse sans voix et dont je vais tout lire puis recommencer encore et encore, et ça ne m’arrive pas vraiment avec des auteurs français contemporains parce que dans ce que j’ai pu lire, je n’ai jamais trouvé ce que j’aime, ce n’est pas assez dense pour moi, ça manque de chair, de texture, de couleur, c’est trop minimaliste sur le plan stylistique. Mais je dois passer à côté de beaucoup de choses, il doit forcément y avoir des auteurs français qui écrivent comme j’aime et je ne le sais juste pas. La différence entre les romans français et américains est par exemple quasiment la même pour moi qu’entre le cinéma français et américain. Dans un film US l’image est très chargée, il ne manque jamais aucun détail, tout ce qui remplit le cadre a une vie propre, le figurant le plus insignifiant pourrait brusquement passer au premier plan tant il est complet, alors que dans un film français j’ai souvent l‘impression que l’action se limite aux deux personnages principaux et que le reste n’est là que pour donner un minimum de crédibilité. C’est sans doute avant tout une question de moyens, mais il y a quand même une histoire d’intention là-dedans. Les romans français me font un peu le même effet. Il y a beaucoup d’auteurs français que j’aime mais ils sont tous morts. La seule découverte qui m’a vraiment enthousiasmée récemment est Nina Bouraoui. Là où moi je ne sais pas décrire le ressenti et je décris tout ce qui l’entoure pour essayer de le faire ressortir, elle, elle gomme tout ce qu’il y a autour pour se concentrer dessus, l’exact inverse, quoi, donc forcément ça m’intrigue beaucoup ! Sinon Simonetta Greggio qui est une amie depuis longtemps a un style qui est exactement ce que j’aime, qui a toute la chair dont j’ai besoin pour adorer lire une histoire.

Quel est le dernier livre que tu as lu ?

De beaux lendemains de Russell Banks et j’ai pris une grande claque. Je ne sais pas pourquoi je n’avais jamais rien lu de lui avant. Je n’en ai pas encore lu d’autres mais celui-ci a une histoire formidablement bien racontée avec une structure parfaite et une écriture d’une grande justesse.

A la folle jeunesse, éditions Stock, août 2010, 151 pages, 15€

Le site d’Ann Scott.Son compte Twitter.

Matthieu Malon : interview de rentrée

matthieu malon par flomcMatthieu Malon (photo : flomc) vient de mettre en ligne un site internet tout neuf sur lequel il propose l’intégralité de son travail. Cette actualité de rentrée est donc l’occasion de faire un point sur ses projets…

Pourquoi avoir décidé de mettre à disposition gratuitement ces disques enregistrés sous ton nom ?

Pour Les jours sont comptés, c’était déjà précédemment le cas : aucune maison de disque n’étant intéressée pour sortir le 2e album et après un an de démarchage, j’ai décidé de le mettre en ligne gratuitement. Il y avait eu pas mal de téléchargements déjà (environ 500 je crois…). Maintenant en 2010, le site ne me plaisait plus et il était temps de l’actualiser.
Il faut aussi préciser que ces 14 chansons n’étaient pour moi qu’à l’état de démos améliorées. Mon « rêve » c’était d’aller les enregistrer « pour de vrai » à Chicago chez Steve Albini.

Pour Froids, le disque n’est plus disponible depuis un moment (on trouve quelques copies d’occasion sur des sites web) et il est sorti il y a 10 ans maintenant. Ca me semblait vraiment le moment idéal pour le proposer sur ce nouveau site et faire en sorte que les gens l’ayant manqué à l’époque puisse l’entendre. Cela permettait aussi de remettre les compteurs à zéro avant le 3e disque..

10 ans après quel regard portes-tu sur Froids, ton premier album ?

Je viens de le réécouter en mettant le site en ligne. Il a un peu vieilli dans la forme, au niveau des sonorités et des arrangements. Mais pour le fond, je trouve les chansons très fortes, certaines ont même gagné en vieillissant (l’espace d’un instant ou en désespoir de cause, par exemple). Et puis j’ai l’impression de mieux comprendre moi même ce que j’ai voulu dire de cette époque tumultueuse de ma vie…

Que reste-t-il du Village Vert aujourd’hui ?

