Sylvia Hanschneckenbühl (profitez-en, je ne l’écrirai qu’une fois) ne chante pas Noël et c’est tant mieux ! Sylvia H. (pour les extimes) fait des chansons presque pop avec des paroles sculptée à la hache. Et son album, le tout premier présenté au monde entier, n’a pas été réalisé à l’arrache. Son disque détonne dans la constellation épuisée du rock français et pas seulement parce que la jeune femme porte une admiration sans borne pour une musicienne de Dayton. Mais parce que Does not sing Christmas est un premier essai maitrisé. Et qu’au-delà des références assumées (Breeders, Kristin Hersh, belly), le disque recèle tout le potentiel d’une songwriteuse sincère et libre. Mademoiselle H – qui a bien plus de classe et de mordant qu’une Mademoiselle K – n’oublie jamais que l’on ne retient pas un auditeur sans accrocher une mélodie aux cordes de sa guitare. Pas une seule ne manque ici ! Résumons donc : des mélodies, une voix** et une affection profonde pour ce disque, trois bonnes raisons pour se pencher sur le parcours de cette jeune femme pleine de talents.
Sylvia, pourrais-tu nous dire d’où tu viens ?
Je viens d’une ville industrielle de Lorraine, dont l’usine et la mine sont fermées depuis des années. Je suis née dans une famille de prolos, de bons sidérurgistes, pas du tout branchés par la culture. Je suis la seule musicienne de ma famille. Ma famille a très mal vu le fait que je veuille faire des études d’art, elle m’aurait bien vue fonctionnaire, avec la sécurité de l’emploi.
Malgré ça, la musique était-elle quand même présente dans ta famille ?
Oh oui, ma mère écoutait beaucoup RTL, l’émission « Stop ou encore », je ne sais pas si tu vois…. C’était variété française à fond, son chanteur préféré était Michel Sardou. J’étais même allée voir Patricia Kaas en concert quand j’avais 8 ans, elle était la fierté de notre région tu comprends, elle est de Forbach. Il y avaient tout de même deux ou trois cassettes pas trop pourraves du côté de mon père, dont un best of d’Ennio Morricone, un disque des Shadows, et le double rouge des Beatles.
A 12 ans je me suis fait une copine dont le grand frère était guitariste et écoutait le Velvet. Je lui ai demandé de me faire une copie du best of sur cassette. Je me suis plus ou moins forcée à l’écouter, pour faire comme les grands. Et puis, à force, je me suis mise à vraiment aimer ça. C’était à l’époque de la reformation, en 93. Du coup, ils faisaient la couve de Best et des Inrocks. C’est comme ça que je me suis mise à lire la presse rock, blindée de mots que je ne comprenais pas. C’est avec ces journaux, en particulier Rock&Folk, que j’ai fait mon éducation musicale.
Est-ce que la découverte du Velvet à 12 ans a vraiment été le déclic, le truc qui t’a éloigné de la variété ?
Oui ! Je ne sais pas… Le Velvet, ça me parlait. Et puis, ça emmerdait mes parents. Ils pensaient que cette musique de drogués avait une mauvaise influence sur moi.
A quel age as-tu pu acheter ton premier disque ?
A 12 ans 1/2. C’était White Light/White Heat (second album du Velvet Underground, ndlr).
Envisageais-tu déjà d’exister ainsi, en faisant de la musique ?
Envisager est un bien grand mot… Bien sûr, je voulais faire rock star quand je serais grande, mais j’en rêvais plus que je ne l’envisageais. Je me suis procuré une guitare par le comité d’entreprise de l’usine à mon père, mais je me suis vite rendue compte que je n’étais pas un génie, et que sans cours, je n’y arriverais pas. Alors j’ai lâché l’affaire pendant des années. Je n’étais absolument pas réaliste. Il faut dire que dans ma famille on voit le monde divisé en 2 parties : il y a les gens normaux d’un côté, et de l’autre les gens qu’on voit à la télé, et entre les deux il y a une barrière infranchissable.
Je ne pouvais pas envisager concrètement de passer de « l’autre côté » (et j’ignorais qu’entre l’ouvrier et la star, il y a les musiciens qui ne vivent pas de leur musique ou juste un petit peu).
As-tu présenté Does not sing Christmas à ta famille ?
Euh… oui. Bizarrement, ils l’aiment bien. Bien sûr, ils ne parlent pas un mot d’anglais, ça aide. Mais d’avoir le vrai CD dans les mains, un CD qui ressemble à ceux du commerce, ça leur en a bouché un coin. Ils sont, finalement, assez fiers, je crois. Et puis bon, l’album passe bien un peu partout, en fin de compte, car il a un son assez propre. C’est de la pop qui a l’air gentille, si on fait abstraction des paroles et en général, les gens en font abstraction. Et puis j’ai une voix douce.
Tes parents l’avaient-il déjà entendu cette voix ?
Oui, bien sûr, je chantais tout le temps dans ma chambre. Mais ils ne se mettent à la trouver bien qu’à partir du moment où elle est sur un CD sérieux. Ils avaient déjà entendu des démos de Little Fury, mon groupe précédent, mais ils s’en foutaient un peu, ce n’étaient que des démos !
Peux-tu nous dire deux ou trois choses sur tes débuts en groupe ?
Je me suis mise à la guitare très tard, à l’âge de 19 ans. Dès que j’ai su enchaîner quelques accords et composer deux trois morceaux, j’ai passé une petite annonce dans R&F pour chercher des musiciens. Coup de bol, je suis tombée sur Basile. Il joue d’ailleurs quelques parties de batteries sur l’album. Il faut dire, dans l’annonce j’avais marqué « influences Pixies, Breeders », et je pense que Basile et moi sommes les deux plus grands fans des Breeders en France.
Basile avait un groupe, il leur manquait juste une chanteuse. Je suis arrivée à l’audition, morte de trouille, et je leur ai joué Love Song. Ils m’ont engagée tout de suite. Puis les circonstances ont fait que je suis passée à la basse, beaucoup plus facile à jouer, il y a moins de cordes et les cases sont plus large. Le groupe, qui s’appelait Little Fury, a duré 3 ans. On jouait déjà des titres comme Iris ou Nationale 3.
Après le split j’ai essayé de former un autre groupe. J’ai aussi joué de la basse dans plusieurs groupes en tant que simple exécutante, j’ai même été guitariste soliste dans le groupe La Féline, que j’ai quitté il y a six mois.
Etais-tu aussi une simple exécutante dans Temporary January ?
Plus ou moins, ouais. C’était Jérôme qui composait. J’étais libre de trouver mes propres parties de basse, contrairement à d’autres groupes qui m’imposait mes parties à la note près ! Jérôme avait bien voulu qu’on joue Nicely Stupid sur scène. Mais je n’avais pas beaucoup de pouvoir de décision.
Ton implication artistique a donc été plus évidente dans Little Fury.
Oui. Little Fury, c’était notre groupe avec Basile, nous étions co-leaders. C’était marrant, j’avais compté une fois, on avait tous les deux le même nombre de compos dans la set-list. Je m’aperçois maintenant qu’il est rare de trouver des musiciens qui partagent le même univers et les mêmes envies, comme nous le faisions dans Little Fury.
Quand as-tu envisagé d’enregistrer ce premier disque ?
En mars de l’année dernière. Cela faisait depuis le split de Little Fury que je me disais que ce serait chouette un album de moi toute seule. Mais je ne m’en sentais pas capable, je pensais être trop mauvaise guitariste, je ne pensais pas savoir bien arranger les chansons toute seule, je pensais que trouver un batteur, un ingé-son et un studio ce serait super over compliqué…. Bref, c’était une période de ma vie où
je ne prenais pas de décisions, elles se prenaient toutes seules. Je jouais dans les groupes qui me demandaient, et puis basta.
Et donc, un jour de mars 2008, j’étais en train de lire un livre sur Dylan et j’ai réalisé que je pouvais enregistrer cet album, que c’était pas insurmontable. J’ai tout de suite appelé un pote ingé-son et un pote batteur, ils ont été d’accord et même enthousiastes, donc j’y suis allée.
En fait, je me suis mise à envisager l’aspect pratique de l’enregistrement, ce que je n’avais jamais fait auparavant, et ça m’a paru largement faisable. Alors je me suis empressée de clamer sur tous les toits que j’allais enregistrer un disque, pour qu’après je ne puisse plus revenir en arrière.
Au départ ça devait être beaucoup plus modeste, uniquement des ballades. Puis des amis m’ont dit « tu devrais enregistrer ‘Nicely Stupid’, avec de la batterie »… Du coup ça a pris plus d’ampleur que je ne l’avais initialement prévu. Ça a pris plus de temps aussi. Je n’avais aucune idée de la direction que je devais prendre, de ce que j’allais faire avec cet album sans label, sans distributeur… Je n’ai même pas de compte Sacem !
Dans quelles conditions techniques as-tu enregistré cet album ? L’as-tu fabriqué chez toi ?
Non. Chez moi j’ai bien un Cubase craqué, mais je ne sais pas vraiment m’en servir. Ulrik Palud, l’ingé-son, m’a trouvé un studio à Brest, aménagé dans la cave chez un ami à lui. On est donc partis à Brest en août dernier avec le batteur. On a enregistré les basses-batteries en 3 jours. Ensuite j’ai enregistré mes parties de guitare et les voix dans le home-studio d’Ulrik, à Saint-Denis.
On a fait ça avec les moyens du bord, un seul et même ampli guitare, et aucun effet numérique, j’y tenais. Très peu d’edit, aussi. Je voulais que le truc sonne vrai, avec ses imperfections. J’aime bien les imperfections, je trouve que ce sont elles qui font tout le charme d’un disque. Comme la note un peu fausse, le « fuck » parce qu’on s’est planté dans les paroles… Tout cela humanise l’album.
Les chansons avaient-elle été toutes composées avant le déplacement à Brest ?
Oui, bien avant ! Les chansons ont toutes au moins un an. La plus vieille, Love Song, a été écrites il y a huit ans maintenant. J’ai écrit l’ébauche du texte d’Iris quand j’avais 16 ans… J’avais un vrai stock de chansons, ça a été dur d’en sélectionner douze.
Donc tu as déjà du matériel pour un second ?!
Ouais, vaguement… J’ai des chansons pas finies, d’autres en lesquelles je ne me retrouve plus vraiment et que donc je ne veux plus enregistrer… Quelques trucs très récents, aussi. Et quelques compos que je regrette de n’avoir pas mises sur cet album-là. Mais je ne pense pas encore au prochain album, je t’avouerai. J’attends de voir ce qui se passera avec celui-ci. Ce qui est sûr, c’est que je n’enregistrerai plus toute seule, sans label, sans rien.
On sent, en écoutant le disque, ton admiration pour les Breeders et Kim Deal. Qu’est-ce qui distingue cette musicienne par rapport aux autres ?
Ce qui la distingue des autres est très intime. C’est la façon dont je perçois sa musique qui est particulière. On est tous plus sensibles à certains enchainements d’accords, à certaines mélodies. Quand Kim Deal compose une mélodie, ça me parle, c’est comme ça. En plus, elle a la classe. Elle ne minaude pas, elle picole, et puis elle a une putain de belle voix. C’est une dame super touchante, et très forte en même temps.
Peu de gens aiment vraiment les Breeders, ni même ne les connaissent. Les gens connaissent tous Cannonball, et ça s’arrête là. Pour eux, les Breeders, ça envoie. Ils n’ont aucune idée des ballades sublimes sur les deux derniers albums, Off You par exemple, ou Here No More sur Mountain Battles.
As-tu d’autres influences ? D’autres artistes qui animent ton désir de faire de la musique ?
Bien sûr. Il m’est toujours difficile de parler d’influences, il a des tas de trucs que j’adore et qui ne s’entendent absolument pas dans ma musique, comme Brian Eno par exemple. Here Come the Warm Jets est mon album préféré de tous les temps. Pourtant il n’y a aucun son électronique, aucune expérimentation dans ma musique. J’aime aussi énormément la pop 60’s, les Zombies, les Byrds, les Kinks, les Beatles et bien sûr les Stones. J’aime aussi les one hit wonders du genre Herman’s Hermits. J’ajoute une mention spéciale pour les Who. Pete Townshend est un parolier extraordinaire, et très loin d’être con. Et les compos de John Entwistle sont, pour moi, les meilleures des Who. C’était un putain de mélodiste, on oublie souvent de le dire.
Et actuellement ?
En fait, je n’écoute pas vraiment ce qui sort actuellement. Je n’ai pas cette curiosité-là. Je découvre les choses par hasard, je ne vais pas à la recherche de la nouveauté. C’est par hasard que j’ai découvert Electrelane récemment. Ce fut, disons, mon « groupe de l’année 2008 ». J’aime aussi beaucoup The Divine Comedy.
Aujourd’hui si tu pouvais enregistrer l’album de tes rêves avec tous les moyens qui vont avec, avec qui aimerais-tu travailler ?
Bonne question, je n’y ai jamais pensé. Steve Albini me paraît une réponse évidente, en même temps, si j’en avais l’occasion, je ne sais pas si j’accepterais. Il est infect, comme bonhomme, à ce qu’il paraît. Et puis on me dit assez que ma musique ressemble aux Breeders, alors si j’enregistrais avec Albini, je te laisse imaginer…
Guillaume Eluerd. A l’époque ses chansons évoquaient parfois l’électro blanche de Notwist ou le travail de l’impavide Troy Von Balthazar. The Year of The Dog, le premier album qui sort sous son nom le 26 septembre (Fabriq), est dans une lignée plus folk, plus boisée. C’est à distance que nous faisons connaissance avec ce jeune papa, ex game scriptwriter et littéraire sage. [anakin, septembre 2007 – photos : Yann Orhan]
Alors dis-moi, comment te sens-tu à quelques jours de la sortie de ton premier album ?
Guillaume Eluerd : Impatient. c’est un peu comme monter sur scène. c’est l’attente qui est dur, mais une fois que tu es dessus, tu es chez toi. Enfin, c’est comme ça que je voie les choses
Il s’est passé combien de temps entre le moment où tu as envisagé ce disque et sa réalisation ?
Houla… 10 ans ? Non, je déconne. Mais pas complètement. En fait, certaines chansons ont une dizaine d’années, d’autres sont même plus vieilles. Mais jusqu’à il y a peu, je n’avais pas trouvé le temps ou le courage de m’y mettre. Mais entre le moment où j’ai commencé et la sortie, il y a eu 2 ans.
Tu n’écrivais pas de chansons avant cela ?
Si, mais je n’avais aucune idée de comment les enregistrer, les arranger. Je suis passé par pas mal de phases avant de m’arrêter à un style précis.
Quelles étaient ces phases ?
C’est des phases d’arrangements. Au départ ça partait dans tous les sens, il y avait des morceaux acoustiques, d’autres très electro, d’autres complètement ambient, un genre de fourre tout pas possible. Et puis un bon ami à moi musicien, Stéphane Bouvier, pour ne pas le nommer, m’a conseillé de me concentrer sur un style. J’ai choisis celui qui était le plus facile à faire avec les moyens dont je disposais.
Dans quelles conditions as-tu enregistré ces morceaux ?
J’ai tout fait chez moi, dans mon 33 m² à Paris. J’ai acheté une guitare classique à 30 euros, un micro, un magnéto et puis l’ordinateur.
Il y a deux ans ?
Environ, oui. Mais je jouais de la guitare avant cela et puis j’avais des petites connaissances en enregistrement et en informatique grâce à mon job dans le jeu vidéo. On avait un studio son dans la boîte où je bossais. J’y étais tout le temps quasiment. C’est là où j’ai enregistré Development concept for formulation of nimp.
A l’époque avais-tu déjà écrit les morceaux qui composent The Year of Dog ?
Pas tous. Il y avait Failure, Louise et The Old House et puis les textes de No Soap et de Beauty of Mankind. Le reste est venu en faisant l’album. Disons que les trois morceaux déjà composés ont été choisis parmi une liste de x chansons parce qu’elles correspondaient à l’ambiance du disque et que je pouvais les jouer seul, sans big band.
Même Paper of Armenia (not so quiet) tu l’as enregistré seul ?
Oui… C’est dingue le foin qu’on peut faire quand on est tout seul.
Comment as-tu fait pour donner l’impression que vous étiez plusieurs à le jouer ?
J’avais une idée assez précise de ce que je voulais faire : un truc façon Animal Collective, genre tape joyeusement sur ce que tu trouves et chante à tue-tête. J’ai programmé la batterie et puis j’ai enregistré toutes les parties de guitares, de voix, les claps, les pieds, la balle de ping pong… Enfin tout ce qui me tombait sous la main.
Quelles sont tes influences ?
Nombreuses, trop nombreuses pour te les nommer ici.
Te sens-tu proche d’une éventuelle scène folk / anti-folk française ?
Proche c’est beaucoup dire. J’imagine qu’on doit aimer les même disques mais je connais très mal, voire même pas du tout leur boulot. Mis à part Thomas Méry, mais c’est normal, c’est mon beau frère. Mais pour ce qui est d’Herman Düne et consort, j’avoue ne pas suffisamment connaître leur musique pour m’en sentir proche. Non, mes influences viennent d’outre-manche et d’outre atlantique. Des gens comme David Sylvian, XTC, Tom Waits, dEus, Talk Talk, The Waterboys et plusieurs centaines d’autres. Là je suis en train d’écouter Iron and Wine. Je ne connaissais pas. C’est très bien.
La musique c’était une envie profonde, un truc que tu n’imaginais pas pouvoir concrétiser ?
C’est plus qu’une envie, c’est difficile à expliquer. Disons que c’est quelque chose que j’ai toujours fait et que je ferai toujours, même sans pour autant sortir des albums et « exister » en tant qu’artiste. Bien sûr j’aimerais que ça continue et que ça aille de mieux en mieux, mais même sans cela, je continuerai à composer. C’est vital.
Friends est un vrai tour de force. Comment as-tu fait pour lui donner autant d’ampleur ? On a l’impression que tu as convoqué tout un orchestre !
En convoquant tous les sons crédibles de cuivres que je pouvais trouver et en enregistrant le son qui sortait de mes enceintes pour la reverb. Puis, avec Pierre Musy, on les a mélangés au mix avec les sons sans reverb.
Autre tour de force : ta présence chez Fat Cat. Comment cela s’est-il goupillé ?
J’ai envoyé une démo 4 titres, les premiers que j’avais enregistrés. Il y avait Beauty of Mankind, Ballad, Paper of Armenia(quiet) et un morceau qui n’est pas sur le disque. Ça m’a surpris de recevoir un mail de chez eux. même si ça n’a pas abouti sur une signature, ça fait toujours plaisir. C’est comme le mail de David Sylvian me disant qu’il avait bien aimé la démo, mais que ça ne correspondait pas au son de son label. C’est des trucs qui te font littéralement décoller. Il faut dire aussi que j’avais eu une expérience similaire avec Nimp. Lorsque j’ai envoyé les démos de Nimp, le premier coup de fil que j’ai reçu venait de Mute. Le label voulait un de mes morceaux pour une compilation. C’est le genre de coup de fil qui vous donne du cœur à l’ouvrage. Cela prouve que même les gros labels écoutent parfois les démos.
Quel morceau Mute a utilisé pour sa compilation ?
Ils ont pris Mm, le plus pop. Ça m’a donné une certaine visibilité, un peu comme avec Fat Cat.
En fait l’épisode Fat Cat t’a permis de faire une transition entre les deux univers qui composent tes deux albums…
Oui, et l’épisode Quatermass aussi. Cela m’a permis de plus me focaliser sur l’acoustique, plutôt que l’électro. Et puis il y a aussi ma propre évolution. Vers la fin de l’album j’avais vraiment envie de passer à autre chose de plus acoustique et de plus fourni. Friends est le résultat de cette transition, tout comme I am without light.
Qu’avais-tu proposé à Quatermass ?
Tout, je leur avait envoyé une vingtaine de morceau . Ce sont eux qui ont choisi ensuite les morceaux qui les attiraient le plus . Puis j’ai affiné la liste au mixage. Je voulais obtenir quelque chose de varié, enfin de plus varié qu’un album guitare/voix, mais j’avais beaucoup de morceaux lents et calmes, alors il a fallu réduire pour mettre des morceaux plus rapides ou moins calmes, histoire de varier.
Pour quelles raisons cela ne s’est-il pas concrétisé avec Quatermass ?
Au départ ils m’ont envoyé en Allemagne pour faire le mix. j’ai dû emprunter de l’argent pour y aller, et le résultat a été catastrophique. Manifestement le mixeur et moi ne nous sommes pas entendus sur la couleur que devait avoir l’album. Et puis ils ont fait la même erreur avec le master. Après cela ils n’ont plus donné signe de vie pendant bien 3 à 4 mois, alors j’ai décidé de laisser tomber et d’aller voir ailleurs.
Finalement le disque que sort Fabriq était donc terminé quand tu l’as proposé ?
Oui, il ne restait plus que le master à faire. Je suis allé le faire chez Pierre Musy, le même qui a mixé l’album au final et qui m’a bien sauvé la vie sur ce coup-là.
La mésaventure avec Quatermass aurait pu te décourager…
Certes. mais j’ai des copains. Lorsque je suis rentré d’Allemagne, j’ai appelé un pote qui est sound designer dans le jeu vidéo pour savoir s’il accepterait de mixer l’album. Il m’a dit qu’il ne s’en sentait pas capable et il m’a redirigé vers Pierre Musy . Et là ça s’est très bien passé. Non seulement Pierre adorait les titres mais en plus nous avons des influences communes, comme XTC. C’est toujours plus facile de mixer avec quelqu’un qui sait de quoi tu parles quand tu cites un artiste ou un groupe. Pierre, en plus d’être une crème, a une énorme connaissance musicale.
Pourquoi as-tu baptisé ton album L’année du chien ?
Je suis un chien, mon fils aussi et l’album a été enregistré la même année.
En 2006 ?
Oui.
J’ai cru au début que tu avais ordonné ton disque comme si il contenait une face a et une face b, notamment parce que j’imaginais à l’écoute du disque une seconde moitié plus volubile, plus extravertie mais non en fait car la version not so quiet de Paper of Armenia est le seul à avoir une production aussi aérienne et flamboyante…
Il y a de ça aussi. Lorsque j’ai commencé à mettre les titres dans l’ordre, je me suis calé sur une structure face a / face b. C’est une structure que je connais bien et que j’apprécie car elle permet mine de rien de passer à autre chose sans trop bousculer l’auditoire et je suis un fan des morceaux de fin de face. Je passerai ma vie à composer des morceaux comme ça, ce sont en général les plus mélancoliques où les plus étranges.
Peux-tu me donner plus de précision sur le sens de cette chanson qui s’appelle O Brother, What a World !?
C’est un très vieux texte que j’ai du écrire dans les années 90 . Il fait référence aux choses que nous perdons petit à petit en grandissant, l’innocence, l’insouciance aussi, quand les relations deviennent plus complexes. Ça fait aussi référence à mon frère. disons que c’est à lui que je m’adresse.
Tu sembles écrire depuis longtemps… As-tu toujours été un familier de l’écriture ?
Oui, depuis mon adolescence. mais je pense que j’ai été influencé par mon environnement. Mon père est prof de français et il écrit pas mal d’ouvrages de grammaire. Mon frère était cinéaste et musicien, et il écrivait aussi pas mal. Le dimanche, tout le monde écrivait à la maison, alors je m’y suis mis aussi.
Vous écriviez ensemble ?
Non, jamais. Et c’est pas plus mal d’ailleurs. je crois que mon frère et mon père savaient que j’écrivais, il voulaient me laisser libre. Ils ne sont jamais intervenus sur mes textes.
Vous vous lisiez mutuellement ?
Oui, parfois. enfin bon, je lisais rarement mon père parce que les bouquins de grammaire… hum… comment dire…. mais je lisais les scénarios de mon frère, on en parlait, je lui suggérais des idées qu’il ne gardait jamais. Mon père a lu mes textes en français et c’est lui qui a décidé de les publier. Mon frère connaissait certaines de mes chansons. On s’envoyait des morceaux et on en parlait. Je jouais parfois avec lui. C’est d’ailleurs le dernier souvenir que j’ai de lui avant qu’il disparaisse. On a joué ensemble pendant 3 heures. C’était énorme !!