De beaux restes, quelques bons souvenirs, une belle discographie (les disques de Pierre Bondu et d’Orly en tête). Je crois qu’un bon bout du catalogue a été revendu à des majors (c’est le cas pour Luke notamment), mais quelques projets semblent renaître via leur nouvelle structure qui s’appelle Green United Music. Ils ont signé le groupe de Reims The shoes dont j’aime beaucoup le single Knock Out et dont j’attends le prochain où chante Ben Esser (je suis un fan de son premier album). Je n’ai pas de nouvelles plus que ça, sinon.

Tu vas donc enregistrer un troisième album. Sais-tu déjà quelle direction musicale tu vas prendre ?

Oui l’idée c’est de faire simple, resserré. 10 chansons, couplet / refrain. très pop, peut être même un peu « chanson ».

Les chansons te raconteront-elles ?

Absolument, mais sûrement de façon beaucoup moins crue que précédemment. C’est difficile de dire pour l’instant mais c’est la ligne que je me suis fixé, pour mieux la déborder après…

Comptes-tu informer les lecteurs du site de l’évolution du processus créatif de cet album ?

Oui, j’y réfléchissais l’autre jour : ouvrir ou non un blog comme celui que j’avais il y a quelques années avec blog-art.com ?
Je ne pense pas être aussi assidu qu’à l’époque, mais oui j’espère tenir au courant des étapes importantes. J’aime bien la relation plus proche que procure le net pour cela.

Vas-tu mettre longuement laudanum entre parenthèse ?

Cela dépendra de ce que devient l’album et de sa durée de vie. L’idée est aussi de faire de vraies maquettes très basiques et de retravailler avec un vrai groupe ensuite. Cela va prendre un peu de temps. Et si il y a un label intéressé derrière, j’espère que des dates de concerts suivront sur 2012… Oui, laudanum peut donc attendre un peu !

As-tu une ambition plus poussée pour Ex Ex ou est-ce juste un projet récréatif ?

On aimerait bien mais c’est difficile : Simon est à tours, moi à Orléans. On est sur plein de projets en même temps chacun de son côté donc ça n’est pas évident de faire plus que ce qu’on fait actuellement. Un 3e single est en cours d’enregistrement et on espère le sortir pour la fin d’année. On réfléchit aussi à compiler les 3 singles (plus un ou 2 autres inédits bonus) et on rêve de mettre tout ça sur vinyle !!

Comment abordes-tu d’un point de vue plus personnel cette rentrée 2010 ?

Bien, très bien même. Plein de projets de ce côté là aussi. On en reparle très vite, ok ?

laudanum a participé à la quinte. Quel serait la sélection exclusivement française de Matthieu Malon ?

Pas grand chose qui soit chanté en français dans le texte, j’en ai peur…

Katerine, Francis et ses peintres « 1 par semaine » : Katerine frappe fort cette année avec son double album qui arrive bientôt mais aussi ces 52 reprises offertes à raison d’une chaque lundi… c’est une super idée et un rayon de soleil hebdomadaire pour moi !

KaraocakeRows & Stitches : Je ne l’attendais pas celui-là. Je connais Camille depuis assez longtemps mais on s’est un peu perdu de vue et j’ignorais qu’elle montait un projet aussi « sérieux ». Je trouve l’album vraiment réussi à tous points de vue. Les textes et sa voix sont vraiment touchants.

Romeo & SarahVecteurs & Forces : Ce disque fait sa place tout doucement, je l’ai pas mal écouté cet été, ça convenait parfaitement à nos vacances.

Mr Oizo & Gaspard AugéRubber EP : J’adore ce que fait Oizo tout seul, mais là il y a quelque chose en plus (le mec de Justice…) et surtout ce somptueux instrumental moroderien Tricycle Express. J’attends le film avec impatience !

Backbone Party – « cdr » : Je pense qu’on va entendre parler d’eux d’ici la fin de l’année. Groupe parisien porté par le chanteur habité Rabih Gebeile, l’album a été produit par Ted Niceley (Fugazi) et mixé par Eli Janney (Girls vs Boys). Les démos étaient déjà géniales, l’album promet et il y aura auparavant très prochainement un EP en vinyle avec un remix de…. laudanum !

son site : www.matthieumalon.fr
le site de ex ex : www.exex.me.uk

Bonus…