Pourquoi as-tu choisi de chanter en anglais ?
Cela c’est imposé tout seul. Dès que je me suis mis à faire des chansons, elles étaient en anglais. Bon comme 70% des kids qui font des chansons tu vas me dire. Mais je crois que la différence est que je suis meilleur en anglais. De plus ma culture musicale est essentiellement anglo-saxonne. J’écoute très peu d’artistes français, voire quasiment jamais.
Parce que tu n’accroches pas à la langue quand elle est chantée ou parce que tu ne sens aucune affinité avec la scène française ?
Les deux. Ça ne m’accroche pas. Je trouve que nos chanteurs chantent de moins en moins et parlent de plus en plus. C’est le syndrome Gainsbourg. Et quand ils chantent, ben c’est pas pour dire des choses vraiment incroyables ou même qui sonnent bien à mon oreille. A chaque fois, je sors de l’écoute en pensant bof et j’en reviens à l’anglais… en poussant un soupir de soulagement. Non, je déconne. Quoique…
Même Dominique A ne trouve pas grâce à tes oreilles ?
Un pote m’a passé un live de lui, où il est tout seul et où il joue avec des pédales de loop. J’ai trouvé ce live excellent . Je me suis dit « ahhhh, enfin un qui chante », même s’il souffre du syndrome Morrissey. Mais ensuite j’ai écouté les albums. Il y a des choses bien, d’autres moins bien, mais rien qui n’atteint la classe de ce live à mon goût… Mais Dominique A représente la terre promise, c’est clair.
Travailles-tu toujours dans le monde du jeu vidéo ?
De moins en moins. Le dernier jeu auquel j’ai participé date de l’année dernière.
La musique et ton fils remplissent tes journées…
Oui et puis je fais des traductions quand il s’agit de gagner de l’argent.
Comment envisages-tu la scène avec cet album ?
A deux. Je vais jouer avec Andrew Richards, le boss de fabriq. Il s’occupera de tout ce que je ne peux pas faire. Il y a une tournée prévue pour le mois de décembre. On a choisit d’être deux faute de moyen. Ça coûte moins cher de faire déplacer 2 musiciens que 4, c’est mathématique. Mais avec un peu de chance, peut-être que je pourrai avoir plus de musiciens et mettre le portable au placard.
Écris-tu toujours sans que cela soit destiné à la musique ?
Oui, même si ma production a quand même bien baissé. Au départ d’ailleurs, il n’y a jamais de musique. Je n’écris jamais sur une mélodie que je viens de trouver. J’écris les textes séparément, sans penser à la musique. Et lorsque je trouve quelque chose qui pourrait faire une chanson, j’ouvre mes carnets et je vois ce qui pourrait coller, pas en terme de sens, mais en terme rythmique. Ensuite j’adapte, je sculpte le texte et la musique pour qu’ils ne fassent plus qu’un, ça me permet de rester très libre dans mon écriture, pour ensuite tordre le texte, voire même complètement le réécrire.
Es-tu un lecteur ?
Je lis très peu. et quand je lis je mets énormément de temps à finir le livre. Cela m’a pris pas loin de 2 ans pour terminer mon dernier livre. Je ne suis pas un littéraire assidu.
Si tu avais tous les moyens pour réaliser ton prochain disque, comment et avec qui le ferais-tu ?
Déjà je crois que ça me prendrait pas mal de temps pour me fixer sur un style particulier. Mais disons que si cela arrivait maintenant, je n’utiliserais que des instruments acoustiques : guitares, batteries, percussion, contrebasse , piano, violon et des cuivres. Quant au producteur , il faudrait quelqu’un de rompu à ce genre de production comme Tim Friese-Greene ou Mike Glossop, s’il travaille toujours.
Finalement tu n’aurais pas des envies de grandeurs…
Du genre orchestre symphonique ? Non . Il faut pouvoir faire quelque chose d’intéressant avec . je préfère les orchestres réduits. Je crois que je ferais aussi des détours vers la musiques contemporaine , vers Pärt, Kancheli, Hiller… Je mettrais aussi des chœurs baroques, ceux du Hilliard Ensemble. J’ai un morceau qui serait parfait avec un chœur de gospel aussi.
As-tu déjà du matériel pour un nouvel album ?
Oui, plein et ça part dans tous les sens une fois de plus. Il va falloir que je mette encore de l’ordre. Au final c’est les moyens qui décideront. Mais j’aimerais beaucoup avoir un groupe pour le prochain.
The Year of the dog est-il un enjeu important pour toi ? Cet album détermine-t-il la suite que tu donneras à tes envies de song-writer ?
C’est important dans le sens où il peut me faire rencontrer des gens, partager ma musique, me faire tourner et, si il marche bien, me donner plus de moyens pour faire le suivant. Mes envies de song-writing vont au delà d’un album. Je crois que même si je suis obligé d’enregistrer le prochain dans les mêmes conditions que celui-ci, je le ferais et je m’arrangerais pour qu’il soit différent. Je ne suis pas du genre à laisser tomber, je ne peux pas. même si un échec éventuel serait forcément décevant, je me remettrais quand même à composer.
Quel est l’état présent de ton esprit ?
Il est dans un piteux état… j’attends la sortie en tapotant des doigts, avec impatience, un peu comme avant d’entrer sur scène. Mais pour moi, la vraie vie commencera au moment de la tournée.
What a World!, dis-tu à ton frère. Comment espères-tu celui qui verra ton fils grandir ?
Qui l’eut (toute) cru ? Jil et Jay à nouveau réunis. Pour le meilleur. Un disque de chansons. Jil Caplan et Jay Alanski, duo composite et subtil formé au crépuscule des années 80, dont la collaboration fusionnelle avait donné vie à trois albums entre 1987 et 1993. la revoilà donc la paire ombrageuse qui avait su il y a quatre lustres apporter du sens, de la nuance et de la profondeur à un Top 50 souvent très criard et vulgaire.
Les liens de ces deux âmes fortes se distendirent par la suite. Jil continua à créer sur ses rivages, alors que Jay, lui, donna un peu de sa pureté à l’électronique d’ici en créant A Reminiscent Drive. Il aura fallu du temps et la malice des hasards de la vie pour que ces deux amis se retrouvent et remettent en commun leur talent inspiré.
Comme nous n’étions pas Derrière la porte du studio pour capter quelques instants de ces rendez-vous artistiques, nous avons demandé à Jil de nous en décrire les contours. Alors, comme vous piaffez d’impatience, petits geais alanguis, nous vous laissons en sa compagnie. Ne soyez pas surpris si une biche se penche discrètement pour lire par dessus votre épaule… [juin 2007 – photo : F Barrau].
Il s’est passé trois années depuis la sortie de ton album précédent. Quelle a été ta vie d’artiste pendant cette période ? Jil Caplan : Des doutes et des doutes! du travail aussi, mais dans la vidéo. Je pensais que peut-être, je n’avais plus rien à dire…. une drôle de période. Rien à dire dans la musique. Je me sentais un peu seule, isolée.
Quel a été le déclic alors ?
Quand j’ai revu Jay Alansky, par un hasard de circonstances. Je suis allée chez lui (ça faisait 10 ans quand que nous n’avions quasiment plus de contact, juste des petits mots pour la nouvelle année) on a bu un thé et on a discuté 5h durant !
Cela vous a paru évident tout de suite ce retour à la création ensemble ?
Pas du tout. A la fin de la discussion, il m’a dit « mais tu n’as pas un bout de texte à me laisser ? On ne sait jamais, si ça marchait ! Alors je lui ai laissé 4 phrases, les 4 premières phrases des « toutes petites choses » que j’avais en tête depuis des mois, mais sans rien d’autre. Le lendemain, il m’appelait pour que j’écoute une idée de chanson. La machine s’est relancée tout de suite, une magie intacte grâce à la musique entre nous.
Pour quelles raisons aviez-vous mis autant de distance entre vous 2 ?
Je ne sais pas… La vie qui passe…. Des projets différents…..Comme si on avait fait le tour pendant ces 3 premiers albums ensemble. On est passé à autre chose. ça n’a pas été très facile pour moi ça ce moment (ndlr : en 1994). Je n’avais que des expériences de disques, de concerts avec lui. Ça a été mon passage à l’âge adulte, ça m’a fait mûrir sur ce que je voulais faire et comment je voulais le faire. Finalement cela a été bénéfique.
As-tu suivi de près son travail quand il officiait dans A Reminiscent Drive ?
Oui quand même! J’ai toujours été gourmande de son travail…. Je trouvais ça vraiment bien, intéressant, très musical, original. Il avait besoin de ça, de ce travail seul.
Sais-tu si lui restait attentif à ce que tu devenais ?
Oui il le restait. Bien sûr. mais de loin; avec son point de vue sur moi, il me connaît très bien !!
Quelles ont été tes autres activités artistiques pendant cette pause ?
J’ai filmé beaucoup. J’ai toujours adoré les images, leur contenu. J’ai réalisé un film de 50 minutes pour les Lilicub, un clip pour un projet underground que j’ai fait en 2002, Gueule d’amour. Je filme, je monte ensuite chez moi sur Final Cut. J’ai aussi écrit des papiers dans une revue de cinéma indépendante Brazil.
J’ai sorti 2 albums chez Warner : Toute crue avec Jipé Nataf et Comme elle vient avec Jean-Christophe Urbain, qui était le poumon gauche des Innocents (Jipé étant le poumon droit). J’ai aussi voyagé, fait des concerts au Kenya, au Vietnam, etc. Bref, je me suis agitée!
Ton amour pour l’image et le cinéma a toujours été là ?
Ah oui! Et c’est tellement plus facile de faire des choses par soi-même maintenant. L’essentiel est d’avoir de l’imaginaire, des fantasmes. Sinon, cette facilité ne sert à rien.
Qu’écrivais-tu pour Brasil ?
Pour Brazil j’écrivais des chroniques, mais aussi des longs papiers. Notamment un article sur le film Frida, comme j’adore Frida Kahlo depuis très longtemps, et que je connais bien sa vie. J’avais donc écrit un long article sur elle, sur le film, en rencontrant la réalisatrice. J’ai aussi rencontré Ken Loach pour Sweet Sixteen, et Anthony Hopkins pour Dragon Rouge.
A tes début avais-tu déjà cette envie de maîtriser l’image, la tienne en particulier ?
Je savais à peine qui j’étais, comment allait s’inscrire ma vie. J’étais une porte ouverte, une page blanche. J’avais deux passions, la musique et le ciné. Et l’écriture aussi ! Mais il m’ a fallu plus de temps pour un peu la maîtriser. Au début tout parait simple et facile, puis on réfléchit et on s’aperçoit que ce n’est pas si facile. Puis le temps passe encore, et on voit que c’est en fait un gros chantier, un travail terrible de sortir les choses de soi, de les ordonner, de les exprimer avec personnalité. d’aller plus loin, quoi ! Mais si on renonce, rien ne se passe!
Tu as ouvert ton blog avec une note sur un événement qui s’est passé sur une petite départementale. Quel a été le déclic qui a permis l’existence de cet espace très personnel ?
J’écrivais l’album qu’on vient de finir avec Jay. J’avais soif d’écrire…. Je venais de terminer un petit livre, et le format des chansons est très strict. Ecrire ce blog est une petite liberté, un espace rapide et instantané. Parfois, je m’interdisais d’écrire certains trucs pour le garder pour mes chansons, ça m’ aidait. L’écriture se nourrit de l’écriture. Mais le blog est un piège aussi. en fait, j’avais écrit quelques notes auparavant, je l’ai commencé en mai 2006, juste au moment ou j’ai retrouvé Jay…
Le format de tes notes est assez proche de celui des chansons…
Oui parce que j’essaye d’aller à l’essentiel, cela dit, il y a des notes très longues et d’autres très courtes, et il n’y a aucune règle de versification ou de nombre de pieds à respecter, alors que dans une chanson, c’est essentiel. Ce blog, c’est de l’écriture plus libre, j’essaye de ne pas trop me censurer. Mais le piège c’est que je publie les notes très vite, jamais plus de 15 minutes pour écrire une note, et je trouve que parfois, ça manque de travail. Je pourrais aller plus loin, être plus précise, mieux écrire. Chose que je m’efforce de faire dans les chansons, certaines sont travaillées au petit poil !! Une chanson, ça reste, ça s’écoute, alors que le blog est un instantané. Je peux l’effacer en un clic si je veux ! Pas une chanson….Elle reste gravée, indépendamment de moi.
As-tu voulu tout de suite le publier sous ta propre identité ?
Au début c’est ce que j’ai fait, parce que je ne savais pas quelle tournure ça allait prendre. Je pensais faire une sorte de journal de bord professionnel, puis très vite je me suis aperçue que ce n’était pas du tout ça que je voulais faire ! Le livre de textes que j’ai écrit est sous cette forme, et c’est revenu naturellement. Et je voulais que ce soit sans masque, d’ou le nom « toute crue » Puis j’ai enlevé mon nom, je trouvais ça mieux pour moi que ce soit anonyme. En même temps, tous les gens qui viennent le lire savent qui je suis, c’est marrant. mais comme je ne l’affiche pas, j’oblige à l’anonymat.
Quels retours as-tu sur ce travail bloguesque ?
Des bons retours. les gens sont surpris en général, c’est une facette qu’ils ignoraient. Tout ce que je souhaite, c’est que ce soit bien écrit, et qu’il y ait une forme de violence, d’exacerbation des sentiments. j’aime bien quand c’est en dessous ou au dessus de la vérité. La vérité n’est pas toujours aussi dramatique! Mais elle est en toile de fond, toujours.
Le premier morceau de ce nouvel opus que tu offres sur ta page Myspace s’appelle de Toutes petites choses. Est-ce le premier single ?
Oui! première chanson écrite, première du disque, premier single. Si on avait su ça quand on l’enregistrait !!
Comment est reçu ce premier titre par les internautes qui viennent sur ta page myspace ?
Eh bien ce qui me touche particulièrement, c’est que les gens ressentent la fragilité et en même temps un certain émerveillement des choses. Les internautes me renvoient quelque chose de très positif, très « sur le fil »
La réactivité sur le net est telle que Toutes petites choses a déjà donné de l’inspiration à des blogueurs. Comment vis-tu cette proximité ?
Ah bon ??? Je savais pas. En fait, ce flux d’inspiration a toujours existé mais il était invisible avant. C’est beau d’inspirer des choses, des émotions , des réflexions aux gens.
En combien de temps avez-vous enregistré cet album, toi et Jay ?
L’écriture et la composition ont été réalisées en un mois et demi. Cela s’est fait très vite, les chansons venaient quasiment quotidiennement, ou tous les 2 jours. On enregistrait vite fait une base. On essayait les paroles, la voix, les tonalités et après on peaufinait le tout. C’était très fluide, on était très inspirés, heureux de faire ça ensemble.
La pochette est un autoportrait. Il y aura-t-il une vidéo pour accompagner le single ? Si oui, vas-tu la réaliser ?
Je ne sais pas. J’aurais certainement des idées, d’ailleurs j’en ai déjà…. Mais réaliser…. Coréaliser peut -être, je n’aime pas laisser le bébé tout seul ! Comme le livret de l’album, je l’ai fait entièrement chez moi, avec Photoshop. Puis je donnais le tout au graphiste pour paramétrer le tout. J’aime faire tout ça, pour moi c’est un une même énergie.
Finalement tu as démarché les maisons de disque avec « un produit » fini…
Quasi fini. on n’avait pas mixé, juste des bonnes mises à plat. Mais tout était là…
As-tu démarché beaucoup de labels ?
Quelques-uns. Pas tous…. Je suis allée voir les gens avec qui j’avais envie de travailler en priorité et comme par hasard, ce sont eux qui ont le mieux réagi ! Ensuite , il y a la part de chance, de concordance.
C’est Odéon qui a le mieux réagi à l’écoute de ton projet ?
Oui, Hervé Defranoux d’Odéon a beaucoup aimé tout de suite les chansons. Une personne de Capitol aussi a été très présente. Après, ça a été très vite.
As-tu envisagé de produire le disque en totale indépendance ?
Mais c’est ce qu’on a fait à l’arrivée ! Et au départ aussi. Les gens d’EMI aimaient le projet tel qu’il était, ils nous ont fait confiance, on a tout fait en indépendants.
Est-ce facile de garder le contact avec l’industrie de la musique quand on en est un peu éloigné ?
Oh oui! tous mes amis sont dans la musiques…. Ce qui est dur en fait, c’est de garder ce fil toujours activé, d’être « dedans » et « dehors ». Ça fait un peu mal parfois. On se sent seul, quoi.
Quel est le thème prédominant de ce nouvel album ?
La solitude. C’est quelque chose qui m’a frappé ces derniers temps, à quel point les gens ont besoin d’amour, et à quel point ils sont seuls finalement. L’indifférence crasse des humains entre eux, l’égoïsme qu’on a tous en nous, et la fragilité dans laquelle on est plongé. C’est peut-être parce que je vieillis que je sens ça plus qu’avant
Finalement, dont le texte et la musique ont été écrits par Jay Alanski, est superbe. Ces titres, justement, ont-ils été écrits et composés après vos retrouvailles ou Jay les avait déjà dans un coin ?
Non, on avait aucun stock. De toute façon, je n’aurais pas apprécié le stock !! Pour Finalement cela s’est passé comme ça : je suis arrivée un jour dans son studio, la musique me parvenait du couloir, et j’adorais déjà la mélodie. Il était en train de l’écrire..
Il l’écrivait pour cet album ?
je pense que oui
Peux-tu me dire 2 ou 3 choses sur Chez moi, sur la façon dont vous avez enregistré ce morceau, comment l’idée de le faire comme ça, simplement a capella et avec des claps vous est venue…?
Au départ, c’était le nom de code de l’album, « chez moi ». et puis j’ai écrit le texte, en me disant c’est dommage que le titre ne soit pas une chanson. J’ai donc écrit « chez moi…. » Jay avait composé une super musique dessus, mais assez compliquée niveau rythme, donc on l’a évincée. Puis, on a trouvé un peu con de virer cette chanson qu’on aimait tous les deux. Alors, on a eu l’idée de garder juste la mélodie et de faire des claps, des bruits de pieds, des petits rythmes simples; on l’a enregistré en 45 minutes! J’avais pensé mettre des tas de petits bruits domestiques, le plancher qui grince, les éboueurs qui passent, mais mon micro est tombée en panne, alors on l’a laissé comme ça.
Vous étiez dans quel état d’esprit quand vous avez enregistré cet album ?
On était porté…. Je rentrais chez moi, la nuit tombait et j’écrivais des textes. Jay composait très vite, le lendemain si le texte lui plaisait, on essayait, on couchait les bases…
Vous échangiez tous les 2 sur vos textes, vous vous donniez des pistes ?
Non aucune piste. C’était très libre, aucune idée préconçue. C’était très libre, ça venait comme ça venait, on laissait faire, mais on était très excités de cette inspiration
Mais les textes qu’il a écrits ne naissaient-ils pas de vos discussions, de votre histoire commune ?
Pas de notre histoire commune, non; on discutait énormément, et bien sur que ça nourrit les chansons. Quand je rentrais chez moi, je laissais remonter tous ces mots, ces sensations à la surface…. comme un noyé;
De drôle de mots ! l’une des chansons les plus sombres est Un âne sur la route, à quel moment de ta vie as-tu écrit ce texte ?
C’était en juin dernier; j’étais seule chez moi, je m’étais endormie sur mon canapé. je me réveille à 1h30 du matin, et soudain, je pense « je pourrais crever, tout le monde s’en fout, personne ne le saurait ». Je sors mon chien, la nuit est douce, et j’enjambe un sdf en bas de chez moi, et je me dis « pour lui c’est pire ». Je remonte et j’écris « un âne sur la route ». Voilà.
Comment as-tu conçu le livret ? En pensant à quoi ? Toutes ces photos, on dirait les fragments de ta vie…
C’est ça! Ce ne sont que des photos personnelles, de vacances, des souvenirs… J’en avais marre des livrets « gravure de mode ». Je voulais un genre de grand collage, très coloré
Au-delà des mots, tu livres une partie de ton intimité avec toutes les photos sur ton livret…
Je voulais raconter une petite histoire avec toutes ces photos. Oui c’est vrai, c’est ce qu’il y a derrière ma porte. Il y a la pochette très dépouillée et quand on ouvre le livret, c’est coloré, foisonnant
Et les animaux ?
Je voulais des animaux aussi , pour le tendre que l’on ressent grâce à eux. J’aime que ces photos soient prises au premier degré, aucun ironie! On a envie de les embrasser ces animaux. le mouton, le caneton…. Ils sont désarmés, comme nous parfois
Finalement il y a pas mal d’espoir avec au milieu du livret cette biche qui donne l’impression de te protéger et ce petit mantra : quelque chose va venir, quelque chose vient toujours…
Mais je trouve que ce disque n’est pas noir. il y a « à la fenêtre » qui est pleine d’espoir…. et « tout l’azur du monde « aussi , qui est finalement plus émotive et positive que sombre. Le mantra est un mantra que l’on doit se dire aux heures les plus difficiles
Suis-tu particulièrement ce qu’il se passe sur la scène française ?
Oui, je regarde, j’écoute, mais peu de choses me plaisent en fait. je trouve que ça manque de corps, de sang, d’âme, à part Camille qui déborde, qu’on aime ou pas son travail d’ailleurs. Mais elle existe fort. je trouve ça bien. J’aime aussi la chanson d’Emily Loizeau, L’autre bout du monde. J’aime la voix atypique de Franck Monnet, Jipé Nataf bien sur !! Et la chanson Vivre à même l’amour de Ben Ricour.
Qu’est-ce qui a profondément changé dans la façon de faire de la musique, de la défendre, depuis tes débuts ?
Sans doute qu’avant, je voulais « exister »; maintenant, je souhaite plus « exprimer ». C’est très proche, mais j’ai conscience qu’il faut se développer, se travailler, comme un vase d’argile, pour donner une forme, une grâce. Parfois, on y arrive, parfois non ?!
Envisages-tu de faire de la scène ?
Oui dans un premier temps, ce seront des petites prestations avec un ou deux musiciens, ce sera un album difficile à rendre sur scène car assez produit, avec des couches de sons, un peu comme un mille feuilles! C’est la deuxième partie du travail, trouver comment et avec qui, pour restituer les sensations qu’on a voulu mettre dans le disque. C’est moins créatif , plus sanguin, la scène…. A moins de faire du rock progressif, ce qui n’est pas mon cas !!
Quel rapport as-tu avec les programmes de télévision qui essaient de fabriquer des chanteurs ?
Bah je les ignore un peu. Je comprends que des jeunes personnes se rêvent, et prennent ce raccourci qui, à l’arrivée, n’est pas un raccourci, car tout le monde méprise ces émissions et ça reste comme une marque sur soi. Mais la télé, la courte gloire immédiate…. Ils sont jeunes ou cyniques, veulent peut-être profiter d’un système qui se moque d’eux, en fait. C’est un peu triste et vain.
Si tu étais invitée sur le plateau de Star Academy, irais-tu ?
Je ne sais pas. Peut-être. Le problème est que tout est mélangé…. Le besoin de communiquer, d’informer qu’on a fait un disque, et que les gens entendent notre chanson. Et puis le côté putassier de la promo, passer n’importe où, n’importe comment. Pour moi, il n’y a pas de honte à chanter sa chanson, on peut rester soi-même. J’espère! Mais je crois que je ne suis pas sur la liste des invités.
Il y a une biche qui se balade un peu partout sur tes espaces. Que représente-t-elle ?
Ah ma biche!!! Eh bien pour moi, c’est la pureté qu’il nous reste. La peur aussi, l’effroi, la fragilité face aux autres, la toute petite chose, belle, émouvante, quelque chose qu’il faut préserver.
Est-ce que tu te lèves tous les jours avec le courage d’en découdre ?
Finalement oui. il y a des jours plus down que d’autres, bien sur, mais je sens que je suis pleine d’énergie, de ressort, et d’envie. C’est ça qui était le plus difficile à vivre avant de faire cet album, c’est que ce ressort était un peu cabossé et totalement ignoré, dénié.
On a évoqué la scène française mais quelle est ta dernière émotion musicale ?
Le chevalier à la rose de Strauss; j’ai entendu ça l’autre jour sur France Musique et il y a un passage super beau. Le truc, c’est que la musique classique accroche notre oreille d’une autre façon, plus inconnue. J’aime aussi Antony & the Johnsons, l’album Michigan de Sufjan Stevens et The Guillemots !
Née le 23 octobre d’une année qui vit Le ciel, le soleil et la mer d’un certain François Deguelt devenir le tube de l’été, Jil Caplan débarque vingt ans plus tard dans le monde très mouvant de la pop musique française avec un premier album fabriqué avec peu d’argent. Son titre : A peine 21. Réalisé sous la houlette de Jay Alanski, artiste ombrageux et auteur notamment en 2003 d’un opus baptisé Les Yeux Crevés, A peine 21 révèle une foultitude de tubes : Oh tous les soirs, Comme sur une balançoire, Cette fille n’est pas pour toi, etc.
Comme sur une balançoire (hit extrait de A peine 21 ) – Vidéo réalisée par Jay Alanski, Jil Caplan et Bernard Cavalier.
Jil et Jay oeuvreront ensemble jusqu’en 1993. Jusque là, ils publieront deux albums : La charmeuse de serpent (en 1990) – qui propulsera Jil et fera d’elle la lauréate de la catégorie Meilleure Révélation Féminine des Victoires de la musique 1992 – et Avant qu’il ne soit trop tard (en 1993).
Tout ce qui nous sépare (hit extrait de La Charmeuse de serpent)
Natalie Wood (hit extrait de La Charmeuse de serpent) – Vidéo réalisée par Jil Caplan et Frédéric Touchard.
Ensuite Jil travaillera sans Jay Alanski (parti se ressourcer en fondant A Reminiscent Drive). Elle proposera successivement un album éponyme, puis Toute Crue et Comme elle vient, tous deux sortis dans les années 2000.
vidéo de Le lac (titre extrait de l’album Toute crue).
Entre temps, l’artiste aura beaucoup voyagé, ouvert un blog et se sera offerte une petite parenthèse au sein de Gueule d’amour, duo auquel participera Doc Pilot.
vidéo de Ma Gueule d’Amour (titre extrait du ep Gueule d’Amour) réalisée par Jil Caplan.
En 2007, Jil et Jay se retrouvent. En juin de la même année sort le très joli Derrière la porte.
Jérôme Sevrette est un musicien qui fait de la photo. Ou plutôt un photographe qui a été musicien. Peu importe. Ce qui nous a d’abord intéressé chez ce breton venu à la photographie par la musique c’est la densité et la complexité de son travail. Son site, Photographique, est immense. Des centaines de clichés. Des images captées, pour la plupart, dans un petit périmètre situé autour de son lieu de vie. Des images numériques travaillées et retravaillées à l’infini qui feront, dans un premier temps, penser à l’oeuvre d’Anton Corbijn, référence majeure et revendiquée par ce garçon au profil Muratien (voir autoportrait) qui s’exprime ci-dessous. [mai 2005]
(photo : Jérôme Sevrette)
A quand remonte ton intérêt pour la photographie ?
Vers l’âge de 14/15 ans c’est à dire au milieu des années 80. Les photos des pochettes de disques de l’époque, très stylisées, sombres, romantiques ainsi que le noir et blanc très sale des photos des magazines de cette même période comme les premiers Inrockuptibles par exemple.
Toute une imagerie s’est alors imprimée dans ma mémoire, tout ce qui était vu était automatiquement retenu, ma banque de souvenirs… Ensuite, armé d’un petit compact argentique, j’ai voulu retrouver les ambiances de ces images en allant explorer les ruines alentours, les forêts, les marais… Et puis, plus tard, mon premier groupe de rock m’a servit de cobaye, l’amorce de mon processus créatif…
Attaches-tu de l’importance à l’aspect technique de la photographie ? Quel matériel utilises-tu ?
Pas du tout, la technique ne m’intéresse absolument pas, je suis un autodidacte endurci ! J’ai ma façon de faire, c’est comme ça et pas autrement! Auprès des autres photographes je passe pour un punk : aucun respect des règles, des techniques, du matériel etc… je ne suis pas fétichiste non plus, m’accrocher à un appareil en particulier ou une marque… non. Mais je vais quand même faire un effort et parler matos ! Alors, en ce moment j’utilise un appareil numérique… Voilà.
Tu travailles à la fois en argentique et en numérique, qu’est-ce qui, pour toi, motive le choix de l’une ou l’autre de ces technologies ?
Je travaillais en argentique. Depuis 3 ou 4 ans je n’utilise plus que le numérique…il faut vivre avec son temps !
Pourquoi le choix du numérique ?
Ces temps-ci, il est de bon goût de fustiger le numérique : « ça ne vaut pas l’argentique », « c’était mieux avant », « c’est pour les amateurs »… Blablabla… Et bien pour moi c’est tout l’inverse ! Ça vaut largement l’argentique (qui est même dépassé sur certains points), c’était pas mieux avant, et le numérique n’est pas uniquement destiné à une clientèle de photographes du dimanche.
Il m’arrive d’aller sur des sites photos, des forums photos, et lorsque le sujet du numérique est abordé, des propos assez affligeant, de la part de photographes commencent à pleuvoir… Un véritable défouloir ! Pourtant, au départ, tout le monde est enchanté par mon travail, mais lorsque je dis tout est fait au numérique, alors là c’est beaucoup moins bien. Un comportement pathétique mais non moins intéressant qui ne concerne qu’une minorité de photographes, je précise. Je ne suis ni un pro-numérique ni un anti-argentique, j’ai juste trouvé le matériel qui me convient pour ce que je veux faire.
Les seuls reproches que je pourrais faire vis à vis du numérique : le prix souvent exorbitant des appareils (reflex), l’autonomie (le numérique est très gourmand en énergie) et le stockage des fichiers qui n’est pas encore très au point (CD-R ? disques dur externes ? unité RAID ?). Je ne pourrais pas réaliser la plupart de mes images si je n’avais pas un apn (appareil photo numérique)… Ou alors, elles seraient très différentes et le post-traitement sur ordinateur serait beaucoup plus conséquent. J’ai besoin de contrôler en temps réel, sur le terrain, le rendu de mes images. Il m’arrive de faire 10 ou 20 prises d’un même plan pour être sur d’avoir la bonne photo, si ça ne va pas, j’efface tout et je refais. Je vous laisse imaginer avec un argentique, les kilomètres de pellicules qu’il me faudrait et surtout le gaspillage !
Là je suis libre, je fais, je refais, je modifie et tout cela in situ. Je vais souvent dans des endroits ou je ne peux aller qu’une fois, soit parce que ces endroits vont êtres détruits, soit parce que mon sujet (comme Marie Ange par exemple) risque de partir à la casse le lendemain, soit parce que je n’ai pas la possibilité de revenir et il y a également des lieux ou je n’ai pas trop envie de m’attarder… Donc je n’ai vraiment pas droit à l’erreur ! Je dois obtenir de bons résultats en un temps donné ! Le numérique en fait, est destiné aux perfectionnistes et je pense en être un. J’exige un contrôle total, je n’aime pas les surprises… Surtout les mauvaises !
De toute façon, même lorsque je ne travaillais qu’en argentique, mes photos subissaient déjà un traitement numérique (scan des négatifs puis transformation sous Photoshop) donc en travaillant directement avec un apn j’accélère simplement le processus. La photo sortie brut de l’appareil n’est qu’une ébauche, la plus grosse partie du travail se fait sur ordinateur, et l’ordinateur ainsi que le logiciel de retouche utilisé est tout aussi important pour moi que l’appareil photo. De plus, je me lasse vite du noir et blanc classique et grâce au traitement des images sur ordinateur, j’ai la possibilité de donner à mes noir et blanc, une couleur, une tonalité bien spécifique, essentielle à la genèse des sentiments par l’image. Pour Je suis d’ici, je voulais une couleur du souvenir sans tomber dans le cliché de la photo jauni par le temps etc…donc j’ai trouvé que cette couleur un peu verdâtre collait parfaitement avec l’ambiance de cette série. Les tons sépia fortement prononcés et sombres des séries FOSSILE et disAffected, renforcent cette idée de colère, d’angoisse, de peur…
Existe-t-il un ou une photographe dont tu admires particulièrement l’œuvre ou l’approche artistique ?
Incontestablement le travail d’Anton Corbijn , tout le monde a forcément vu ou croisé une de ses photos puisqu’il a réalisé nombre de clichés (et de films) pour des groupes mondialement connus comme Depeche mode, U2 etc… et qu’il a photographié toutes les stars de la planète, dans tous les domaines : musique, cinéma, arts plastiques, littérature, sport… J’adore sa façon de photographier, le cadrage, la mise en scène. Il ne se contente pas de tirer le portrait de quelqu’un, il le met en lumière en utilisant des éléments du décor qui l’entoure. Pour les quelques images mises en ligne sur son site, il donne presque systématiquement une explication sur le pourquoi de cet arrière plan, de cette mise en scène. Par exemple dans sa galerie Brown l’utilisation d’un arbre pour une photo de Lance Armstrong, une sculpture pour Nicolas Cage, un croisement pour Herbert Gronemeyer, un mur peint pour Bono, etc… Un jour dans un magazine de rock, j’ai vu cette photo de Jon King et Andy Gill de Gang of Four (un groupe culte des années 80 que j’adore) où ils regardent chacun de leur coté en ouvrant la bouche… Une photo très étrange et très puissante à la fois, une composition incroyable, surréaliste, et quand j’ai vu qu’elle était signée Anton Corbijn, je me suis dit : ce type est très fort, il sait mettre ses sujets en valeur, capter leur essence…
Tu dis dans une interview : « quand je suis seul, je vois tout ». Crois-tu que la photographie est une discipline qui nécessite un certain goût pour la solitude, voire même une grande capacité d’introspection ?
C’est ma seule et unique règle, en fait ce n’est même pas une règle c’est une évidence : je dois être seul. Impossible de faire quoi que ce soit si je suis accompagné. La photographie est un acte solitaire. J’éprouve un certain plaisir à me retrouver seul dans ces lieux… C’est de là que me vient mon inspiration, en partie. La nécessité de voir à l’intérieur de soi même afin de mettre en évidence son environnement. Voir et donner à voir aux autres, ce qu’ils ne voient pas et qui pourtant, est partie intégrante de leurs corps, de leur conscience. Si trop de gens gravitent autour de moi, je n’arrive pas à me concentrer. A voir ces choses.
J’ai cru comprendre que tu étais également musicien, peux-tu nous parler de ton parcours musical ? Aujourd’hui, quelle place occupe la musique dans ta vie ?
Oui, j’ai été batteur dans plusieurs groupes. Mais c’est avec Keep Punching Joe, mon groupe le plus sérieux, que j’ai vraiment vécu des moments assez forts. Nous avons enregistré un album, Even rebel goes to the supermarket, nous avons fait pas mal de concerts, et pour finir en beauté nous avons joué au festival Des Vieilles Charrues en 2002. Un moment exceptionnel, se retrouver sur une grille de programmation avec The Cure, Iggy Pop, Marianne Faithfull… Jouer devant cette foule… Un grand moment. Mais c’est du passé, le groupe n’existe plus.
Sinon, j’ai également fait partie du meilleur groupe du monde de l’agglomération rennaise : Paul Mac Cartn’ Paul (un album sur le label BoxPock), un des nombreux groupes créés par Pierre Fablet, un type génial, graphiste et guitariste hors pair qui a beaucoup fait pour Les Transmusicales de Rennes à leurs débuts en 1979 et qui maintenant tourne avec The Blue Train Choir, le nouveau groupe de Philippe Pascal (Marquis de Sade, Marc Seberg). J’étais même à 2 doigts de finir batteur des Married Monk. C’était en 1996 ou 97, je croisais souvent Philippe, dans mon quartier à Rennes, ou lors de concerts, il est venu également à un de nos concerts de Keep Punching Joe et à quelques vernissages d’expositions organisés par la structure où je travaille. A cette époque le groupe cherchait un batteur, je l’ai contacté, il est venu chez moi on a bavardé, écouté de la musique, je lui ai fait boire une espèce de jus infâme sensé être du café, bref… C’était sympa. Mais ils avaient déjà trouvé quelqu’un… Et oui.
Une autre histoire amusante ou comment je me suis retrouvé sur scène avec Asian Dub Fondation à faire de la batterie électronique avant d’être pris a parti par un des roadies du groupe. Alors, Je vais faire court, lors de leur passage à Rennes, j’ai sympathisé avec une jeune fille qui s’occupait du management du groupe… Non ça va être trop long… Mais ça s’est bien terminé on a tous fini dans la loge au champagne !
Le milieu musical m’attire toujours, et quand un musicien me contacte pour me demander des photos, c’est toujours un plaisir de pouvoir apporter une contribution visuelle à sa musique. Ma collaboration avec le groupe Sibelian en est un bon exemple.
J’ai rencontré Stephen Svanholm, leader du groupe, via le site de Lisa Gerrard et, j’en ai été le premier surpris, il est littéralement tombé en admiration devant mon travail, à tel point qu’il a refait tout le site de Sibelian avec quelques unes de mes photos, et qu’il m’en a redemandé d’autres pour l’artwork de son album The Soul Rush. Cela à été un échange très enrichissant et sa musique, proche des productions de Dead Can Dance, est une véritable transposition sonore de mes images…
Peux-tu nous dire à quel point ton univers musical interfère dans ton travail de photographe ?
Mon univers musical et celui de mes photographies ne font qu’un. Je conçois mes séries de photos comme des albums de musique. Parfois il arrive qu’une chanson, qu’une mélodie, qu’un texte m’influence me donne des envies d’images, mettre en image ce que j’entends. Par exemple, le point de départ de la série The Share of Shade était : a sentimental interference, un extrait des paroles de la chanson All in all du groupe Rotersand et ça m’est venu comme ça… J’ai fabriqué des étiquettes autocollantes avec ces mots et puis d’autres, des codes, des signes etc…, ensuite, je suis allé sur différents lieux, différents décors et j’ai collé ces étiquettes sur moi… Certains de mes titres sont des titres de chansons, comme pour la série Less than Human, un titre des Chameleons. Autre exemple, ma dernière série en date : disAffected m’est venu en écoutant l’album de Piano Magic du même nom. J’écoutais cet album en voiture et à la vue de ce lieu, je me suis arrêté et ai laissé tourner le disque… J’ai décidé de revenir avec mon appareil pour faire quelques clichés. En écoutant la musique et en regardant les éléments de ce lieu, je savais de quelles images j’avais besoin, l’ambiance générale de la série découle de la musique. Même si je ne suis plus musicien, la musique a toujours une très grande importance pour moi, et j’éprouve autant de plaisir à travailler l’image que le son. Mes premiers souvenirs photographiques sont des pochettes de disques… Il y a donc un lien.
As-tu déjà présenté tes travaux en vidéo projection avec un support musical ?
C’est en cours ! Pour moi c’est la seule façon de présenter mon travail, puisque mes photos sont numériques, je veux qu’elles le soient jusque dans leur présentation. J’ai déjà fait un accrochage, classique : tirages 30×40 encadrés…bon c’est joli, en même temps je ne suis pas fan de ce support ni de ce type de présentation. Non, j’ai envie que le spectateur soit entouré d’images qu’il soit dans l’image…la vidéo projection est alors la seule solution et, accompagnée d’une bande sonore, elle plonge le visiteur dans une autre dimension… Cette idée de vidéo projection s’est faite plus précise lors d’une visite à la documenta X à Kassel en 1997. J’avais été impressionné par une projection de l’artiste Stan Douglas : 2 films projetés sur 2 pans de murs, avec en fond sonore la voix d’un narrateur… Plus récemment l’installation d’ Ugo Rondinone, A Spider (A spider is running Across My Heart and then Another. Spiders Run Across My Heart and if I Close My eyes, I can Hear The Rush and The Rustle Of Their Tiny Dry Bodies Scurrying Trough Me) présentée à La Criée, le Centre d’Art Contemporain à Rennes, m’a littéralement enchanté… 6 vidéos projetées simultanément avec une bande son vous plonge dans un univers, lyrique, onirique… Là, je me suis dit : c’est ça que je veux…!
Le travail de Bill Viola également, j’aime beaucoup ses vidéos, et puis, en tant que fan de Nine Inch Nails, j’ai été très impressionné par l’installation qu’il a réalisée pour la tournée du groupe, un écran gigantesque descend à l’arrière de la scène, des images au ralenti, en fondu, des images montrant la mer (un des titres de NIN ). La puissance des images et de la musique réunies… Donc voilà tout ça, tous ces artistes m’ont donné une autre définition de l’image et de sa façon de la présenter.
J’avais préparé un montage de mes photos en vue d’une projection pour le festival Astropolis avec des musiciens, chorégraphes…mais on s’est laissé rattraper par le temps et avons rencontré quelques problèmes techniques donc je pense que ce sera pour l’année prochaine ou pour une autre occasion !
Quand tu décides de te rendre sur un lieu précis dans lequel tu vas travailler, t’arrive-t-il de choisir un disque en particulier (un disque qui selon toi collera à l’ambiance que tu recherches pour ta session), une sorte de compagnon de travail ?
Oui, quand je pars faire une prise de vue en bord de mer, j’emporte toujours un disque des Kitchens of distinction. La musique de ce groupe, en particulier l’album Strange Free World, est une invitation au rêve, les sons, les mélodies. Pour un autre endroit, je me sens obligé d’emporter un album de Peter Murphy, pour un autre, les Cocteau Twins… Ces disques, ces groupes, m’aident à me mettre en condition pour ma session. Mais une fois sur place ce que j’apprécie le plus c’est le silence, j’ai encore en mémoire la session que j’ai faite pour Retour à sécheresse , seul face à cette immense bâtisse telle l’épave d’un vaisseau planté là en pleine campagne, j’avais pour seule musique les gouttes de pluies sur les feuilles, les tuiles, mes pas dans l’herbe haute, j’ai adoré ce moment. Je compte bien retourner là bas…
Je ressens dans l’ensemble de ton travail un souci permanent du détail, une extrême minutie, une grande application à observer tout ce qui t’entoure. Il y a-t-il chez toi une réelle volonté de redonner de l’intérêt à des choses, des objets, des matières, qui au premier abord n’en n’auraient pas forcément, en tout cas pas aux yeux de l’être humain lambda ?
Je ne vais pas me lancer dans un grand discours sur la société de consommation cela ne m’intéresse absolument pas, je ne fais pas de photos à messages… Ceci étant, il est vrai que tout ce qui est rejeté, délaissé par les autres, par notre société m’interpelle, les lieux, bâtiments, objets, matériaux, etc… C’est comme être le témoin de l’agonie de tous ces éléments… La décomposition, l’action du temps sur les matériaux, j’y vois quelque chose de très poétique… Comme cet étrange élément rouge dans ma série BLUE/DARK WATER RED/DARK ELEMENT . Personne n’a pu deviner ce que c’était, et pourtant tout le monde en a vu ou touché, en possède un peut-être ! Mais la plupart des gens ne font plus attention à ça. Beaucoup de personnes trouvent cette photo très belle, mais si elles avaient dans leurs mains ce fameux élément rouge elles le jetteraient sûrement à la poubelle.
Dans cette même série, j’ai également voulu mettre en valeur la matière (l’élément rouge et les ondulations d’une surface liquide) dans un décor, un paysage… En même temps que le visiteur se demande ce qu’est cette étrange matière au premier plan, il est saisi par l’arrière plan flou, certes, mais qui laisse deviner une étendue d’eau, des collines ou montagnes, un ciel sombre… Est-ce la nuit ? L’aube ? L’aurore ? Est-ce l’Islande ? La Norvège ? Les Monts d’Arré ? Mes réponses n’auraient aucune importance, tout est dans l’image, et dans l’aptitude de chacun à faire fonctionner son imaginaire.
Aujourd’hui vis-tu pleinement de la photographie ? Si ce n’est pas le cas, en as-tu le désir ?
Je vis pleinement ma photographie, oui je m’éclate dans ce que je fais… Mais je suis quelqu’un de réaliste, pour vivre de la photographie aujourd’hui il ne faut pas faire le style de photo que je fais. Il serait préférable dans ce cas de faire du reportage, de la pub, de la mode, des photos « décoratives » des cartes postales, des affiches, etc.… En fait tout ce que je ne fais pas. Mais la vente n’est pas mon but absolu, je préfère me concentrer sur la réalisation, la mise en images de mes visions, de mes émotions… Et enfin, mettre tout cela à disposition du public via mon site et autres galeries sur le web. Si la photo était ma principale source de revenus, je serais tenté de faire des choses qui se vendent bien, qui plaisent, au risque de me perdre peut-être… Mon désir serait de pouvoir vivre de et avec mon style de photos, mais ce n’est pas possible… pour l’instant !
As-tu déjà eu l’occasion de travailler sur commande ?
Non et je ne veux pas, ce n’est pas que je fasse des caprices loin de la, c’est juste que je ne suis pas fait pour ça, je ne suis pas une machine. Si quelqu’un me demande une photo, je regarderai dans mon stock, mais en aucun cas je ne ferai une photo pour lui. On m’a déjà demandé, fait des propositions sur un thème et j’ai proposé des photos déjà faites, je ne peux pas faire autrement…et vu mon style, ma façon de travailler, si quelqu’un me commande quelque chose, c’est qu’il n’a pas tout compris !
Le jeune homme dans Nuit rouge, The Share of Shade ou encore celui qui tient la valise dans Toxic, s’agit-il de toi ? Comment te sont venues ces idées de mise en scène ?
Oui, c’est moi, mais ce n’est absolument pas parce j’aime me montrer ! D’ailleurs on ne voit jamais mon visage, c’est juste que comme je travaille seul, et que pour une série, une idée bien précise, j’ai besoin d’un sujet, eh bien, je me sers de la seule personne que j’ai sous la main, c’est à dire moi ! En plus, c’est plus simple que de diriger quelqu’un, je sais comment me placer pour obtenir tel ou tel résultat, et je vois mal un modèle me suivre dans les endroits où je vais ! Ces idées de mises en scène me viennent lorsque je suis confronté à un lieu comme pour la série Toxic par exemple. Face à cette mine désaffectée, ce grand réservoir, j’ai eu cette idée de chimie, de produit dangereux et j’avais cette valise avec cette tête de mort dessus (je ne vous dirai pas ce qu’elle contient c’est super Toxique !) et j’ai voulu la mettre en situation dans ce décor, de façon à créer une atmosphère pesante, froide…le mélange images couleur et images noir et blanc présente un univers à la fois réel et irréel. J’ai terminé cette série avec des photos prises dans un couloir… Un couloir d’hôpital… En apparence.
Pour The Share of shade, l’Histoire vous la connaissez, les mots, les signes, les citations, sont collés, apposés sur le personnage (ou sur le pneu d’une voiture) et lui parlent, ou vous parlent c’est selon… A vous de voir ce que vous voulez comprendre et vice-versa…
Nuit rouge est une série quasi instinctive, elle m’est venue un soir de décembre, j’étais seul dans mon ancien appartement et il y avait cette décoration de Noël juste à coté de ma fenêtre… Je trouvais sa lumière agressive, un rouge très violent qui éclairait toute la rue… Et avec le rougeoiement des villes alentours, il y avait une impression d’incendie, de guerre presque autour de moi… En face, un petit atelier avec ses fenêtres allumées… Étions-nous les seuls survivants ? J’ai donc placé mon sujet devant la fenêtre, spectateur du désastre, ou contemplateur nostalgique d’un monde qui n’existe plus. A la fin de la série, la lumière s’éteint, puis se rallume, mais le sujet n’est plus là… Vous voyez, j’aime bien raconter des histoires et chacun est libre d’avoir sa version.
J’ai été troublée par le titre Je suis d’ici (la série est prise dans un cimetière), peux-tu nous en dire un peu plus concernant tes choix de titres et sous titres de séries ?
Pour Je suis d’ici , c’est une autre histoire… Le titre s’est imposé de lui-même, vous allez comprendre… Tout d’abord, Je ne suis pas allé dans n’importe quel cimetière pour faire cette série, c’est le cimetière du village ou j’ai passé toute mon enfance, celui la même ou reposent des membres de ma familles. Bref, j’étais donc en train de faire quelques clichés avec tout mon matériel, et dans un cimetière de campagne, impossible de passer inaperçu ! Les quelques visiteurs autour de moi commençaient à me regarder bizarrement, et j’ai donc dû faire le premier pas pour les rassurer et leur dire ce que je faisais précisément et je n’arrêtais pas de leur dire (toutes les 10 minutes en moyenne) « vous savez je suis d’ici » ce n’est qu’après coup que je me suis rendu compte de l’étrangeté de mes propos, j’ai dû encore plus les effrayer ! Quelqu’un dans un cimetière qui vient vers vous pour vous dire bonjour n’ayez pas peur, je suis d’ici ! Mais je n’aime pas les photos de cimetières, le risque est de vite tomber dans le trip gothique macabre et ça…j’aime pas trop… C’est d’ailleurs la première et la dernière fois que je fais des photos dans un cimetière. Le choix des titres est très important pour moi, un bon titre donne tout son sens à une série d’images, il donne quelques pistes de lecture… Souvent le titre me vient quand je suis sur le terrain, parfois j’ai déjà un titre avant de commencer quoi que ce soit. J’essaie aussi de donner, le plus souvent possible, un titre en français à mes Séries, parce que…et bien c’est ma langue, c’est une très belle langue, j’aime les mots, leurs significations, leurs intonations…et j’aime jouer avec leurs sens…
Pourquoi avoir fait des photos de photos dans les séries I love you but i’ve chosen darkness et I see clearly now ? D’où viennent toutes ces photos au départ ? Comment les as-tu choisies et pourquoi ce concept ?
Ces vieilles photos proviennent d’albums de famille, certaines ont été prises par mon père, pour d’autres, beaucoup plus anciennes, personne n’a pu me dire qui les avait prises… Il y a certains visages qui me sont familiers, et d’autres que je ne connais ou reconnais pas… Le choix des photos s’est fait tout seul, il y a des photos qui on retenu mon attention et d’autres pas, c’est aussi simple que ça. Un visage, un détail dans l’image… La série I love you but I’ve chosen darkness , j’adore ce titre, je peux m’en vanter parce qu’il n’est pas de moi, je n’ai aucun mérite sur ce coup là! C’est le nom d’un excellent groupe américain (le site du groupe)…mais je trouvais cette citation tellement belle, tellement proche de ce que je ressentais que je n’ai pu m’en empêcher… Cette série montre de vieux portraits sous papier cristal. J’ai délibérément laissé le papier sur les photos pour donner cet aspect de toile d’araignée, de poussière, de fixation dans le temps… Il se dégage de ces regards, de l’angoisse, des regrets, de la nostalgie, de la mélancolie… et encore et toujours, cette obscurité dont on ne sait ce qui pourrait en sortir…
Pour I see clearly now, c’est différent, j’ai voulu mettre en avant, les arrières plans ou détails…voir ce qui se passait autour du sujet au moment ou la photo a été prise, voir les éléments, les objets qui étaient là… J’ai adoré explorer tous les détails de ces vieilles images, et encore, je suis sûr d’être passé à côté de beaucoup de choses… Ces deux séries de photos sont mes préférées, ce sont celles qui m’on demandé le plus de travail, et pourtant je les ai faites chez moi dans mon salon !
Quelles sont pour toi les conditions idéales pour prendre des photos, une heure de la journée que tu affectionnes particulièrement par exemple ?
Déjà pour commencer, personne dans mon viseur ! Après j’improvise ! Non sérieusement, je n’ai pas d’heures, j’ai dû faire des photos à tous les moments de la journée. Par contre, il y a des périodes où il m’est impossible de faire quoi que ce soit, par exemple l’été : d’entrée c’est l’enfer ! Du monde partout même dans les terrains vagues, les friches industrielles… Rien ne peut être fait dans ce cas… Généralement je photographie d’octobre à mai, ensuite, pour les raisons évoquées précédemment et aussi parce qu’il y a trop de lumière, je me mets en stand by…
Es-tu du genre à avoir toujours un appareil photo à porter de main ?
Non, pour réaliser mes images, j’ai besoin d’être en condition. D’être seul, d’avoir la tête dans ce que je vais faire… Quand je pars en balade avec des amis ou quand je pars en vacances je ne prends pas mon appareil, je ne suis pas en condition. Faire des photos me prend beaucoup d’énergie, quand je rentre chez moi après une prise de vue je suis lessivé surtout au niveau cérébral, je n’arrête pas de penser…je ne décompresse que lorsque la photo est « finie » que le post-traitement sur ordinateur est terminé et que je suis satisfait du résultat. Donc quand je suis en vacances, c’est pour être en vacances ! De plus, mon matériel est assez encombrant, fragile et coûteux, je ne peux pas me promener toujours avec…
On croise très peu d’êtres humains, à quelques rares exceptions, dans tes différentes séries. Est-ce par pudeur ou par désintérêt que tu ne photographies pas tes semblables ?
Étrange en effet, je suis fan d’un portraitiste et je ne fais (presque) jamais de portrait !? Oui, c’est comme ça ! Il est vrai que l’homme en tant que personne physique m’intéresse peu. Par contre l’homme en tant qu’entité est dans toutes mes images, je peux photographier un bâtiment, une route, un lieu, un chat même, en pensant à quelqu’un ou en pensant à nous en tant qu’êtres humains. Photographier nos créations, nos destructions, nos abandons… En revanche il n’est pas impossible que je me remette au portrait, il est fort probable que le rendu serait proche de celui de mon autoportrait (réalisé spécialement pour l’occasion !), un style très « Corbijnien » certes, mais en même, temps je ne compte pas faire un copier-coller de son travail, cela ne serait pas très intéressant. Cependant, une simple photo avec la tête de quelqu’un ne me satisfera pas, il me faut un élément extérieur en regard avec le sujet, sans parler d’une grande mise en scène, il faut que l’on s’imagine tout un univers autour du personnage… Mais pour cela, je serais obligé d’emmener mes sujets dans des endroits bizarres et je finirais par passer pour un mec louche! Les portraits du photographe Richard Dumas (photographe de l’agence VU ) ont également ce quelque chose qui diffère du portrait classique, une vision théâtrale et sombre comme la photographie de Bashung pour son album l’Imprudence , ou la photo de Jeffrey Lee pierce (chanteur du Gun Club ) que l’on croirait sur son lit de Mort… Une photo étrangement prémonitoire.
Quels sont tes coups de cœur musicaux du moment ?
L’album de New Order , Waiting for the sirens call, le dernier Piano Magic , Disaffected, est absolument magnifique. Sinon à écouter d’urgence, si vous ne connaissez pas, un groupe français mais bizarrement quasi-inconnu en France : Morthem Vlade Art , un nom de groupe taillé pour le death métal mais il n’en est rien puisque leur musique est un mélange de new wave, d’électro, de pop, les mélodies son superbes, les morceaux puissants et intenses un vrai régal et en plus, le chanteur, Gregg Anthe, a le timbre de voix de David Bowie ! Je vous conseille leur dernier album, Absente terebenthine (mon préféré) ainsi que le précédent Photography in Things, excellent également.
Quels sont tes projets dans les semaines ou les mois qui viennent ?
Je ne parle jamais de ce que je vais faire, j’évite de faire trop de projets. En même temps, j’ai toujours mille choses à faire… J’ai plusieurs séries de photos à réaliser et pas mal de lieux à visiter ou à re-visiter… Pour être au plus près de mon actualité il est préférable de se rendre sur ma galerie devianArt , j’y mets toutes les nouvelles images qui annoncent les futures séries présentées sur mon site.
Il y a-t-il quelque chose dont tu aimerais parler ?
Oui, sûrement… Maintenant ?
Quelle drôle d’idée – va sans doute se dire le lecteur qui ne croit qu’à l’actualité – d’aller poser des questions à un artiste qui n’a pas d’album tout frais à vendre ? L’actualité n’est pas l’alarme indispensable pour signaler au chroniqueur de ce webzine la présence d’un talent dans le microcosme musical français. Et du talent Cédric B. alias Trash Pop B en a à revendre. Ex-membre d’Air Wave, formation tourangelle à géométrie variable et dévolue à une l’électronique ludique et décontractée, le musicien vit aujourd’hui à Paris où il partage son temps entre ses activités professionnelles et l’écriture de morceaux pour Trash Pop Music (qu’il diffuse régulièrement sur son blog) et pour Breaking The Wave (duo festif formé avec Matthieu Malon). Découvrez l’artiste avec nous, puis précipitez-vous vers son blog pour l’écouter. [février 2005]
Avant de devenir Trash Pop B et d’appartenir au duo BTW, tu as fait partie de Air Wave. Peux-tu nous parler un peu de cette période ?
Air Wave a été une très belle expérience. Ce groupe n’a pas marché mais on m’en parle encore régulièrement. Ça me fait toujours plaisir. Aujourd’hui je préfère m’en souvenir que d’en parler.
Ce sont de bons souvenirs parce que jouer avec Air Wave nous a fait rencontrer un nombre de gens incroyable, partager des scènes avec des groupes comme Elysian Fields, Stereolab, Yo la Tengo, Movietone, Third eye foundation et d’autres. Vivre ça à 20, 22 ans c’est une véritable chance qu’on a savourée. En plus, grâce à notre label Acetone Records, j’ai pu collaborer à la production de disques d’artistes que je respectais (Quigley, Cavil)…
Air Wave a-t-elle été ta première contribution musicale ?
Non, Air Wave n’était pas mon premier projet musical. Avant ça il y avait Under Mary’s Dreams, et avant ça encore Maldoror. Depuis que j’ai 12 ou 13 ans j’ai toujours joué de la musique à plus d’un. Être dans un groupe était une idée qui m’excitait assez.
A cette époque, tu as eu l’occasion de croiser David Pajo, que représentait-il pour toi ?
Pour rencontrer des groupes ou des artistes que j’aime bien, je me suis toujours arrangé pour être engagé dans la salle comme sonorisateur, roadie, ou simplement bénévole (en général au bar). Il se trouve qu’Aerial M est venu faire une date à Vendôme (ndlr : le 26 février 1998), je savais qu’ils n’avaient pas de sonorisateur, je leur ai proposé de les sonoriser gratuitement. Ils ont accepté et le tour était joué. On s’est assez bien entendu, il draguait ma copine, ça n’a donc pas été difficile de rester en contact quelques temps. On lui a même fait sortir un 45t sur Acetone Records.
Fan de musique, je ne pouvais qu’être impressionné par ce mec. J’aimais bien Slint, j’adorais Tortoise et Aerial M encore plus, alors j’étais comblé de cette rencontre. Parfois en rencontrant des gens que l’on admire on peut être déçu. Ça n’a pas été le cas.
Jusqu’en 2002, tu participais régulièrement à la programmation de TVWebTours. As-tu arrêté définitivement ce projet ? Ton programme s’appelait Trash Pop dv, peux-tu nous dire en quoi il consistait ?
Après Air Wave, faire de la musique ne me manquait pas. J’avais envie d’essayer de faire autre chose. Comme je travaillais pour cette webtv comme JRI et qu’ils étaient assez preneurs de nouvelles choses, avec William m, un copain photographe, on leur a proposé un projet d’émission. C’était A Trash Pop dv. Le principe était simple, deux thèmes choisis par émission que l’on illustrait en vidéo et en musique. On y a passé des nuits entières de montage. C’était vraiment génial à faire. En plus, on donnait des représentations dans des lieux publics pour que les gens puissent voir ce que ça donnait en vrai (parce que le streaming n’était pas ce qu’il y avait de plus adapté au rythme de cette émission). On s’est vraiment amusé dans ce projet. Je l’ai décliné en Trash Pop dancing, où je faisais des clips avec des danseuses… et au bout de deux ans Trash Pop Music a tué A Trash Pop dv. Refaire de la musique est redevenu la première urgence. Il y aura sûrement d’autres A Trash Pop dv. Tout cela doit mûrir un peu. D’ici là il se peut que je mette en ligne les premiers épisodes sur mon blog.
Les courts métrages que tu réalisais et diffusais avaient une bande son composée de morceaux d’Air Wave. Ces morceaux étaient-ils des titres originaux spécialement écrits pour ces films courts ?
Les dernières répétitions d’Air Wave étaient toutes enregistrées. Dans les improvisations que nous faisions il y avait des choses qui nous plaisaient vraiment. Un jour avec Skrist (membre d’Air Wave), on a fait le ménage, découpé le tout, et réussi à en sortir des bribes. Sachant que ces extraits ne seraient jamais diffusés, je les ai utilisés pour A Tash Pop dv , l’industrie et le confort. Pour ce même numéro les premiers morceaux de Trash Pop Music ont été enregistrés.
Tu aimes accompagner tes morceaux de homemade vidéo. Quel est ton rapport à l’image ?
Pour parler d’un morceau, une des phrases qui m’agace le plus est : « on dirait vraiment une musique de film ». Il y a un imaginaire créé par la musique qui donne envie de deviner ce qu’il y a au-delà. Les gens quantifient très bien l’image. Ils savent ce que c’est. Pour le son c’est un peu plus impalpable. Par manque de mots, rapidement on se met à fantasmer. Tout ça fait partie de ma profession. J’ai toujours été marqué par les images d’actualités, la photographie, le mouvement enregistré. Je ne pense pas que l’image doit forcément être collée à la musique. Parfois ça s’y prête. Et quand ça marche c’est vraiment agréable. Alors je m’amuse à faire de petites vidéos sur le coin de ma table. Je ne les montre pas toutes parce souvent elles n’apportent rien.
Trash Pop B est donc ton projet solo, est-ce un choix délibéré de ta part ? Eprouvais-tu le besoin, après l’expérience Air Wave (formation dans laquelle vous étiez trois), de te retrouver seul aux commandes ?
Déjà au sein des formations dans lesquelles je jouais, j’avais des titres que l’on ne jouait pas. Je participais à d’autres projets parallèles pour changer un peu d’ambiance, voir autre chose, confronter ma manière de travailler à d’autres. Tous mes projets musicaux ont commencé en étant seul. A chaque fois l’envie jouer en groupe était très forte parce que je voulais sentir ce que cela pouvait donner live. C’est très agréable de travailler en groupe, mais beaucoup de frustrations naissent des compromis qu’il faut faire. Si tant de gens ont défilé dans les formations auxquelles j’ai participé, c’est sûrement parce que j’ai un peu de mal à transiger. Travailler seul crée d’autres frustrations mais c’est beaucoup plus responsabilisant. Se planter tout seul, réussir tout seul. Je me retrouve parfaitement dans cette configuration de travail. L’effort que demande de composer avec chacun a été une des raisons pour lesquelles je n’ai pas voulu remonter de groupe après Air Wave. Trash Pop Music serait sûrement très différent si plusieurs regards se croisaient. Concernant la scène, le problème pourrait se poser. Pour le moment j’ai décidé de jouer tout seul. Le jour où il y aura un groupe, il sera dirigé à la baguette.
Tu utilises beaucoup ton blog pour diffuser tes différentes productions. Est-ce un choix militant ? As-tu également eu l’occasion de démarcher les labels et maisons de disque ?
Je fais de la musique parce que j’aime écrire, jouer et enregistrer. Au départ c’est un plaisir très égoïste. En faisant écouter mes titres à des proches, je me suis rendu compte que certains pouvaient plaire. Mais sans réelle envie d’aller me confronter aux turpitudes des labels, de la distribution et du reste, les mettre en écoute sur mon blog était finalement le meilleur moyen de concilier mes petites ambitions avec mon plaisir. En plus la démarche plaît. Les gens reviennent, me donnent leur avis. Je peux renier des titres en les enlevant, en sortir plusieurs par semaine si cela me chante sans avoir à en faire la publicité. Et si un jour un disque doit sortir, je continuerai à proposer de la musique comme ça. J’y ai vraiment pris goût. J’aime bien faire écouter des titres chez moi, entre deux autres disques. Ce blog est un peu une fenêtre ouverte sur mon appartement. On y vient comme on passe chez moi. C’est à mon avis une très saine manière d’écouter de la musique.
Aura t-on prochainement l’occasion de découvrir les morceaux de Trash Pop ailleurs que sur ton blog. Autrement dit, comptes-tu proposer un album ?
J’aime bien l’idée de sortir des titres sur mon blog. Le trafic qu’ils génèrent est plus important que le nombre de personnes qui achèteraient un album de Trash Pop Music s’il sortait aujourd’hui. J’ai des titres sur des compilations. Il y a eu Pop Volume IV l’année dernière et une reprise (en collaboration avec Fcck) va sortir sur Travaux Publics en Mars. Et vu le temps que j’ai consacré à Trash Pop Music cette année je trouve que c’est déjà pas mal. Même si rien ne presse, j’aimerais bien trouver un label et sortir un album. Pour l’avoir vécu comme producteur et comme musicien, l’aventure que représente la production d’un disque est vraiment ce que je préfère dans la musique. Alors si quelqu’un est intéressé qu’il se manifeste.
Pour les paroles du dernier morceau que tu as mis en ligne sur ton blog, Spying system, tu t’inspires d’une expérience vécue. Procèdes-tu toujours de la même manière ? Quels sont les thèmes qui t’inspirent en général ?
Mes paroles utilisent généralement les notes que je peux prendre pendant les moments que je passe sans jouer de musique, sans voir personne. Souvent, elles me servent à illustrer l’idée principale d’un morceau. Un titre de journal que je détourne, un trajet de métro, la mine d’une personne que je croise dans la rue, la moindre petite bricole triturée par mon imagination peut atterrir dans une chanson. Les paroles, les mots c’est un peu comme les accords, tous ont été utilisés et pourtant on continue de croire à la nouveauté. Tout peut devenir une chanson. C’est vraiment une question d’angle. Quand écrire des paroles devient un problème c’est en général parce que le titre ne me correspond pas parce que paroles et musique sont indissociables. Alors je passe à autre chose.
Es-tu quelqu’un de très productif et d’inspiré ou au contraire as-tu besoin de beaucoup de temps pour écrire tes morceaux ?
Je n’ai aucun problème pour écrire de nouveaux morceaux. Je peux en écrire deux ou trois par jour. J’en jette deux ou trois par jour aussi. Par contre certaines idées restent. Un même titre peut être joué et enregistré de très nombreuses fois avant de faire partie de ceux que je garde. Cette manière de travailler me permet de filtrer ceux qui me correspondent vraiment. Je dois avoir pas loin de dix versions différentes de chaque morceau que je mets en ligne. Je suis très productif pour remplir mes poubelles.
A quelle occasion as-tu rencontré Matthieu Malon ? L’idée d’une collaboration musicale s’est-elle imposée immédiatement ?
A l’époque d’Under Mary’s Dreams, avec d’autres groupes on organisait des concerts et des festivals. Un soir, on a invité Joe Shmo et j’ai rencontré Matthieu. Il jouait tout seul avec sa guitare et sa boîte à rythme, j’ai passé le début de soirée à l’appeler Bob Dylan. Après le concert on est allé boire des verres. Il y avait la chanteuse d’un groupe qui avait joué le même soir. Une fille un peu diva du quartier mais desséchée avant l’heure. On commande des bières. Elle n’en prend pas, ouvre un sachet de « car en sac » et nous dit que c’est la seule cochonnerie qu’elle se permet. Matthieu lui dit : « tu as de la chance d’être mignonne parce que qu’est ce que t’es conne… ». J’ai éclaté de rire, on ne pouvait que bien s’entendre. Ça a été le cas. L’idée de jouer ensemble est venue bien plus tard. Deux ou trois week-ends de suite, nous nous sommes enfermés chez moi. Le résultat bien peu probant s’appelle Potemkine. On ne devait pas être encore assez mûrs pour jouer ensemble. On a retenté l’expérience l’année dernière (à l’occasion d’une reprise de Palace) et ça a tout de suite collé.
Que te permet de réaliser Breaking The Wave que tu n’envisages pas de faire en tant que Trash Pop Music ?
Boire des coups et bavarder avec Matthieu en faisant de la musique ne serait possible que s’il était invité sur tous mes titres. Alors pour ne pas avoir de Matthieu partout, enregistrer avec Breaking The Wave permet tout ça. Depuis le début de Trash Pop Music, Matthieu est le seul avec qui je suis capable de travailler en duo. Il y a un respect mutuel. On se fait confiance. Du coup c’est une expérience constructive de travail en groupe. Les titres de Breaking The Wave ne pourraient pas exister dans Trash Pop Music et je pense que c’est aussi vrai pour Matthieu.
Quelle est votre ambition pour ce projet ?
C’est vraiment le projet de deux copains qui aiment se retrouver ensemble. La seule ambition est de continuer comme ça. On se fixe des objectifs simples pour avoir le plaisir de gagner nos défis. A chaque fois qu’un nouveau titre est terminé, on donne une petite fête, le titre est joué 35 ou 24 fois pendant la soirée, les jours passent et on se met à penser au prochain.
T’es-tu déjà produit sur scène ? Seul ou avec Breaking The Wave ?
Nous avons fait deux concerts avec Matthieu. Lui proposait les démos de son prochain album et m’avait proposé de faire sa première partie. L’occasion de jouer ensemble un ou deux titres a à chaque fois été trop belle pour la manquer. Le concert terminé, j’entendais plus parler de ça que de ma propre prestation. La prochaine fois qu’une occasion de jouer un titre de Breaking The Wave se présentera, il sera échantillonné.
Trash Pop Music et Matthieu Malon à l’Atelier le 02-07-05Nous t’avions vu jouer en première partie de Matthieu, as-tu l’intention de donner d’autres concerts en tant que Trash Pop Music ? Comment abordes-tu la scène ?
Ce concert à l’Atelier (ndlr : le 02 juillet 2004 à Orléans) est un très bon souvenir. Matthieu m’avait gentiment proposé de faire sa première partie. J’ai tout de suite décidé de jouer tout seul. Une première qui a été très impressionnante. En préparant ce concert solo j’ai été rassuré sur mes morceaux. Ça m’a confirmé qu’ils se tenaient avec très peu. Passées les deux premières minutes j’ai compris que c’était le meilleur moyen de tester une chanson. Pourtant j’ai toujours eu du mal à appréhender la scène. Je n’en ai pas que des bons souvenirs. Le moindre accro me faisant horreur, j’ai souvent été trop angoissé avant et déçu ensuite. Certains se sont pourtant bien déroulés. J’aime bien l’idée de la scène mais ça a toujours provoqué trop de sentiments contradictoires. Pour Trash Pop Music, je vais encore faire une poignée de dates en solo. Et pour la suite il y aura un groupe pour soutenir tout ça. Je suis encore en train de chercher la forme que ça aura. Il n’y a pas un jour qui passe sans que je change d’avis. Le plus gros problème est d’accorder le choix restreint des instruments qui seront présents sur scène à la quantité qu’il m’arrive d’utiliser sur certains titres. La version live de Trash Pop Music sera différente et complémentaire de ce qui est enregistré. J’ai bien quelques idées, mais elles doivent encore mûrir
Quels sont aujourd’hui les musiciens et artistes dont tu respectes le plus le travail et la démarche ?
Ces derniers temps je suis vraiment impressionné par Arcade Fire. Je suis dans une phase où Godspeed et Oldham me semblent être les lignes de fuite d’un horizon musical parfait. De manière plus pragmatique, les derniers titres que m’a envoyés Gareth Cavil m’ont vraiment fait plaisir.